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L’histoire circule à nouveau sur une page Spotted sur Facebook et dans certains médias : un pharmacien refuse de fournir la pilule du lendemain pour des motifs religieux. Ce n’est pas une rumeur, c’est arrivé en 2022, une situation similaire impliquant la même pharmacie avait fait les manchettes. Entre ces deux moments, combien d’autres refus sont passés sous silence ?
La réaction du public est prévisible : indignation, appels à porter plainte, dénonciation d’un geste jugé inacceptable. Pourtant, ce fait dérangeant demeure parfaitement légal. Au Québec, les professionnels de la santé peuvent invoquer l’objection de conscience pour refuser de prodiguer certains soins. Autrement dit, ils peuvent refuser un service médical nécessaire, même si cela cause un préjudice, et être protégés par la loi.
On ne dispose d’aucune donnée fiable sur l’ampleur du phénomène. Combien de patients se font refuser un soin chaque année pour des motifs religieux ou personnels ? Personne ne le sait. Et surtout, personne ne semble vouloir le savoir. Cette absence de données ne signifie pas que le problème est marginal. Elle signifie plutôt qu’il est invisible, et donc commode à ignorer politiquement.
Pendant ce temps, les conséquences, elles, sont bien réelles.
Refuser un soin, ce n’est jamais neutre. Derrière chaque refus, il y a une personne qui doit composer avec des délais supplémentaires, parcourir des kilomètres, et parfois même renoncer complètement à un service.
À cela s’ajoutent des effets moins visibles, mais tout aussi graves : anxiété, sentiment d’humiliation, perte de confiance envers le système de santé. À force de se faire juger ou refuser des soins, certains patients finissent par éviter complètement le système.
Refuser des soins au nom de convictions religieuses, à mon sens, c’est accepter de causer un préjudice volontaire, et il est difficile de voir quelle religion peut justifier de causer du tort à autrui. Il ne s’agit donc pas d’un simple désaccord de valeurs, mais bien d’un enjeu de santé publique.
Mon propre parcours a aussi été parsemé d’un refus en soins reproductifs. En cherchant à obtenir une vasectomie, j’ai essuyé un refus basé non pas sur la religion, mais sur les convictions personnelles d’un médecin : selon lui, la contraception relevait des femmes.
La solution de remplacement proposée ? Le stérilet à imposer à mes partenaires (il n’a pas voulu m’en poser un lorsque je le lui ai demandé…).
Lorsque j’ai porté plainte, le Collège des médecins du Québec a jugé cette réponse adéquate. Autrement dit, il est acceptable, dans notre système, de rediriger la responsabilité contraceptive vers d’autres personnes plutôt que de respecter l’autonomie des patients.
J’ai finalement obtenu le soin à 300 kilomètres et en prenant congé à mes frais. Mais la confiance envers les médecins, elle, ne se récupère pas aussi facilement.
Le Québec se présente comme une société laïque. Pourtant, dans les faits, il tolère que des convictions religieuses dictent l’accès aux soins.
Pire encore, cette tolérance est profondément incohérente. D’un côté, on limite l’accès à certaines professions à des femmes qui portent des symboles religieux, au nom de la neutralité de l’État. De l’autre, on permet à des professionnels, souvent des hommes, d’imposer leur religion dans des décisions cliniques qui affectent directement la santé des patients, souvent des femmes. Cette réalité à deux vitesses ne relève pas tant de la laïcité qu’elle révèle un biais profondément défavorable aux femmes.
On protège le droit de refuser des soins, mais qui protège réellement le droit d’en recevoir ? Dans un contexte où l’on ne cesse de dénoncer la surcharge du système de santé, peut-on vraiment tolérer que des convictions religieuses viennent l’alourdir davantage au prix de la santé de toute la population ?


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