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Qui remplacera le guide suprême en Iran?

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Le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, est mort et, selon la constitution du régime théocratique, c’est maintenant l’Assemblée des experts religieux qui « doit aussi tôt que possible » lui trouver un remplaçant. En attendant, en conformité avec l’article 111 de la loi fondamentale du pays, un conseil transitoire de trois membres occupe la fonction subordonnant le politique à la religion.

Le triumvirat comprend depuis dimanche l’ayatollah Alireza Arafi, qui dirige le Centre de gestion des séminaires religieux du pays tout en étant déjà deuxième vice-président de l’Assemblée des experts. Il rejoint le président de la République, Massoud Pezechkian, et le chef du système judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei.

La République islamique repose sur un système institutionnel assez unique, qui en fait officiellement une théocratie, c’est-à-dire un pouvoir, censé émaner directement d’Allah, concentré dans le clergé chiite. L’ayatollah Rouhollah Moussavi Khomeini (1902-1989) a théorisé ce régime dans les années 1960. Il est devenu lui-même le premier « guide suprême de la révolution islamique » qui a renversé le shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980) en 1979.

Cette fonction de gardien de la jurisprudence qui consacre la primauté du religieux sur le politique désigne le plus haut responsable de la République islamique tandis que le président élu au suffrage universel incarne le chef du gouvernement. Le guide suprême est désigné par une Assemblée des experts composée de 88 religieux élus chacun pour huit ans au suffrage universel. La dernière élection de cette Assemblée date de 2024.

La dernière sélection d’un guide suprême, elle, remonte donc à 1989, quand Ali Khamenei a succédé à l’ayatollah Khomeini. L’Assemblée pourrait vouloir procéder rapidement à la désignation d’un guide suprême pour démontrer la continuité du régime et trouver un leader pour affronter les menaces existentielles qui pèsent sur la république avec les attaques israélo-étatsuniennes.

Le nouveau guide sera nécessairement un homme et nécessairement un théologien, si possible doté d’une forte expérience politique. Reste à voir s’il sera dans une continuité conservatrice à la Khamenei ou d’une branche plus ou moins réformiste pour engager des réformes à l’interne et des négociations à l’externe.

Quelques noms circulent. Alireza Arafi est du nombre, même s’il possède peu d’alliés auprès des services de sécurité. Mohammad Mahdi Mirbagheri représente une option ultraconservatrice : il dirige l’Académie de sciences islamique de Qom et prône une guerre sainte contre les « infidèles ». Les deux hommes sont dans la mi-soixantaine.

La liste comprend aussi deux nepo babies, des « fils de », dans la cinquantaine. Hassan Khomeini est le petit-fils du fondateur de la République islamique. Il s’occupe du mausolée de son grand-père. Mojtaba Khamenei, fils d’Ali, semble plus intronisable, notamment en raison de ses liens forts avec les paramilitaires du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Paranoïaque et rigide

Son père, Ali Khamenei, est arrivé à cette fonction au sommet après un parcours typique. Né en 1939 dans la ville de pèlerinage de Mashhad, dans le nord-est du pays, il était le fils cadet d’un ayatollah. Lui-même a étudié auprès d’éminents religieux dans la ville sainte de Qom. Le chiisme, deuxième courant de l’Islam, rassemblant autour de 10 % à 15 % des fidèles musulmans, est constitué autour des mollahs formant un clergé, une hiérarchie religieuse typique.

Le jeune religieux Khamenei s’est initié à la politique en suivant dans les années 1960 les enseignements des Fedayin de l’Islam, critique du régime du shah. Il a été emprisonné sept fois avant que la chute du régime royal accélère très rapidement son ascension jusqu’au sommet.

Le mollah Khamenei a été élu président de la République dès 1981 après la mort dans un attentat de Mohammed Ali Radjaï. Lui-même a perdu l’usage partiel du bras droit après un autre attentat la même année revendiqué par l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien.

Ali Khamenei a été réélu président de la République islamique, et l’Assemblée des experts l’a désigné remplaçant du guide suprême Khomeini en 1989. Il n’avait pourtant pas encore atteint le rang de grand ayatollah, le marja-e taqlid, le « modèle à imiter », titre que d’éminents religieux vont lui contester pendant des décennies.

Pendant plus de 35 ans, le chef théocratique a ensuite tant bien que mal fait tandem avec les présidents successifs pour boulonner le pouvoir conservateur.

Le guide suprême a transformé sa forteresse en puissance régionale. Le programme nucléaire sans cesse avancé et refoulé par les frappes tactiques israéliennes et américaines servait cet objectif, tout comme les alliances avec le Hezbollah, les milices chiites d’Irak, les houthistes du Yémen et bien sûr le Hamas palestinien.

Le leader réputé paranoïaque et rigide a aussi durci la répression à l’intérieur du pays. Des opposants ont été assassinés en masse et traqués jusqu’à l’étranger. La mort de Mahsa (Jina selon son prénom kurde) Amini en septembre 2022 après son arrestation pour port de voile non réglementaire, a provoqué un soulèvement appelé Femme, vie, liberté, réprimé férocement.

De nouvelles manifestations lancées en décembre 2025 pour protester contre le coût de la vie se sont rapidement transformées en mouvement appelant à la chute du régime. Elles ont fait entre quelque 7000 et 12 000 décès selon l’ONG Human Rights Activists.

Le guide suprême Ali Khamenei, lui, est mort à 86 ans sous les décombres de la maison de la Direction, sa résidence officielle de Téhéran, au petit matin, le 28 février. Les autorités ont décrété un deuil national de 40 jours comprenant 7 jours fériés.

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