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Le 12 avril, 2740 jours après avoir été porté au pouvoir, François Legault rangera ses habits de premier ministre. Quel legs laisse-t-il derrière lui ? Le Devoir en relève quelques éléments.
Un État plus gros malgré les promesses
« Un gouvernement de la CAQ réduira la bureaucratie et le gaspillage au sein de l’État », promettait François Legault lors de la campagne électorale de 2018. La CAQ voulait notamment réduire le nombre de postes administratifs, diminuer les dépenses en technologies de l’information et abaisser les coûts d’approvisionnement en biens et services. Elle pensait pouvoir retrancher 5000 postes de la machine et économiser 800 millions de dollars.
« C’est tout à fait réaliste. Ça aurait dû être fait depuis longtemps », disait alors François Legault.
Or, huit ans plus tard, il quitte le pouvoir en laissant derrière lui un État beaucoup plus gros qu’à son arrivée : en 2018, le nombre d’employés dans la fonction publique était de 68 618 ; il a passé le cap des 80 000 en 2024-2025.
À quoi se consacrent ces nouveaux employés ? « À certains événements exceptionnels », expliquait Québec dans son budget de 2023-2024, où l’on dénombrait 4000 fonctionnaires de plus que seulement un an auparavant. Québec avait alors dû embaucher du personnel au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour faire face à « l’augmentation des demandes d’aide financière de dernier recours [l’aide sociale] concernant particulièrement les demandeurs d’asile et les ressortissants ukrainiens ». Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration a aussi dû appeler des travailleurs en renfort pour faire face à la croissance « importante » de la demande en francisation. S’ajoutaient les ratés liés à la transformation numérique à la Société de l’assurance automobile et l’effet de l’allongement des horaires des ingénieurs de l’État.
Le gouvernement a toutefois imposé en 2024 un gel de recrutement dans toute la machine. Les effectifs ont diminué de 3000 postes depuis, et les efforts se poursuivent dans le but de les réduire de 5000 d’ici à 2027. Le « traitement choc » imposé à la bureaucratie québécoise a été lancé en fin de parcours. À l’automne 2025, François Legault a confié le dossier à France-Élaine Duranceau.
Isabelle Porter
La pandémie
Difficile de dissocier François Legault de la pandémie de COVID-19. Le 13 mars 2020, le premier ministre annonce la fermeture des écoles, pour une période qui doit alors durer deux semaines. Le Québec au complet sera vite mis « sur pause ».
« En 2020, il y a un lien unique qui s’est tissé entre le premier ministre et les Québécois », a souligné jeudi dans son discours d’au revoir le chef parlementaire libéral, André Fortin. « Les Québécois, pendant cette période très difficile, ont vu l’homme bienveillant qui aime son peuple derrière le politicien. Et ils vous ont fait le cadeau d’une majorité historique en 2022 », a aussi déclaré la co-porte-parole solidaire, Ruba Ghazal. Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a dit avoir vu à cette époque un chef « vaillant, fiable, hypertravaillant » — en plus de trouver en M. Legault un bon public pour ses blagues sur Justin Trudeau.
En 2020, le premier ministre participera finalement à 115 conférences de presse. De là où ils sont confinés, les Québécois suivent tous les jours, à 13 h, les points de presse sur la pandémie. Au plus fort de la crise, ils seront 2 millions à se brancher. Le 11 avril, des révélations de The Montreal Gazette sur la situation au CHSLD Herron braquent les projecteurs sur les ravages que fait le virus dans ces lieux d’hébergement. Pendant la première vague, 5718 décès seront recensés dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés et les ressources intermédiaires.
En un mot, le premier ministre résume aujourd’hui cette expérience en parlant d’un « cauchemar ». Malgré tout, il dit souvent en tirer une grande fierté : celle d’avoir mis sur pied un programme accéléré de formation pour les préposés aux bénéficiaires, lancé en juin 2020. De la gestion pandémique émerge l’idée de créer une société d’État. Les caquistes, qui s’étaient promis d’apaiser le réseau après les années Barrette, se lancent dans la création d’une structure au cours de leur deuxième mandat. Santé Québec est entrée en activité le 1er décembre 2024.
