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Quelle politique internationale pour le Québec?

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Avec « Le monde dans l’urne », le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) s’allie au Devoir afin d’approfondir la conversation électorale par le biais de lectures stratégiques internationales. La série débute en revenant aux bases, soit à ce qui fait une bonne politique internationale.

Dans les programmes des partis politiques québécois, les relations internationales occupent encore trop souvent une place marginale. On y trouve bien quelques engagements généraux — par exemple, cas classiques, un appui renouvelé à la francophonie ou une volonté de renforcer les exportations —, mais ces intentions sont rarement traduites en stratégies cohérentes et durables une fois les partis au pouvoir.

L’un des problèmes majeurs tient à l’instabilité chronique de l’action internationale québécoise. Au fil des alternances politiques, des priorités gouvernementales changeantes et des arbitrages budgétaires à court terme, les orientations fluctuent, les structures sont modifiées, et les capacités institutionnelles sont souvent affaiblies.

Dans ce contexte, une idée simple mérite d’être avancée. Les partis politiques gagneraient à adopter une forme de « serment d’Hippocrate » appliqué aux relations internationales : d’abord, ne pas nuire. Autrement dit, éviter les décisions qui fragilisent les acquis institutionnels ou qui réduisent la capacité du Québec à se projeter à l’international.

L’histoire récente fournit plusieurs exemples révélateurs. Au-delà de ces menaces d’abolition, les gouvernements successifs ont multiplié les réorganisations. Certaines ont consisté à déplacer des fonctions stratégiques, comme les exportations, vers le ministère des Relations internationales (MRIF) sous Pauline Marois, ou à renforcer des organismes économiques extérieurs au MRIF, comme Investissement Québec, sous la Coalition avenir Québec. Au début du mandat de Philippe Couillard, des scénarios d’abolition du MRIF ont même été sérieusement envisagés. Sans la mobilisation de la société civile et l’intervention déterminée de la ministre Christine St-Pierre, ce ministère aurait été réduit à un simple secrétariat, cantonné à être « l’agence de voyages du gouvernement ».

Une telle décision aurait considérablement affaibli le Québec à un moment où les tensions commerciales avec les États-Unis s’intensifiaient lors de la première présidence de Donald Trump.

On peut avancer l’hypothèse qu’une telle décision aurait éventuellement été reconsidérée en raison de l’importance des questions internationales pour les intérêts nationaux du Québec, à l’image de celle prise par Lucien Bouchard d’abolir près de la moitié des représentations internationales du Québec dans la seconde moitié des années 1990.

Face à ces oscillations, une conclusion s’impose : plutôt que de réformer constamment les structures, il serait plus judicieux de stabiliser les institutions existantes et de leur donner les moyens d’agir dans la durée.

Des choix stratégiques parfois discutables

Dans le passé, plusieurs nouveaux gouvernements ont exprimé le désir d’accroître la présence internationale du Québec, ce qui constitue en soi une orientation légitime. Toutefois, les décisions prises ne sont pas toujours alignées sur des priorités stratégiques clairement définies. L’une des erreurs récurrentes des gouvernements successifs consiste à ouvrir, puis à fermer des délégations dans des lieux dont la pertinence est discutable, souvent davantage pour marquer leur passage que pour répondre à des objectifs durables et cohérents.

Le ministère dispose pourtant d’une grande expertise pour cibler les marchés et les régions où la présence québécoise serait la plus pertinente. Malgré cela, certaines décisions semblent davantage motivées par des considérations politiques ou symboliques que par une analyse rigoureuse. L’ouverture de bureaux à Moscou ou à La Havane illustre bien ces tensions. À l’inverse, certaines initiatives ratées apparaissent particulièrement bien fondées, comme le projet d’ouverture d’une représentation à Stockholm. De plus, sans financement additionnel, ces investissements dans le béton ne peuvent que conduire à un échec.

