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En Ontario, une mère a décidé de lancer une pétition pour que la province bannisse le temps d’écran lors des pauses repas dans les écoles, une initiative qui, selon d’autres parents, pourrait aller plus loin. D’ailleurs, des experts mettent en garde au sujet des conséquences néfastes de l’exposition excessive des enfants aux écrans.
Natasha Larocque est maman de trois enfants, et est à la recherche d’une école pour son fils, qui aura bientôt quatre ans.
En effectuant des visites et en discutant avec des parents d’élèves autour d’elle, la mère originaire de Timmins en Ontario a réalisé que de nombreux établissements scolaires offrent du temps d’écran aux élèves, à la pause du midi.
J’étais vraiment surprise, lance-t-elle.

Natasha Larocque précise qu’elle n’est pas entièrement contre les écrans, mais elle souhaite que leur usage à l’école suive les recommandations de la société canadienne de pédiatrie.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Après avoir publié un message sur les réseaux sociaux, Mme Larocque a réalisé que cette façon de faire était répandue dans plusieurs autres établissements en Ontario.
De nombreux parents provenant de part et d’autre de la province ont confié que des programmes, tels que Pat Patrouille, Peppa cochon (Peppa Pig), des films Disney et autres sont diffusés à l’heure du dîner.
Une chose que plusieurs parents me disent c’est que les professeurs disent qu’après les enfants parlent trop en classe parce qu’ils n’ont pas le temps de jaser et de parler quand ils mangent , indique Mme Larocque.

Des parents d’élèves partout en province ont nommé de nombreux dessins animés de type récréatifs diffusés à l’école de leurs enfants à l’heure du dîner. (Photo d’archives)
Photo : Pixabay
Un autre commentaire commun que j’entends, c’est que pour les enfants plus petits, c’est une grosse distraction, poursuit-elle.
J’entends que les enfants retournent chez eux avec leur lunch encore plein, et ils ont vraiment faim quand ils retournent chez eux parce qu’ils sont hypnotisés par l’écran et ils ne se rendent pas compte que c’est le temps de manger, rapporte Mme Larocque.
Je ne pense pas que c’est dans le meilleur intérêt de nos enfants et j’aimerais que cette pratique s’améliore.
Dans l’optique de changer les choses, Mme Larocque a lancé une pétition qui réclame que le gouvernement de l’Ontario interdise l’usage des écrans à l’heure du dîner.

La pétition de Natasha Larocque a déjà obtenu plus de 150 signatures.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Des écrans pas toujours nécessaires
À Sudbury, Émilie Pinard, mère d’une fillette en maternelle, s’inquiète également du temps d’écran offert aux enfants à l’école.
Elle juge que la pétition de Mme Larocque pourrait aller plus loin, en réclamant une réduction générale du temps d’écran offert à l’école.

Émilie Pinard souhaite que le personnel enseignant trouve d’autres alternatives à l’usage d’écrans pour l’apprentissage, afin d’éviter la surexposition des enfants aux écrans. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Nicolas Mongeon
Il y a des dessins animés parfois à l’heure du lunch, mais après il y a tout le temps d’écran aussi que l’on dit éducatif, est-il nécessaire? Moi, comme parent, je me pose des questions parce qu’il y en a beaucoup, déplore-t-elle.
À partir de six ans, on introduit les tablettes, les outils électroniques. Les enfants sont obligés de faire leurs devoirs là-dessus. [Ils] n’ont pas besoin d’être initiés à la technologie si tôt, c’est si simple pour eux de saisir ces choses-là et je pense que ça introduit plus de distraction que de bienfaits, précise Mme Pinard.
On a beaucoup beaucoup d’élèves avec des problèmes d’attention […] il me semble que d’ajouter l’écran, surtout de l’écran qui n'est pas nécessaire, ne fait qu’empirer le problème .
Les conséquences de l'usage excessif des écrans chez les enfants
Emma Duerden, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences et troubles d’apprentissage, comprend les inquiétudes des deux femmes.
Notre groupe de recherche et d’autres ont démontré que des niveaux d’utilisation des écrans vraiment excessifs peuvent même être associés à des changements dans les régions du cerveau qui soutiennent le langage, et à des difficultés d’élocution et de langage, particulièrement dans la petite enfance, explique-t-elle.
Les plus jeunes et les enfants d’âge scolaire sont également à risque. Ils risquent de subir des altérations du développement cérébral, ainsi que d’éprouver des difficultés émotionnelles et comportementales, ajoute Mme Duerden.

