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N’est-ce donc pas ça, le « racisme systémique »?
Pendant des années, on nous a expliqué que le Canada souffrait de « racisme systémique ». Le concept était souvent difficile à saisir concrètement : il ne fallait pas nécessairement trouver une règle raciste, une politique discriminatoire ou même une intention hostile. Le racisme pouvait se cacher dans des biais inconscients, des rapports de pouvoir diffus, des habitudes institutionnelles ou simplement dans des écarts statistiques entre groupes.
L’ironie est aujourd’hui difficile à manquer.
À force de vouloir corriger un système accusé d’être raciste même lorsqu’aucune règle raciale explicite n’était identifiable, le gouvernement fédéral a progressivement introduit dans ce même système des mécanismes où la race, le sexe et l’appartenance identitaire peuvent ouvertement influencer les décisions d’embauche.
Ne serait-ce donc pas ça, finalement, le fameux « racisme systémique »?
Selon un nouveau rapport de l’Aristotle Foundation for Public Policy rapporté jeudi par Tristin Hopper dans le National Post, 42 % des 301 offres d’emploi fédérales analysées entre février et juillet 2026 comportaient une « priorisation explicite ou potentielle fondée sur l’identité de groupe ».
Les auteurs insistent sur un point essentiel : il ne s’agit pas simplement d’affichages affirmant que tout le monde est bienvenu ou encourageant certains groupes à poser leur candidature. Ces offres indiquent que l’appartenance à certaines catégories peut directement procurer une priorité au moment de la sélection.
Le racisme autrefois invisible devient une règle écrite
Pendant longtemps, l’un des arguments centraux derrière le concept de racisme systémique était précisément que la discrimination moderne ne se présentait plus nécessairement sous la forme grossière de règles disant ouvertement qu’un groupe devait être favorisé ou défavorisé.
Elle serait devenue plus subtile, plus difficile à détecter, intégrée aux structures mêmes des institutions.
Or, ce que révèle aujourd’hui l’étude citée par Hopper est beaucoup moins subtil.
Une offre du ministère de la Défense nationale pour un poste d’agent du renseignement précisait que la sélection pouvait être effectuée parmi les candidats qualifiés s’étant déclarés Autochtones, membres d’une minorité visible, personnes handicapées ou femmes, afin d’obtenir une main-d’œuvre jugée représentative.
Transports Canada employait une logique semblable pour un poste d’inspecteur de la sécurité aérienne, invitant les candidats à déclarer leur appartenance à un groupe désigné en matière d’équité en emploi.
Nous ne sommes plus dans le domaine des microagressions, des biais inconscients ou des structures invisibles. La caractéristique identitaire est inscrite dans le processus lui-même.
C’est précisément ce qui rend la situation si paradoxale : au nom de la lutte contre un racisme systémique difficile à définir, l’État a créé des mécanismes de discrimination identitaire parfaitement explicites et parfaitement systémiques.
Des ministères où la préférence identitaire devient la norme
Selon l’Aristotle Foundation, trois organismes fédéraux se démarquent particulièrement : Pêches et Océans Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada et le Conseil national de recherches.
Dans l’échantillon étudié, 100 % de leurs affichages comportaient une forme de « priorisation explicite ou potentielle fondée sur l’identité de groupe ».
À la Défense nationale, la proportion atteignait 92 %.
Les auteurs du rapport préviennent que l’expansion de ces pratiques risque de miner à la fois « l’intégrité » et la « légitimité perçue » du système fédéral de dotation.
On comprend pourquoi.
Pendant des décennies, le principe que l’on associait spontanément à la lutte contre le racisme consistait justement à retirer la race de l’équation : évaluer un individu sur ses compétences, son expérience et ses qualités personnelles plutôt que sur son appartenance à un groupe.
Le nouveau paradigme fait pratiquement l’inverse. Il réintroduit l’identité dans la décision, mais cette fois sous le vocabulaire de « l’équité ».
De l’égalité devant les règles à l’égalité des résultats
Cette transformation repose sur une conception particulière de la discrimination.
Si un groupe n’est pas représenté dans une institution exactement dans les proportions attendues, on soupçonne alors l’existence d’un obstacle systémique. La disparité devient elle-même une preuve du problème.
La solution consiste ensuite à intervenir directement dans la composition démographique des institutions afin de rapprocher les résultats d’un objectif prédéterminé.
Le problème est que cette logique produit inévitablement ce qu’elle prétendait combattre.
Les professions ne sont jamais composées de manière parfaitement proportionnelle. Les choix d’études, les préférences individuelles, la région, l’âge, l’expérience, les habitudes culturelles et une multitude d’autres facteurs produisent naturellement des écarts entre groupes.
Si chaque différence statistique doit être corrigée par une préférence institutionnelle, la discrimination cesse d’être une anomalie du système : elle devient un outil normal de gestion.
Le concept retourné contre lui-même
C’est probablement ici que les défenseurs les plus acharnés du concept de « racisme systémique » rencontrent leur contradiction la plus difficile.
On nous demandait autrefois de croire qu’une institution pouvait être raciste même sans règle raciste, sans intention raciste et parfois même sans preuve directe de discrimination individuelle.
Il suffisait que les résultats soient jugés inégaux.
Aujourd’hui, le gouvernement possède réellement des règles permettant de traiter différemment des candidats selon leur appartenance raciale ou identitaire.
Si le mot « systémique » signifie quelque chose, il devrait pourtant désigner exactement ce genre de situation : une différence de traitement qui ne dépend pas seulement du préjugé d’un individu, mais qui est intégrée officiellement aux mécanismes de l’institution.
Le Canada n’avait peut-être pas besoin de politiques raciales pour démontrer qu’il était capable de discrimination. Il a suffi de convaincre ses institutions qu’elles étaient déjà coupables de « racisme systémique » pour qu’elles commencent à introduire elles-mêmes des distinctions fondées sur la race.
Et maintenant que ces distinctions sont écrites noir sur blanc, on nous explique qu’elles constituent la solution au problème.
Il est peut-être temps de revenir au principe le plus simple
Personne ne devrait être empêché d’accéder à un emploi parce qu’il est Autochtone, noir, asiatique, blanc, homme ou femme.
La réciproque devrait être tout aussi évidente : personne ne devrait obtenir une préférence institutionnelle pour ces mêmes raisons.
Ce principe ne garantit pas une représentation démographique parfaitement uniforme dans chaque ministère, chaque profession ou chaque niveau hiérarchique. Il garantit quelque chose de plus fondamental : que l’État traite ses citoyens comme des individus plutôt que comme les représentants interchangeables d’une catégorie.
Pendant des années, le Canada a cherché le racisme dans les recoins invisibles de ses institutions.
À force de le chercher partout, Ottawa semble finalement avoir trouvé une façon beaucoup plus simple de le rendre visible : l’inscrire directement dans les règles.


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