Marie-Michèle Sioui
Un réseau de la santé toujours indompté
La Coalition avenir Québec (CAQ) avait de grandes ambitions en matière de santé : un médecin de famille pour tous, un maximum de 90 minutes d’attente aux urgences, une ponction de 1 milliard de dollars dans la rémunération des médecins spécialistes… Résolue à faire les choses différemment, elle se sera néanmoins cassé les dents la plupart du temps. La nouvelle ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a beau répéter que l’entente avec les omnipraticiens portera ses fruits, les indicateurs sont au rouge un peu partout (12 sur 19, selon les derniers états financiers de Santé Québec).
Surtout, la démission fracassante du père de la réforme, Christian Dubé, qui reprochait au gouvernement de s’être écrasé devant les fédérations médicales, a laissé une persistante impression de recul. D’autant plus que François Legault lui-même avait répété qu’il était prêt à aller jusqu’au bout dans son affrontement avec les médecins dans l’affaire du projet de loi 2.
M. Dubé est néanmoins allé au bout de deux pans clés de son plan de match : le retrait progressif des agences privées du réseau et la mise sur pied de l’agence Santé Québec. En plus de ramener du personnel au public, la fin du recours aux agences privées a permis de faire économiser des centaines de millions à l’État et d’améliorer le climat de travail dans le réseau. L’arrivée de Santé Québec fait moins consensus, mais la question reste ouverte sur ses vertus, et il sera intéressant de voir sa performance sous un éventuel autre gouvernement.
À cela s’ajoutent les ratés liés à la coûteuse transformation numérique du réseau. Car le laborieux démarrage des projets de Dossier santé numérique et de Système de gestion financière, d’approvisionnement et des ressources humaines n’est assurément pas à placer dans la colonne des réussites du gouvernement Legault.
Enfin, le délabrement de nombreux hôpitaux, dont Maisonneuve-Rosemont est devenu le symbole, sera venu porter ombrage au gouvernement jusqu’à la fin.
Isabelle Porter
Identité et immigration
« En prendre moins pour en prendre soin. » Cette phrase a suivi François Legault tout le long de la campagne électorale qui a précédé le scrutin général de 2018. À l’époque, le chef de la CAQ s’engageait à faire passer les seuils d’immigration de 50 000 à 40 000 nouveaux arrivants par année.
Or, après une baisse lors des deux premières années de son premier mandat — due notamment à la pandémie —, le gouvernement caquiste a vu le nombre de résidences permanentes accordées aux immigrants passer à 50 000 en 2021, puis à presque 69 000 en 2022.
Aux élections suivantes, François Legault a de nouveau promis de limiter la hausse de l’immigration, soulignant qu’il serait « un peu suicidaire » pour le fait français que la province dépasse le chiffre des 50 000 immigrants par année. À nouveau, toutefois, le nombre réel de résidences permanentes allouées par le gouvernement a augmenté : il est passé de 51 000 en 2023 à environ 60 000 en 2024 et en 2025.
Dans l’objectif de protéger la langue française, la capacité d’accueil du Québec et les valeurs québécoises, le gouvernement Legault a maintes fois appelé le fédéral à réduire le nombre d’immigrants temporaires admis sur son territoire. Ses demandes visant une meilleure répartition des demandeurs d’asile au pays sont toutefois restées lettre morte.
À l’Assemblée nationale, il a déposé et fait adopter la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, laquelle renforce les exigences d’affichage public en français, impose davantage d’obligations sur l’usage du français au travail et plafonne le nombre de places dans les cégeps anglophones.
Pour « renforcer » la laïcité, il a également fait adopter trois lois distinctes, qui interdisent le port de signes religieux par les employés de l’État, dont les enseignants et les éducateurs en service de garde, proscrivent le visage couvert du centre de la petite enfance à l’université et limitent grandement la tenue de « prières de rue ». Ces mesures ont été vivement dénoncées et même contestées en cour.
François Carabin
Éducation
Dans son discours d’au revoir à l’Assemblée nationale, François Legault a souligné d’entrée de jeu le rôle qu’a joué l’éducation dans son propre parcours, celui du « petit gars de Sainte-Anne[-de-Bellevue] » devenu premier ministre. « Il n’y a pas personne qui va douter que ma priorité, c’est l’éducation, parce que c’est la clé pour grandir comme être humain, mais c’est aussi le plus grand moteur de développement individuel et collectif », a-t-il fait valoir.