Emma Duerden estime que le personnel enseignant doit être sensibilisé sur les effets néfastes de la surexposition des enfants aux écrans. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter
Elle prévient également que l’usage excessif des écrans expose à des risques d’anxiété et de dépression chez les enfants de six à 12 ans, ainsi qu’à des problèmes de vision, entre autres.
La chercheuse rappelle que la Société canadienne de pédiatrie recommande un temps d’écran à hauteur de deux heures pour les enfants de six à 18 ans, une heure pour les trois à cinq ans et aucun écran pour les enfants de moins de trois ans.
Alors, s’ils [les enfants de plus de cinq ans] ont une heure à l’école, qu’ils en ont déjà deux à la maison, et que leurs parents n’étaient pas au courant de cette heure supplémentaire, cela représente une proportion vraiment importante, 50 % du temps d’écran total qui leur est recommandé, poursuit Mme Duerden.
Pour sa part, Julie Cailliau, directrice de l’Observatoire des tout-petits, s’inquiète également de l’impact qu’une exposition hâtive et excessive pourrait avoir plus tard sur les enfants.

Julie Cailliau espère que les écoles soient plus transparentes au sujet du temps d'écran offert aux enfants afin que les enfants y soient exposés de manière équilibrée. (Photo d'archives)
Photo : Image: Observatoire des tout-petits
Un écran qui est utilisé pendant le moment du repas vient prendre la place d’autres expériences de vie qui vont être beaucoup plus bénéfiques sur le plan du développement de l’enfant, notamment les interactions avec l’adulte qui est là, avec ses pairs, stipule-t-elle.
Là il y a énormément d’apprentissages qui peuvent se faire. L’apprentissage du langage, mais également de la socialisation tout simplement, de la gestion des émotions, de développer une complicité avec les autres enfants, renchérit Mme Cailliau.
La place que prend l’écran qui prive d’activités qui sont davantage bénéfiques sur le plan du développement est aussi une source de préoccupation.
Écrans à l’école : un mal nécessaire ?
Radio-Canada a contacté une dizaine de conseils scolaires, seuls trois ont répondu.
Dans une déclaration, le Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB) souligne que l’usage des appareils mobiles personnels pendant le temps d’enseignement n’est autorisé que pour des fins éducatives (selon les directives du personnel enseignant), à des fins médicales et de santé, ou pour soutenir les besoins liés à l’éducation des enfants en difficulté.
TDSB précise toutefois qu’il n’a aucune politique formelle pour ce qui est de la diffusion de programmes récréatifs aux enfants à la pause du midi.
Même son de cloche pour le Conseil scolaire Viamonde, qui n’a pas de politique sur cette question spécifique.
Cela dit, la technologie est généralement utilisée de manière engageante et non de manière passive pour distraire les élèves. Elle contribue à leurs apprentissages, peut-on lire dans la déclaration.
Carl Dussault, directeur de l’éducation et secrétaire-trésorier pour le Conseil scolaire du Grand Nord, rappelle que l'usage pédagogique des écrans peut se faire pour l’apprentissage du codage, la participation à des leçons en éducation technologique, ou encore pour la mise à jour de certaines compétences en matière de littératie numérique.

Carl Dussault affirme que l’usage des écrans au sein des écoles sous la responsabilité du Conseil scolaire du Grand Nord est fait uniquement à des fins pédagogiques.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
On est conscients que l’utilisation excessive des écrans peut être nocive pour les enfants comme pour les adultes. […] L'utilisation des écrans fait partie d’un outil nécessaire pour l’apprentissage et la préparation de nos élèves dans les habiletés, les compétences du 21e siècle pour leur insertion dans le marché du travail, stipule-t-il.
L’Ontario n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.
Mais, dans un échange de courriel avec Mme Larocque, le bureau du député provincial George Pirie, élu de la circonscription de Timmins, soutient que actuellement, aucun projet n'est en cours pour interdire le temps d'écran pendant la pause du midi, bien qu'il existe une politique concernant son utilisation pendant les heures d'enseignement.
Mme Larocque prévoit de présenter sa pétition à Queen's Park au printemps prochain.


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