NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Le raccordement électrique du Yukon à la Colombie-Britannique et, par extension, au vaste réseau nord-américain est à l’étude du Bureau des grands projets d’Ottawa. Qu’est-ce que ce mégaprojet à 4 milliards de dollars? Pourquoi soulève-t-il des inquiétudes quant à son coût et à ses bénéficiaires réels?
Qu’est-ce que ce projet?
Appelé le Yukon-BC Grid Connect, ce projet d'infrastructure majeur consiste à relier le réseau électrique du Yukon, isolé dans le Grand-Nord canadien, à celui de la Colombie-Britannique avec une ligne de très haute tension (500 kV) d’environ 800 km.
L'idée n'est pas nouvelle, mais elle a refait les manchettes après l’annonce de la dernière liste des grands projets fédéraux, en novembre. Le raccordement électrique est complémentaire au plus large projet de la ligne de transport d’électricité de la côte nord (LTCN), qui vise relier le Corridor essentiel de conservation du Nord-Ouest, une initiative stratégique fédérale majeure.
La LTCN acheminera de l'électricité jusque dans le nord de la Colombie-Britannique, à Bob Quinn Lake, où le raccordement électrique du Yukon prendra le relai du transport électrique vers le nord.
À quoi servirait cette ligne de raccordement?
L’objectif de cette ligne de très haute tension est de stabiliser et de désenclaver le réseau du Yukon.
Quand l'hiver arrive et les barrages hydroélectriques ne suffisent plus, le territoire a recours à des génératrices au diesel qui deviennent, elles-mêmes, insuffisantes en cas de météo extrême. En décembre, par exemple, l'organisation des mesures d'urgence du territoire a mis en garde la population quant aux pannes de courant.

Pendant les Fêtes, le mercure oscillait autour de -40 degrés Celcius à Whitehorse, décuplant les besoins énergétiques.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Ce raccordement permettrait ainsi au territoire d’augmenter sa capacité d'approvisionnement en électricité pendant la saison froide, lorsque le réseau est sous tension, et de devenir un exportateur d'électricité l’été, quand son énergie est en surplus. Cette période coïncide avec le moment où la Colombie-Britannique et l'Alberta font face à des pics de demande liés aux sécheresses et à la climatisation, d'après le rapport sur les bénéfices du projet (nouvelle fenêtre).
Ce raccordement rendrait également possible l'électrification de six communautés du Yukon et de la Colombie-Britannique, qui sont en ce moment alimentées par du diesel, une énergie fossile.
Grace à cette infrastructure, des sites industriels comme le mégaprojet minier Casino pourraient également être alimentés avec de l'électricité propre de la Colombie-Britannique, ce qui permettrait d'éviter l’émission de 9 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) annuellement, d'après le rapport sur les bénéfices du projet.

Au Yukon, la majorité de l’énergie produite est hydroélectrique, mais le territoire dépend du gaz naturel liquéfié et du diesel pour combler les pics de demande.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Pour le gouvernement fédéral, cette ligne électrique majeure s’inscrit également dans la stratégie nationale de défense de l’Arctique. Elle ne se limite pas à une présence physique : un réseau stable est nécessaire pour répondre aux situations climatiques urgentes, comme les feux de forêt et les inondations, explique Brendan Hanley, député fédéral du Yukon.
Le mégaprojet permettra également de développer une autonomie canadienne sur les minéraux critiques, pour ne pas dépendre de pays étrangers, comme la Chine, ajoute-t-il.
Le rapport sur les bénéfices du projet promeut une croissance économique de 7,6 milliards de dollars annuels et 36 000 emplois au pays.

3:26
Le vaste projet d'infrastructure «Yukon-BC Grid Connect», qui est actuellement à l’étude au Bureau des grands projets d’Ottawa, vise à relier le réseau électrique du Yukon à celui de la Colombie-Britannique, avec une ligne à très haute tension (500 kV) d’environ 800 km.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Combien ça va coûter et qui paiera la facture?
C’est l’une des grandes incertitudes du dossier. Le projet est pour le moment estimé à 4 milliards de dollars et son intégration à la liste des grands projets fédéraux n’est pas gage de financement.
La seule nouvelle enveloppe qui accompagnait cette désignation était de 139,5 millions alloués à la Société d'État BC Hydro pour la phase préliminaire de la LTCN, à laquelle la ligne du Yukon sera éventuellement connectée.

