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Pourquoi revenir aux formes primitives de la photographie ? Deux expositions rappellent qu’il existe encore, à l’écart de la photographie numérique omniprésente, un art fondé sur la lenteur et des moyens techniques réduits à leur plus simple expression. À Montréal, Guy Glorieux présente Regards sur la ville. Sténopés et autres photographies à la Galerie du Viaduc. André Dubois expose pour sa part ses sténopés au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire.
Le sténopé est l’appareil photographique le moins sophistiqué qui soit. Il ne comporte ni lentille ni mécanisme complexe. Il s’agit d’une simple boîte noire percée d’un minuscule trou capable de laisser entrer un mince filet de lumière, laquelle vient impressionner une surface d’ordinaire peu sensible, ce qui exige des temps de pose très long. Ce procédé produit des images diaphanes, aux contours adoucis, à la grande profondeur de champ, parfois marquées d’un léger flou ou d’effets de contraste singuliers.
Né en France, Guy Glorieux est arrivé au Québec au début des années 1950. Depuis près de 30 ans, il compte parmi les principaux défenseurs de cette photographie minimaliste en ces terres. Son travail a largement contribué à faire connaître le sténopé comme moyen d’expression contemporaine.
Sa découverte du sténopé, à la fin des années 1990, a été comme une révélation : revenir à l’essentiel — à la lumière elle-même, sans l’intermédiaire de la lentille — pour mieux envisager la ville, sa ville, Montréal.
« J’ai toujours fait de la photo, même au temps que je menais une carrière d’économiste. À un moment, je n’étais plus capable de supporter l’univers de l’économie… J’ai sombré dans une profonde dépression. » À bientôt 80 ans, Guy Glorieux affirme en entrevue avoir trouvé une deuxième vie grâce à la photographie. « À un moment, j’ai mis ma carrière d’économiste complètement derrière moi. De cette partie de ma vie, je n’ai gardé que deux documents : ma thèse de maîtrise et le rapport annuel de la Banque centrale de Mauritanie, que j’avais écrit moi-même au complet. »
L’exposition de Guy Glorieux à la Galerie du Viaduc rassemble des vues urbaines où Montréal devient presque méconnaissable. Les temps d’exposition prolongés effacent les mouvements passagers. Ils éclaircissent la canopée des arbres, noircissent les ciels, inversent les tonalités générales. Surtout, la ville y apparaît silencieuse, étrange, aérienne, presque fantomatique.
M. Glorieux travaille à grande échelle. Pour parvenir à ses fins, il a souvent transformé des pièces entières en immenses chambres noires afin de produire des œuvres monumentales. Le regard qu’il pose de la sorte sur Montréal demeure l’un des plus singuliers de la photographie récente.
Guy Glorieux rappelle que le sténopé n’est pas une nostalgie technique, mais une autre manière de voir. « L’archaïsme me va bien, c’est certain. Mais c’est surtout l’idée de pouvoir voir le monde autrement qui m’intéresse. » Là où l’image numérique multiplie les prises instantanées, le procédé qu’il privilégie impose son rythme et fait de la patience un souverain. Chaque photographie de Guy Glorieux devient ainsi le témoin d’un moment rare.
D’un mont à l’autre
Le sténopé nous conduit ensuite jusqu’à André Dubois. Né en France en 1938, établi au Canada depuis 1967, ce photographe autodidacte consacre lui aussi depuis plus de 30 ans l’essentiel de sa pratique au sténopé. Son exposition présentée à Mont-Saint-Hilaire réunit une vingtaine d’œuvres en noir et blanc réalisées entre les années 2000 et 2010.
M. Dubois aborde ce procédé avec un esprit contemplatif. Il s’intéresse aux paysages d’ici et d’ailleurs, à l’architecture, au patrimoine bâti, mais aussi à Montréal, ville à laquelle il demeure attaché. Ses images cherchent moins la spectaculaire étrangeté que la densité du regard. Ombre et lumière y dialoguent avec un certain sens de la sobriété.
Ici, nous sommes devant de petits formats. Rien à voir avec le monumental qui fait la marque du travail de Guy Glorieux. « J’aime bien le fait que la photographie, particulièrement le sténopé, comporte un élément de surprise », dit André Dubois. Son travail fait l’objet d’un livre préfacé par Guy Glorieux.
Ces deux expositions procèdent d’un même dispositif élémentaire, mais ouvrent deux régimes de vision différents. Chez Glorieux, la grandeur de la ville se recompose en format géant ; chez Dubois, le monde se dépose et se laisse habiter dans un cadre serré. Dans les deux cas, à rebours de l’instantané numérique, le sténopé impose sa durée et rappelle qu’une minuscule ouverture peut permettre d’éclairer le monde d’une autre manière.


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