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Réduire 1,8 million de tonnes de GES sans milliards en subventions : et si le gaz naturel québécois était l’angle mort de la transition?

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Depuis des années, les gouvernements du Québec et du Canada affirment vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre au meilleur coût possible. Pourtant, un scénario étudié par le CIRAIG de Polytechnique Montréal suggère qu’une réduction d’environ 1,8 million de tonnes de GES par année pourrait être obtenue sans recourir à un vaste programme de subventions publiques, simplement en remplaçant le gaz naturel actuellement importé par une production québécoise à faible intensité carbone.

Cette hypothèse tranche avec l’approche privilégiée jusqu’ici par les gouvernements, qui consacrent des centaines de millions, voire des milliards de dollars, à divers projets de réduction des émissions. Une question s’impose donc : le Québec écarte-t-il une des réductions de GES les moins coûteuses pour les contribuables?

Un potentiel de près de 1,8 million de tonnes

Le débat sur le gaz naturel québécois est généralement présenté sous l’angle de ses impacts locaux ou de son acceptabilité sociale. Pourtant, une étude réalisée par le CIRAIG de Polytechnique Montréal pour l’Association pétrolière et gazière du Québec abordait une autre question : laquelle des différentes chaînes d’approvisionnement en gaz naturel consommé au Québec présente la plus faible empreinte environnementale.

Le rapport compare quatre scénarios : le gaz provenant du bassin de Marcellus, celui de l’Alberta, un gaz québécois produit de façon conventionnelle et le scénario « Québec – Clean Gas Initiative » présenté par l’entreprise Questerre. Sa conclusion est sans équivoque : c’est ce dernier qui présente les plus faibles émissions de gaz à effet de serre parmi les scénarios étudiés. Le CIRAIG ajoute même que seule la combinaison d’un scénario pessimiste pour le gaz québécois et d’un scénario optimiste pour le gaz de l’Alberta ou du Marcellus permettrait d’obtenir des résultats comparables.

À partir des facteurs d’émission établis par le CIRAIG, Questerre a ensuite appliqué ces résultats à la consommation réelle de gaz naturel du Québec.

Le calcul est relativement simple.

Les travaux du CIRAIG attribuent au gaz importé actuellement consommé au Québec une intensité d’environ 11 grammes de CO₂ équivalent par mégajoule pour les étapes de production et d’approvisionnement. Le scénario Clean Gas Initiative affiche quant à lui une intensité d’environ 3 grammes par mégajoule.

La différence est donc de 8 grammes de CO₂ équivalent par mégajoule.

En appliquant cet écart à la consommation quotidienne de gaz naturel du Québec — environ 586 millions de pieds cubes par jour, soit près de 615 millions de mégajoules — on obtient une réduction d’environ 4 920 tonnes de CO₂ par jour, soit 1 795 800 tonnes par année.

Autrement dit, près de 1,8 million de tonnes de GES pourraient être retranchées simplement en remplaçant des importations plus émettrices par une production locale à faible empreinte carbone.

Des réductions comparables… sans milliards de dollars de subventions

Ce qui frappe lorsqu’on compare ce chiffre aux grands projets climatiques québécois, c’est l’importance des sommes publiques généralement nécessaires pour obtenir des réductions parfois beaucoup plus modestes.

Le programme Chauffez vert, par exemple, constitue l’une des mesures les plus efficaces du gouvernement du Québec.

Avec environ 90 millions de dollars d’aide financière, Québec prévoit une réduction d’environ 350 000 tonnes de CO₂ par année grâce au remplacement de systèmes de chauffage au mazout et au propane.

Autrement dit, le scénario du développement du gaz naturel québécois représenterait une réduction annuelle plus de cinq fois supérieure à celle du programme Chauffez vert. Pour atteindre une réduction comparable de 1,8 million de tonnes par année, il faudrait théoriquement multiplier les résultats du programme par un peu plus de cinq.