Ottawa avait également investi 40 millions de dollars pour une étude de faisabilité de la ligne de raccordement en 2024.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Le député fédéral Brendan Hanley explique que le rôle du Bureau des grands projets fédéral est d’attirer des investisseurs du secteur privé. Cette nomination devrait donc être perçue comme vote de confiance, et non une promesse de financement d’Ottawa.
Comment est-ce que ça va se dérouler dans le nord, où on a beaucoup plus besoin de subventions fédérales en général? Ça va se déterminer dans les prochaines années, précise-t-il.

Brendan Hanley, député du Yukon, explique que c'est le moment de voir « qui est à la table » et prêt à payer pour le projet.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Le montant de 4 milliards de dollars, déjà élevé, n'inclut d'ailleurs pas les infrastructures d'extensions pour se rendre aux mines, précise John Maissan, ingénieur retraité ayant travaillé 15 ans dans l’industrie minière et presque autant pour la Société de développement du Yukon, qui les estime à 1,4 milliard supplémentaires.
Le coût est tellement énorme que le Yukon ne peut absolument pas se le permettre, en tant que contribuables ou consommateurs d'électricité. C’est tout simplement irréaliste. Ou tout le monde fera faillite.

Sans financement du fédéral, ce projet serait mort dans l'eau, pour John Maissan, ingénieur retraité.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Interrogé sur le risque de faillite des minières et leurs conséquences pour les contribuables yukonnais, le député fédéral Brendan Hanley est resté vague sur l’existence de garanties fédérales. Il a toutefois affirmé que chaque projet aura des obligations contractuelles.
Pourquoi ce projet fait-il sourcilier?
Des experts et écologistes doutent des bénéfices promus pour les Yukonnais et dénoncent des subventions déguisées pour l’industrie.
John Maissan croit qu’il ne s’agit que d'arguments de façade pour une infrastructure qui desservira principalement les grandes compagnies minières, notamment le mégaprojet Casino. Ce projet ne se justifie pas au regard des besoins des communautés et de la charge électrique actuelle, dit-il, en commentant le rapport sur les bénéfices partagés du projet (nouvelle fenêtre).

S'il voit le jour, le projet de mine d'or Casino serait le plus grand du territoire, à 300 km au nord-ouest de Whitehorse.
Photo : Cathie Archbould/Casino Mining Corp.
Les avantages à long terme ne sont que spéculatifs et l’accent porté sur l’électrification des communautés est surestimé, selon lui, pour justifier du montant du projet. Il estime que le rapport sur les bénéfices partagés n’est qu'un argumentaire de vente exagérée pour obtenir des fonds du fédéral.
Quand on examine ce type de projets, on les considère de manière réaliste. On appelle un chat un chat, et on essaye de ne pas faire d’écoblanchiment ou de tromper les gens.
Les promoteurs du mégaprojet de mine Casino ont déjà annoncé qu’ils bénéficieraient de ce raccordement électrique, qui lui permettrait de s’approvisionner d’énergie propre plutôt que de gaz naturel liquéfié. Des documents de la mine prévoient une nécessité de capacité énergétique plus importante que ce qui est produit actuellement par le territoire tout entier (200 MW contre 148 MW).
Existe-t-il des alternatives?
Oui, selon les critiques. John Maissan croit que le projet d’expansion hydroélectrique d’Atlin, le stockage d'énergie et la production locale renouvelable seraient des alternatives plus financièrement viables qu'un tel projet.
Même son de cloche pour Sebastien Jones, analyste de la faune et de la flore à la Yukon Conservation Society : Si vous preniez juste une fraction de ce montant et la dépensiez pour d'autres énergies renouvelables, on pourrait régler le problème de la production d'énergie [...] pour beaucoup moins d'argent et, sans doute, avec une empreinte environnementale beaucoup plus petite.
Pour bâtir cette infrastructure majeure, un corridor de 800 km devra être coupé dans la forêt, ce qui servira de voie d’accès aux prédateurs et aux chasseurs, et nuira aux caribous, précise Sebastien Jones.
L'analyste juge d'ailleurs suspect l'argument de diminution des émissions de GES du territoire, car la ligne de transmission donnera un nouveau souffle à l’économie avec ces nouveaux projets miniers.

