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En passant dimanche à Londres sous la marque mythique des deux heures au marathon (1 heure, 59 minutes et 30 secondes), le Kényan Sabastian Sawe a inscrit son nom au firmament de l’athlétisme, avec l’un des plus grands exploits de l’histoire de son sport.
Ironie de l’histoire, cette performance exceptionnelle n’est restée unique que 11 secondes, car un second athlète, l’Éthiopien Yomif Kejelcha, est aussi parvenu dans la foulée à descendre sous les deux heures (1 h 59 : 41), alors qu’il bouclait son premier marathon.
Avant eux, le Kényan Eliud Kipchoge avait, lui aussi, couru en moins de deux heures en 2019, mais c’était lors d’une course non officielle à Vienne taillée sur mesure pour permettre l’exploit, bien aidé par une armée de 41 « lièvres ».
Un jalon dans l’histoire de l’athlétisme
Il est toujours périlleux de comparer les disciplines de l’athlétisme, mais il ne fait aucun doute que l’exploit réalisé par Sawe dimanche rappelle d’autres jalons qui ont marqué l’histoire de ce sport.
Celui par exemple de l’Américain Jim Hines, premier sprinteur en moins de 10 secondes sur 100 m avec le chronométrage électronique (9,95 le 14 octobre 1968). Ou l’impact de Sergueï Bubka, premier homme à franchir 6 m à la perche (13 juillet 1985).
Les puristes citeront aussi le Norvégien Karsten Warholm, qui était devenu le premier homme de l’histoire sous les 46 secondes (45,94) sur le 400 m haies, le 3 août 2021 lors des Jeux de Tokyo.
Plus loin dans le temps, l’Anglais Roger Bannister avait stupéfié la planète en parvenant, le premier, à courir le mile (1609 mètres) sous les 4 minutes (6 mai 1954) autour de la piste cendrée de l’Université d’Oxford.
En 2024, le président de la Fédération internationale d’athlétisme, Sebastian Coe, avait placé cette performance « tout en haut des exploits sportifs des 100 dernières années », dans un entretien au journal The Guardian.
L’égal des plus grands ?
Cet exploit vaudra à Sawe d’entrer au panthéon d’un sport qui a forgé sa légende sur des performances individuelles, comme celle de Dick Fosbury, inventeur du passage de barre sur le dos en saut en hauteur, lors des Jeux de Mexico 1968.
La même année, un autre Américain, Bob Beamon, avait amélioré de 55 cm la marque mondiale en un seul bond pour la porter à 8,90 m. Ce record avait tenu 23 ans avant que Mike Powell ne l’améliore (8,95 m).
Quatre ans après Powell, en août 1995, le Britannique Jonathan Edwards était devenu à Göteborg le premier à franchir les 18 m au triple saut (18,16 m puis 18,29 m), un record qui tient toujours.
En sprint, l’ère Usain Bolt a également été marquée par une progression foudroyante des records sur la ligne droite (de 9,74 à 9,58), ou le 200 m (19,32 à 19,19).
Le Kényan Sabastian Sawe a écrit une des pages les plus prestigieuses de l’histoire de l’athlétisme en courant le marathon en moins de deux heures à Londres dimanche, dans une course où trois hommes sont allés plus vite que l’ancien record du monde.
Dans des conditions idéales, grand soleil, 18 degrés, pas de vent, l’édition britannique s’est même offert deux records — chez les femmes, l’Éthiopienne Tigst Assefa a aussi réalisé le chrono le plus rapide de l’histoire pour une course exclusivement féminine, après 2 heures, 15 minutes et 41 secondes d’effort.
La performance de Sawe a cependant capté toute la lumière après 42,195 km avalés à un rythme d’ogre, d’abord au sein d’un petit groupe de six, puis avec Yomif Kejelcha et Jacob Kiplimo en échappée.
Le chrono de Sawe s’est arrêté à 1 heure, 59 minutes et 30 secondes, soit plus d’une minute de moins que le précédent record du monde établi par Kelvin Kiptum (2 heures et 35 secondes) en avril 2023 à Chicago, moins d’un an avant l’accident de voiture dans lequel il est décédé.
« Je me sens bien, je suis tellement heureux. C’est une journée mémorable pour moi », a dit en peu de mots le vainqueur, au micro de la BBC.
Le Kényan de 31 ans a placé une dernière accélération pour décrocher ses rivaux méritants et franchir, seul au monde, la ligne d’arrivée sur la fameuse avenue menant à Buckingham Palace.
Record trois fois effacé
« Nous avons assez attendu pour voir un humain passer sous les deux heures », a dit Mo Farah, légende britannique de l’athlétisme, sur Radio London. « J’ai regardé et je me suis dit : “Est-ce que ça s’est vraiment passé ?” »
De manière tout aussi incroyable, l’ancienne marque établie par Kiptum a été dépassée par les deux autres membres du podium, Kejelcha (1 h 59 : 41) et Kiplimo (2 h 00 : 28).
La performance est d’autant plus remarquable pour Kejelcha que l’Éthiopien de 28 ans, spécialiste du demi-marathon, s’alignait pour la première fois sur la distance reine.
L’Ougandais Jacob Kiplimo, deuxième l’an dernier (2 h 03 : 37) pour son premier marathon, complète ce podium fantastique.
L’Éthiopienne Tigst Assefa a elle aussi écrit un morceau d’histoire, dimanche, en conservant son titre à Londres avec un nouveau record du monde dans une course non mixte, exclusivement pour femmes (d’autres sont allées plus vite, mais en courant au milieu des hommes).
L’athlète de 29 ans a placé un sprint dans les derniers mètres pour décrocher les Kényanes Joyciline Jepkosgei et Hellen Obiri, avec qui elle a fait toute la course, et coupé la ligne après 2 heures, 15 minutes et 41 secondes d’effort.
C’est neuf secondes de moins que le précédent record mondial, qu’elle avait elle-même établi l’année dernière sur ce même parcours, entre le quartier de Greenwick et l’avenue The Mall, son terminus.
« Je suis tellement heureuse de gagner à nouveau », a déclaré Assefa. « Répéter ma victoire de l’année dernière signifie encore plus. »
Une version précédente de ce texte mentionnait que le précédent record du monde, établi par Kelvin Kiptum en 2023, était de 2 heures, une minute et 35 secondes. C’était plutôt 2 heures et 35 secondes.


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