Le gouvernement a également accordé près de 10 millions de dollars pour moderniser le réseau thermique du centre-ville de Montréal, un projet qui permettra de réduire les émissions d’environ 10 000 tonnes par année.

À titre de comparaison, il faudrait reproduire ce projet environ 180 fois pour atteindre une réduction annuelle équivalente aux 1,8 million de tonnes avancées pour une production locale de gaz naturel. Au même rythme de financement, cela représenterait près de 1,8 milliard de dollars d’argent public.

Même Pathways n’est pas si loin

La comparaison devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde le gigantesque projet Pathways Alliance, en Alberta.

Le gouvernement fédéral et l’industrie présentent ce réseau de captage et de stockage du carbone comme l’un des plus importants projets climatiques en Amérique du Nord.

Sa première phase vise une réduction d’environ 6 millions de tonnes de CO₂ par année.

Le coût estimé du projet atteint toutefois environ 16,5 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent d’importants crédits d’impôt fédéraux et diverses mesures de soutien public.

À lui seul, le scénario de production québécoise fondé sur les données du CIRAIG représenterait donc près du tiers des réductions attendues de Pathways.

Les deux projets utilisent évidemment des approches différentes : Pathways capte le CO₂ après sa production, tandis que le scénario étudié par le CIRAIG réduit les émissions associées à l’approvisionnement en gaz naturel. Dans les deux cas, l’objectif demeure toutefois le même : réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le coût par tonne

Les programmes gouvernementaux eux-mêmes offrent une façon intéressante d’évaluer ces projets.

Le programme Chauffez vert représente environ 17 dollars par tonne de CO₂ évitée lorsqu’on répartit son coût sur la durée de vie des équipements.

Le projet de modernisation du réseau thermique de Montréal représente environ 50 dollars par tonne sur vingt ans.

Même le projet Pathways, en ne considérant que son coût d’immobilisation réparti sur trente ans d’exploitation, représente environ 92 dollars par tonne, sans tenir compte des coûts d’exploitation ni de l’entretien des installations.

À la différence de ces projets, les investissements nécessaires au développement d’une filière gazière québécoise seraient assumés par les entreprises qui exploiteraient la ressource et récupérés par la vente du gaz. Pour les finances publiques, la logique est donc complètement inversée : plutôt que de financer des réductions de GES à coups de subventions, l’État pourrait percevoir des redevances, des impôts et d’autres retombées économiques découlant de cette activité.

Une comparaison qui mérite d’être faite

Depuis plusieurs années, le Québec cherche à réduire ses émissions en multipliant les programmes de subventions, les crédits d’impôt et les investissements publics. Pourtant, le scénario étudié par le CIRAIG montre qu’une autre avenue mérite au minimum d’être comparée selon les mêmes critères.

Une réduction potentielle d’environ 1,8 million de tonnes de GES par année, obtenue grâce à des investissements privés plutôt qu’à des subventions publiques, représente un ordre de grandeur comparable à plusieurs des grands projets climatiques actuellement mis de l’avant par les gouvernements.

Le rapport du CIRAIG n’avait pas pour mandat de recommander l’exploitation du gaz naturel québécois. Son objectif était de comparer différentes chaînes d’approvisionnement en gaz naturel sur la base de leur cycle de vie. Or, ses résultats montrent que le scénario « Québec – Clean Gas Initiative » est celui qui présente la plus faible empreinte carbone parmi les scénarios étudiés. Une fois ces résultats appliqués à la consommation actuelle du Québec, on obtient un potentiel de réduction d’environ 1,8 million de tonnes de GES par année.

Dans une province où chaque projet climatique se chiffre désormais en centaines de millions, voire en milliards de dollars, il paraît difficile de justifier qu’une telle avenue demeure pratiquement absente du débat public. Si le coût par tonne de GES évitée constitue réellement le principal critère de nos politiques climatiques, le développement d’un gaz naturel québécois mérite au minimum d’être évalué selon les mêmes règles que toutes les autres solutions.

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