Et si refroidir le cerveau d’un patient victime d’AVC pouvait limiter les dégâts ? Des chercheurs chinois ont utilisé une combinaison de deux médicaments anciens pour induire une hypothermie contrôlée chez des patients conscients — une première. Publiée dans Science Translational Medicine, l’étude ouvre la voie à des essais cliniques plus larges pour ce qui ressemble à un mode survie médical.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi refroidir le corps ralentit les lésions cérébrales lors d’un AVC — et pourquoi c’était impossible chez les patients conscients jusqu’ici
- Quels deux médicaments ordinaires permettent d’induire cette hypothermie sans températures glaciales
- Ce que l’essai sur 32 patients a révélé sur la sécurité et l’efficacité du traitement
Le froid comme protection cérébrale
Lors d’un AVC ischémique — le plus fréquent, causé par l’obstruction d’un vaisseau sanguin dans le cerveau — les cellules nerveuses privées d’oxygène entrent dans un processus de destruction rapide. Chaque minute compte. Les traitements actuels visent à débloquer le vaisseau, mais les lésions peuvent s’étendre avant que la circulation soit rétablie.
L’hypothermie induite représente une autre approche : ralentir le métabolisme cellulaire pour retarder ce processus destructeur. Le principe est déjà utilisé après les arrêts cardiaques pour limiter les lésions cérébrales. Mais jusqu’ici, cette technique n’était applicable qu’aux patients inconscients — un organisme éveillé résiste activement au refroidissement par des frissons intenses, rendant le traitement dangereux et inconfortable sur la durée.
Deux médicaments anciens, une combinaison nouvelle
Des scientifiques de l’Institut des troubles cérébraux de Pékin ont contourné cet obstacle avec une solution inattendue : une combinaison de chlorpromazine — un antipsychotique de première génération — et de prométhazine — un antihistaminique classique. Ces deux médicaments, utilisés séparément depuis des décennies, induisent ensemble une hypothermie sans nécessiter de techniques physiques de refroidissement agressives.
Les chercheurs ont d’abord testé cette combinaison sur des souris et des macaques rhésus victimes d’AVC. Dans les deux espèces, le traitement a semblé protéger le cerveau et réduire les complications neurologiques. Encouragés par ces résultats, ils ont conduit un essai de phase I auprès de 32 patients victimes d’AVC ischémique aigu.
Un essai humain prometteur
L’objectif principal d’un essai de phase I est d’évaluer la sécurité d’un traitement, pas encore son efficacité. Sur ce point, les résultats sont clairs : les quatre dosages testés se sont avérés sûrs et bien tolérés par les patients conscients — une première pour ce type d’approche.
Des biomarqueurs de ralentissement métabolique ont été détectés dans tous les groupes de traitement. Seule la dose la plus élevée a permis de réduire significativement la température corporelle. La prochaine étape sera un essai de phase II, conçu pour évaluer l’efficacité clinique réelle du traitement sur les lésions cérébrales et les séquelles neurologiques.
Au-delà de l’AVC
Si les recherches continuent de progresser, les auteurs envisagent d’étendre cette approche à d’autres urgences médicales graves — traumatismes corporels sévères et septicémie notamment. L’idée d’un mode survie métabolique induit chimiquement, applicable à des patients conscients dans un contexte d’urgence, pourrait transformer la médecine intensive bien au-delà de la neurologie.


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