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Avouons-le, quand il est question de masculinité toxique et de complotisme, la plupart des adhérents à ces idées semblent irrécupérables. Certains diront qu’il est inutile et surtout ridicule de prendre le temps d’argumenter avec des gens pour qui la seule façon de réfuter le gros bon sens, c’est de céder à la colère, créant des réactions qui valident leur perception d’être de grands incompris. La désinformation et les discours anarchistes à tendances sensationnalistes qu’ils gobent depuis plusieurs mois, voire des années, leur donnent l’impression d’avoir enfin compris le monde qui les entoure. Ce qui est un cadeau inouï pour quelqu’un de complexé par son niveau d’éducation, sa relation avec son père ou son manque de succès avec les femmes.
Toutefois, en tant qu’enseignante au secondaire qui côtoie quotidiennement des jeunes en âge de vénérer les Andrew Tate de ce monde, cette paresse argumentative ne peut plus persister sans que cela se transforme en complicité passive. Est-il trop tard pour nos jeunes garçons, ou les masculinistes parlent-ils simplement trop fort ? Une chose est certaine, ils ont accès à une trop grande tribune pour diffuser massivement des idées toxiques dangereuses pour la majorité silencieuse.
La neutralité n’est plus une solution. Pour chaque femme, personne de la communauté LGBTQ+ ou minorité visible, nous avons une question à poser aux hommes : « Êtes-vous nos alliés, ou nos ennemis ? » Il n’y a plus de zone grise ou de clan impartial. Si un homme ne se prononce pas face à un sujet aussi important que l’égalité de tous et n’est pas capable de verbaliser concrètement son soutien aux groupes visés par une haine résurgente, est-il réellement un membre de notre équipe ? Manifestement, son silence ne nous aide pas.
Elle a le dos large, la liberté d’expression. Si un homme aussi puissant que Donald Trump se permet de mépriser publiquement les femmes et les minorités, qu’est-ce qui arrête n’importe quel autre homme de faire de même ? En légitimisant ces discours à grande portée, les garçons qui se situent sur la pente glissante du masculinisme pourraient bien la dégringoler sous peu.
Remettre en question le patriarcat en s’y enfonçant plus profondément
Le monde va mal, c’est un fait. Les jeunes sont complètement désabusés face à leur avenir et croient qu’il est maintenant impossible de prospérer dans cette réalité. Je l’entends tous les jours. Pourtant, la société patriarcale prône le capitalisme, et ce dernier promet de grandes choses à ceux qui le méritent. Mais que faire quand ce n’est plus accessible ? La solution des masculinistes : se persuader que quelqu’un, quelque part, leur veut du mal ; voilà pourquoi ils ne réussissent pas. À qui la faute ? Le féminisme.
Les masculinistes croient que les droits fondamentaux sont une tarte : si les femmes et les minorités en prennent une part, il en reste moins pour les hommes. Quelle étrange corrélation. Pourtant, qui gouverne le monde ? Ce sont les hommes. Ceux qui croient autrement ne comprennent pas que les dirigeants des plus puissants pays sont des hommes, que les hauts postes dans les entreprises ou en politique sont occupés en majorité par des hommes et que nos institutions ont été créées par ceux-ci. Le patriarcat a fabriqué des cases précises dans lesquelles doivent impérativement se retrouver les hommes, et voilà l’origine de leurs malheurs.
La solution : créer d’autres cases encore plus strictes et fermées. Les hommes dominent, les femmes se soumettent. Les hommes sont virils, les femmes sont fragiles. Et qu’en est-il de ces hommes sensibles qui aident grandement les autres grâce à leur empathie et de ces femmes qui démontrent un fort leadership ? Où se situent-ils dans ce monde tant déterminé à voir les humains comme deux genres immuables et non comme les êtres complexes et uniques que nous sommes ? Pourquoi la différence entre deux genres doit-elle nécessairement mener à la hiérarchie ?
« J’aime les femmes. C’est juste qu’elles sont inférieures. »
Déconstruisons aussi cette idée : non, un homme masculiniste n’aime pas les femmes. D’aucune façon, même s’il affirme le contraire. Cessons de donner aux masculinistes le bénéfice du doute ; le principe même de leur idéologie repose sur l’antiféminisme et voit dans l’égalité des genres un concept mettant en péril leur existence. Tu ne peux pas aimer les femmes et en même temps vouloir les invisibiliser et les dominer.
De plus, ces hommes misogynes veulent un contrôle absolu de la femme tout en lui retirant ce qui fait d’elle une personne à part entière : le droit de s’autodéterminer. Le droit de posséder son propre corps. Depuis la nuit des temps (littéralement), l’avortement existe, peu importe sa méthode. Une chose est certaine, si une femme ne souhaite pas donner naissance, elle trouvera un moyen d’avorter, que ce soit de manière sécuritaire ou au risque de sa vie. Ne pensons qu’aux cintres et aux hémorragies de femmes désespérées, aux thés douteux, aux chutes malencontreuses…
L’homme masculiniste craint l’avortement, mais ne craint pas la douleur des autres. Il craint d’être effacé, mais n’hésite pas à effacer ceux qui se mettent dans son chemin. L’esprit de domination réside en lui : « Si je veux réussir, les autres doivent échouer. » Au diable les femmes traumatisées et les enfants importuns qui vivront la misère dans un système qui étouffe et qui ne protège en réalité personne. Les hommes masculinistes sont contre l’avortement, au risque de détruire la vie des autres.
Il n’y a pas d’exagération : à l’école, le masculinisme est partout. Dans nos corridors, dans nos salles de classe, à la cafétéria et dans les aires communes. L’intimidation et l’homophobie sont en hausse, les commentaires haineux sont décomplexés et salués, les symboles nazis se multiplient, les enseignantes sont démunies et les ressources pour contrer le flux massif de désinformation sont inexistantes. Les influenceurs séduisent par une offre qui ne peut être ignorée par les ados complexés : la forme physique et l’argent. Va t’entraîner, fais du cash, ah oui, en passant, domine ta femme. Viens dans notre club, toi qui es en carence d’appartenance.
Alors, les gars, je m’adresse à vous aujourd’hui. Mon discours n’est pas aussi attrayant, c’est certain, mais il se situe du bon côté de l’histoire. Du côté des droits de la personne. Ce n’est pas parce qu’il y a le mot « femme » dans « féminisme » que nous cherchons à vous effacer. Nous voulons simplement exister sans que nos droits durement acquis soient remis en question. Cessez de faire vos victimes dans un monde qui vous avantage, même si vous en voulez davantage. Si vous voulez vraiment être forts, restez humains, dans toute votre vulnérabilité et vous verrez qu’au fond, nous ne sommes pas définis par les rôles traditionnels qui nous enferment dans un système que vous remettez vous-mêmes en question.


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