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Le premier ministre Mark Carney a brandi une figurine représentant Isaac Brock, un général britannique de la guerre de 1812, dans un discours à la nation mis en ligne sur YouTube dimanche. « Avant même que le Canada n’existe sur papier, notre pays prenait déjà forme dans l’imaginaire de Brock », a avancé le chef libéral dans cette vidéo où il aborde de front les tensions commerciales avec les États-Unis.
« Chaque matin, quand je rentre dans le bureau du premier ministre, je vois cette statuette », a relaté Mark Carney en évoquant le général miniature coiffé d’un large bicorne noir. « Il s’est battu et a donné sa vie pour nos ancêtres », a-t-il ajouté en pointant cette figurine de quelques centimètres de haut qui lui a été offerte par l’humoriste Mike Myers il y a un an.
« C’est le mythe du Brock sauveur du Canada », observe le professeur Roch Legault du Collège militaire royal du Canada en entrevue au Devoir. « Sa connaissance de l’histoire n’a pas évolué depuis ce qu’il a appris à l’école secondaire. Il se rabat sur la vision du Canada anglais des années 1960, ce n’est pas plus moderne que ça. »
Né en 1769 sur l’île anglo-normande de Guernesey, Isaac Brock est promu capitaine du 49e Régiment britannique en 1791. Il suivra cette unité dans les Antilles avant d’aboutir au Canada en 1802. « On n’envoyait pas les meilleurs généraux ni les pires dans les colonies, mais ceux qui étaient au milieu », explique l’historien militaire Luc Lépine.
Pendant dix ans, le géant de six pieds et deux pouces est contraint à l’inaction dans les villes de garnison de la colonie tandis que ses collègues se font valoir sur les champs de bataille de l’épopée napoléonienne, en Europe. L’invasion américaine du Canada le sort enfin de sa torpeur à l’été de 1812.
L’étoile de Brock ne brillera pas longtemps dans le firmament militaire canadien. Après avoir causé la surprise en s’emparant de Detroit, au Michigan, le général britannique est mortellement blessé en menant ses troupes à la bataille de Queenston, dans la péninsule du Niagara. Son décès survient trois mois seulement après le début de la guerre de 1812, qui va durer jusqu’en 1815, contrairement à ce que son nom suggère.
Panthéon
En plus du général Brock, Mark Carney a rendu hommage au chef autochtone Tecumseh et au lieutenant-colonel canadien français Charles-Michel de Salaberry. Laura Secord brille toutefois par son absence dans ce panorama traditionnel des héros de 1812.
En évoquant Brock et Salaberry, le premier ministre a mis l’accent sur les offensives américaines du début du conflit qui ont été repoussées à Queenston et à Châteauguay. Il ne s’est pas attardé aux contre-attaques britanniques massives réalisées en 1814 et en 1815 avec l’aide des vétérans britanniques des guerres napoléoniennes.
La frontière des États-Unis aurait vraisemblablement été déplacée à plusieurs centaines de kilomètres au sud, sinon plus, sans les victoires surprises des Américains et les pressions des puissances européennes pour mettre un terme à la guerre. « On aurait tous les Grands Lacs », avance Roch Legault en s’aventurant dans l’uchronie.
Goliath n’est pas celui que l’on croit dans ce conflit qui a largement débordé le territoire du Canada. La Grande-Bretagne est la première puissance navale de son époque. C’est ce qui lui a permis de lancer des opérations amphibies spectaculaires au cœur du territoire américain, contre Washington, Baltimore et La Nouvelle-Orléans.
Le parapluie militaire de la Royal Navy va couvrir les colonies britanniques de l’Amérique du Nord jusqu’au tournant des années 1870. « Le protectorat américain sur le Canada date du début de la Seconde Guerre mondiale », souligne Roch Legault en osant le mot tabou de « protectorat ». « C’est à ce moment que les Américains nous ont mis le grappin dessus. »
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