La mine Hecla près d'Elsa, au Yukon, est également identifiée comme industrie qui pourrait bénéficier d'une alimentation plus verte grâce à cette infrastructure.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
La Colombie-Britannique a-t-elle du surplus d'électricité à fournir?
La Colombie-Britannique est elle-même un importateur net d'électricité, ce qui soulève des questions sur sa capacité à fournir son voisin du nord.
Interrogé sur cet aspect, le ministère de l'Énergie et des Solutions climatiques de la Colombie-Britannique a mis de l'avant sa stratégie d'expansion du réseau électrique, citant la mise en service du barrage du Site C et un investissement de 36 milliards de dollars pour garantir un approvisionnement futur, sans confirmer ce déficit.
La Colombie-Britannique bénéficiera également de ce projet, présenté comme une manière d'atteindre leurs objectifs climatiques communs, dans la déclaration du ministère.

Le barrage hydroélectrique Site C près de Fort St John, dans le nord de la Colombie-Britannique.
Photo : BC Hydro
Qu’en pensent les Premières Nations?
Peu de communautés autochtones se sont prononcées sur la question jusqu'à maintenant.
En présentant le projet au forum Géoscience du Yukon, en novembre dernier, Gary Gazankas, le PDG de la Société de développement du Yukon, a insisté sur la nécessité d’impliquer les Premières Nations dès les débuts du projet, évoquant une possible copropriété. Il a assuré avoir reçu des lettres de soutien de certaines communautés sur le tracé.
La bonne nouvelle, c’est que l’on continue de discuter et que personne n’est opposé au projet, a-t-il souligné, ce que réfute toutefois le chef du conseil Dena de Ross River, Dylan Loblaw.

Le projet est présenté comme un modèle de réconciliation économique, mais le soutien des Premières Nations n'est pas encore unanime.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
La Grande cheffe du Conseil des Premières Nations du Yukon, Math'ieya Alatini, indique pour sa part que des discussions sont en cours sur ce projet, ses implications et la place des communautés autochtones.
Avant d’aller de l’avant avec ce raccordement, elle insiste toutefois sur la nécessité d’achever les plans régionaux d’aménagement du territoire – attendus depuis des décennies par les Premières Nations et promis dans l’Accord-cadre définitif conclu avec Ottawa et le Yukon en 1993.
Math'ieya Alatini insiste par ailleurs sur l’urgence des Premières Nations de se positionner dès maintenant pour être des joueurs à la table, étant donné l’importance des ces initiatives pour la souveraineté nationale. Les choses avancent vite et elles vont avancer avec ou sans nous.
Le projet réglera-t-il les problèmes énergétiques du Yukon à court terme?
Non. Le ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources du Yukon, Ted Laking, a été clair : le projet ne sera pas opérationnel avant les années 2030. D’ici là, le gouvernement doit investir dans des solutions plus urgentes, comme la réparation du barrage de Mayo et de nouvelles centrales thermiques.
Le raccordement électrique Colombie-Britannique Yukon, c’est un beau et excitant projet [...], mais il ne fera rien pour régler nos besoins énergétiques cet hiver ni pour les six prochains hivers.
Il n’est également pas prévu que ce raccordement électrique réduise les tarifs d'électricité des Yukonnais. Le PDG de la Société de développement du Yukon estime plutôt qu’il les stabilisera à l’avenir.
Avec des informations de Julien Greene, de Chris Windeyer et de l'émission de radio Midday Cafe


4 month_ago
70



























.jpg)






French (CA)