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Alors que la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran vient d’entamer sa troisième semaine, une question s’impose chaque jour un peu plus : comment le gouvernement de Donald Trump, qui a fait entrer son pays dans ce conflit risqué et impopulaire au sein de la population américaine, va-t-il réussir à en sortir ? Trois scénarios sont envisageables. Le plus optimiste semble toutefois avoir déjà été compromis, alors que le pire s’inscrit de plus en plus dans le champ des possibles. Le Devoir fait le point.
Le changement de régime
De loin l’issue la plus souhaitable pour les Iraniens, victimes d’une dictature depuis 47 ans, ainsi que pour les États-Unis et Israël, la chute du régime des mollahs, que Donald Trump a présentée, un temps, comme un des objectifs de cette guerre, ne s’est finalement pas produite. « À ce stade, la probabilité d’un véritable changement de régime semble extrêmement faible », résume en entrevue le politicologue spécialiste de l’Iran Mehrzad Boroujerdi, qui enseigne à l’Université de science et technologie du Missouri.
Malgré la puissance de feu des Américains, la théocratie iranienne tient bon depuis plus de deux semaines, en dépit de la perte dans les premiers jours de la guerre de son leader spirituel, politique et social, l’ayatollah Ali Khamenei, et d’une économie affaiblie par l’isolement et les frappes imposés par Washington et Tel-Aviv.
« Le scénario le plus probable est que le système politique iranien reste intact et que le pays ne modifie pas sa position vis-à-vis des États-Unis et d’Israël, commente Jonathan Graubart, professeur de science politique et fin observateur du Moyen-Orient, depuis l’Université d’État de San Diego. Un compromis est toujours possible, mais les concessions que l’Iran est prêt à faire ne correspondent pas aux attentes du gouvernement américain, et encore moins à celles du gouvernement d’Israël. L’offensive américano-israélienne risque donc de renforcer les éléments les plus répressifs du régime et les plus attachés au statu quo, ce qui va entraver l’émergence de courants démocratiques forts au sein de la population iranienne. »
Un conflit qui s’éterniserait pourrait toutefois modifier cette trajectoire. « Les guerres mettent souvent à l’épreuve la cohésion interne, dit Baris Kesgin, iranologue à l’Université Elon de la Caroline du Nord. Si les élites venaient à se fragmenter, ou si des troubles populaires persistants se conjuguaient à une détérioration des capacités militaires de l’Iran, l’équilibre politique à Téhéran pourrait être sérieusement fragilisé. Mais ce n’est pas une fin claire ni immédiate qui se profile à l’horizon. »
La victoire en mentant
Les États-Unis ont sans doute sous-estimé la capacité de résistance de l’Iran, par excès de confiance ou par aveuglement, ce qui place désormais le régime de Donald Trump à la croisée des chemins. Et pour Jonathan Graubart, la meilleure route à prendre serait donc « de revenir à la raison, d’admettre que le simple recours à une force aérienne massive ne suffira pas à soumettre l’Iran, de déclarer que les objectifs ont été atteints et d’ignorer les preuves accablantes du contraire », dit-il en entrevue.
Nier la réalité des faits pour défendre des choix discutables aux conséquences négatives : le stratagème est connu du président américain, qui pourrait ainsi sortir d’une situation délicate et éviter le bourbier. « Donald Trump pourrait poursuivre une diplomatie discrète et en coulisses avec l’Iran et accepter une cessation des hostilités si Téhéran lui accordait des concessions tangibles sur la question nucléaire en échange de certaines garanties, comme un engagement à s’abstenir de lancer de nouvelles attaques ou encore une levée partielle des sanctions [économiques imposées par les États-Unis à l’Iran] », résume Mehrzad Boroujerdi. « Ce serait une sortie honorable pour tout le monde, puisqu’à mesure que le conflit se prolonge, la pression économique sur le président Trump risque de s’intensifier. »
La flambée des prix du pétrole, le risque d’un embrasement régional et l’affaissement de l’économie mondiale pourraient ainsi peser énormément sur les décisions politiques à venir du côté de Washington, estime-t-il. « Les discours durs exprimés publiquement par les deux parties doivent donc être traités avec prudence, car ils pourraient ne pas refléter pleinement la substance des efforts diplomatiques en cours à huis clos », dit M. Boroujerdi.
Dimanche soir, Donald Trump n’a toutefois rien fait pour troubler les perceptions en affirmant ne pas être prêt encore à déclarer la victoire des États-Unis sur l’Iran, et ce, même s’il affirme dans la même phrase avoir « décimé » le pays. « Non, je ne le ferai pas, a-t-il dit. Il n’y a aucune raison de le faire. »
Le choix de l’escalade
Entre sortir de la guerre et s’y perdre, Donald Trump a donné samedi l’impression d’avoir fait son choix. Comment ? En lançant une attaque contre les installations militaires iraniennes de l’île de Kharg, ce bout de terre baignant dans le golfe Persique à une trentaine de kilomètres des côtes de l’Iran.
L’endroit est stratégique : c’est un nœud essentiel par lequel passent 90 % des exportations de pétrole du régime des mollahs et c’est désormais l’épicentre d’un conflit sur le point de devenir incontrôlable, croit Firoozeh Kashani-Sabet, spécialiste de l’Iran à l’Université de Pennsylvanie. « Il s’agit d’une dangereuse escalade, dit-elle, qui sous-entend une volonté non seulement de destituer les dirigeants iraniens ou d’affaiblir leurs capacités militaires, mais aussi d’anéantir l’Iran lui-même. »
C’est peut-être un moment décisif dans le conflit, ajoute Mehrzad Boroujerdi, surtout s’il devait être accompagné du déploiement de troupes américaines sur le terrain. La semaine dernière, Trump a annoncé l’envoi de 2500 hommes supplémentaires, mobilisés sans doute pour des opérations sur le terrain. « La capture du port le plus important d’Iran porterait un coup dur à l’économie du pays. Mais, dans le même temps, elle viendrait renforcer la détermination du régime et de ses partisans, intensifiant ainsi la résistance. Le résultat serait presque certainement de lourdes pertes des deux côtés », dit-il.
L’opération militaire contre Kharg vient de confirmer qu’aucune « meilleure issue » à cette guerre n’est encore possible, assène Mme Kashani-Sabet. « Ce conflit s’est mué en une guerre de représailles et de vengeance. Ce qui se déroule sous nos yeux est le fruit de décennies d’hostilité profonde, enracinée dans l’héritage non résolu de la révolution [islamique iranienne] de 1979. Les conséquences environnementales et les risques sanitaires de cette guerre — sans parler de la colère et de la frustration des populations prises entre deux feux — se feront sentir pendant des années », conclut-elle.
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