Cette faiblesse est d’autant plus préoccupante que le contexte international exerce aujourd’hui une influence directe sur le Québec. Les transformations géopolitiques ne sont plus des phénomènes abstraits ou éloignés : nous sommes, pour reprendre une expression américaine, devant « un danger clair et immédiat ».

Par ailleurs, dans un tel contexte, le gouvernement fédéral sous Mark Carney tend à centraliser davantage les décisions, réduisant l’espace de consultation des provinces. Cela limite la capacité du Québec à influencer des orientations qui ont pourtant des conséquences directes sur ses intérêts nationaux.

Dans un environnement aussi incertain, le Québec doit se doter d’une politique internationale plus cohérente, plus stable et mieux articulée. Le MRIF devrait, dans cette perspective, jouer pleinement son rôle de centre névralgique de l’action internationale, en favorisant une concertation étroite avec les acteurs clés du Québec.

Revenir aux éléments fondamentaux

Cette réflexion implique un retour aux principes qui ont déjà guidé l’action internationale du Québec, notamment l’idée de concertation. Le Québec dispose déjà d’atouts importants : un réseau de représentations à l’étranger, des institutions économiques puissantes et une expertise reconnue. Toutefois, ces ressources restent souvent fragmentées. En 2006, sous le gouvernement de Jean Charest, le Québec adoptait une politique internationale fondée sur « la force de l’action concertée ». L’objectif était de mieux coordonner l’action des ministères, des institutions publiques, des municipalités, des universités et des acteurs de la société civile. Il s’agissait également de renforcer les liens avec le gouvernement fédéral afin d’accroître l’influence du Québec.

Si cette approche était prometteuse, elle n’a jamais été mise en œuvre à la hauteur de ses ambitions, notamment en raison des réticences de La Caisse et d’Investissement Québec. Pourtant, dans un contexte marqué par la complexité croissante des enjeux internationaux — commerce, investissement, climat, transformations technologiques et intelligence artificielle, désinformation —, cette idée demeure nécessaire.

Une piste prometteuse consisterait à renforcer l’Institut de la diplomatie du Québec, créé en 2020, en lui confiant un rôle élargi. Cet institut pourrait devenir une plateforme centrale de formation, de coordination et de concertation entre les différents acteurs de l’action internationale.

Cela impliquerait de réunir autour d’une même table les ministères, les sociétés d’État, comme Investissement Québec et La Caisse, les municipalités, les universités et les acteurs économiques et communautaires. L’objectif serait de briser les silos et de maximiser les complémentarités.

Par ailleurs, le MRIF pourrait intensifier ses activités dans certaines représentations à l’étranger afin de renforcer la veille stratégique et la diffusion de l’information. Elle pourrait en outre développer une présence beaucoup plus active sur les réseaux sociaux, notamment en repérant les phénomènes de mésinformation et de désinformation concernant le Québec, en particulier dans les médias étrangers et notamment au sujet des législations linguistiques et de la laïcité, et en contribuant à la diffusion d’une information solide, vérifiée et vérifiable. Enfin, elle pourrait jouer un rôle accru en matière d’intelligence économique, en structurant la collecte et l’analyse d’informations stratégiques. Dans un monde marqué par une compétition accrue, cette capacité devient un levier central de puissance.

Repenser l’action internationale

Au fond, stabiliser l’action internationale du Québec ne signifie pas simplement éviter les erreurs du passé. Il s’agit de repenser en profondeur la manière dont le Québec se projette dans le monde et de redonner un rôle central au MRIF. Dans un environnement incertain, la capacité à mobiliser les acteurs constitue un avantage stratégique majeur.

À cet égard, la capacité du MRIF à concentrer et à structurer une information concertée, issue de l’ensemble des acteurs de la société québécoise, lui permettrait de renforcer son statut et d’établir un véritable rapport de force fondé sur l’expertise et les résultats probants, notamment face à un gouvernement fédéral de plus en plus centralisateur.

Reste toutefois une question centrale : le Québec est-il prêt à faire de la stabilité et de la concertation les piliers durables de sa politique internationale ?

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