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Pour voir tous les matchs du Canadien de Montréal en français sur leurs écrans dès cette saison, les amateurs de hockey devront jongler avec trois diffuseurs et de multiples abonnements. Une situation qui illustre la transformation du paysage télévisuel et qui pourrait sonner le glas des chaînes sportives d’ici, note un expert.
Depuis l’annonce de la nouvelle entente entre Rogers Communications et Québecor, on connaît désormais les grands traits du plan de diffusion des 84 matchs de la saison du Canadien de Montréal. TVA Sports diffusera 32 matchs de la saison régulière du Tricolore (et tous ceux de l’équipe en séries éliminatoires), RDS présentera 45 matchs régionaux du Canadien et Prime Video, le service de vidéo en continu d’Amazon, aura les droits de diffusion des sept matchs restants du CH.
« Les amateurs de sport ont le droit de se sentir floués », affirme Philippe-Antoine Lupien, professeur à l’École des médias de l’UQAM, en entrevue avec Le Devoir.
Les partisans du CH qui ne sont pas abonnés à la télé par câble devront souscrire à trois services afin de voir les 84 matchs du Canadien de Montréal en français.
RDS propose un abonnement numérique de base à 24,99 $ par mois ou 199,99 $ par an. Idem chez TVA Sports, pour 17,99 $ par mois ou 179,99 $ par an (un prix qui passera à 24,99 $ et 199,99 $ respectivement dès le 17 septembre 2026). Enfin, le service Prime d’Amazon (qui inclut la plateforme Prime Video), auquel de nombreux Québécois souscrivent déjà pour le commerce en ligne, coûte 9,99 $ par mois ou 99 $ par an.
Ainsi, pour suivre l’entièreté de la saison régulière et des séries éliminatoires du Canadien en français à l’écran, il faudra débourser jusqu’à 59,97 $ par mois ou 498,98 $ par an.
« Je crois que les vrais fans vont continuer à payer pour l’offre câblée, et ceux qui sont déjà abonnés à Amazon Prime vont bénéficier des matchs sur Prime Video », estime M. Lupien.
Amazon, « un cheval de Troie » ?
Selon le professeur à l’UQAM, cette fragmentation des droits de diffusion des matchs du CH s’inscrit « dans une tendance beaucoup plus large que celle qu’on observe actuellement au Québec ». « On le voit pour les ligues majeures américaines : les amateurs de sport doivent tous s’abonner à plusieurs services pour avoir droit à tous les matchs de leurs équipes préférées », dit-il.
D’ailleurs, depuis la saison 2023, Apple TV + diffuse tous les matchs de soccer des équipes de la Major League Soccer. TVA Sports détenait les droits exclusifs francophones de la MLS de 2017 à 2022.
Dans le contexte québécois, ce qui est nouveau, c’est l’apparition d’un joueur américain, Amazon, dans un marché surtout occupé par des diffuseurs traditionnels locaux, souligne M. Lupien. « On a un cheval de Troie qui vient de rentrer dans le décor. »
Pour expliquer ce virage, le professeur souligne le changement des habitudes des téléspectateurs — ils se tournent désormais davantage vers les plateformes de diffusion en continu — et la compétition entre ces dernières. En plus d’être un marché très lucratif, « le sport est un outil extrêmement pertinent [dans cette compétition], puisqu’il permet d’attirer des abonnés très fidèles », souligne M. Lupien.
Philippe-Antoine Lupien avance que les plateformes de diffusion en continu prendront « probablement » plus de place dans le domaine du sport si elles « jugent l’expérience concluante ». « La question à se poser, c’est : “Combien de temps peuvent survivre les chaînes spécialisées en sport [d’ici] devant des compétiteurs qui ont des poches plus profondes que les leurs ?” »
S’il était dans la peau des gestionnaires de Bell, de Rogers ou de Québecor, le professeur affirme d’ailleurs qu’il « ferait pression » sur le CRTC « pour garder un œil sur les droits [de diffusion] de notre sport national ».


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