L’une des promesses phares de son gouvernement était d’ouvrir 5000 classes de maternelle 4 ans. L’objectif a plus tard été réduit à 2600 et reporté à 2029-2030. Comme promis, les caquistes ont aboli les élections scolaires et ont transformé les commissions scolaires en centres de services scolaires. Le gouvernement Legault a aussi concentré plusieurs pouvoirs entre les mains du ministre de l’Éducation, au moyen d’une réforme adoptée en 2023 par Bernard Drainville.
Les caquistes ont aussi lancé en 2021 un chantier visant la création de 37 000 places en service de garde en trois ans et demi. Le plus récent bilan annonce la création de 34 740 places subventionnées au cours des cinq dernières années. La CAQ promettait aussi de « belles écoles », et elle a lancé plus d’une centaine de chantiers. Elle laisse cependant les écoles dans une situation pire qu’à son arrivée : 57 % des écoles primaires et 61 % des écoles secondaires se trouvent aujourd’hui dans un mauvais ou dans un très mauvais état. Les dépenses en éducation ont crû pendant le règne caquiste, passant de 14,9 milliards en 2018 à 23,5 milliards pour l’année en cours. Le gouvernement Legault a notamment consenti en 2024 à des hausses salariales allant jusqu’à 24 % pour les enseignants. Après avoir fait augmenter les dépenses en éducation, la CAQ a donné un coup de frein. Son plus récent budget, déposé en mars, prévoit une hausse des dépenses de 2,4 % en 2026-2027. Le milieu de l’éducation juge cette hausse insuffisante pour couvrir les besoins.
Marie-Michèle Sioui
Environnement
Les années Legault auront été celles d’un Québec qui a finalement dit non à la poursuite de l’exploration pétrolière et gazière sur son territoire, notamment au nom de la lutte contre la crise climatique, avant d’ouvrir la porte au mégaprojet d’exportation de gaz naturel liquéfié de GNL Québec pour « aider la planète », puis de la refermer… et de la rouvrir pour le projet similaire de Marinvest Energy au cours des derniers mois.
De l’avis de plusieurs experts, même si le Québec détient un énorme potentiel de développement des énergies renouvelables, le gouvernement de François Legault n’est pas parvenu à négocier un virage résolu vers la « transition » énergétique, qu’il a pourtant maintes fois évoquée. M. Legault était pourtant fier, en 2023, d’annoncer que le Québec devenait coprésident de la Beyond Oil and Gas Alliance, une coalition de gouvernements qui ont promis de travailler en faveur de « la sortie » des énergies fossiles.
La taille du parc automobile augmente aujourd’hui deux fois plus rapidement que la population, la consommation de produits pétroliers n’a pas reculé et le Québec peine à réaliser des projets majeurs en transport collectif. Et malgré des études mettant en doute la nécessité du troisième lien dans la région de Québec, le premier ministre a toujours refusé de mettre ce projet de côté.
Le gouvernement Legault aura fait bondir les investissements en matière de lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi les projets de protection des milieux naturels.
Cela ne l’a pas empêché de défendre des décisions menant à la destruction d’écosystèmes importants, notamment dans le cas du projet, finalement avorté, de Northvolt, et de s’opposer à des mesures de protection urgentes d’espèces de plus en plus menacées, comme le caribou. Sur ce plan, il aura tenu tête au fédéral, qui a décidé de ne jamais imposer de « décret » pour éviter l’extinction de certaines hardes en protégeant des forêts qui sont aussi essentielles pour la lutte… contre le dérèglement du climat.
Alexandre Shields
Culture
« Je suis fier du rattrapage qu’on a fait, surtout en culture », a déclaré François Legault lors de son discours de démission.
Les premiers gestes forts de la CAQ ont été d’insuffler davantage de culture dans les écoles, en finançant des sorties culturelles scolaires et l’achat de plus de livres pour les bibliothèques et les classes. Or, dans les derniers mois, les bienfaits de ces mesures ont été grevés par les compressions, réelles (pour les livres) ou envisagées (pour les sorties), au ministère de l’Éducation.
Concernant le patrimoine bâti, les pratiques de l’État ont été dénoncées par la vérificatrice générale en 2020. La refonte de la loi n’a pas empêché la destruction ou l’abandon de nombreux biens protégés (maison Busteed, manoir Taschereau, maison Charles-Daudelin, etc.).
Pendant la pandémie, le financement des arts a été majeur — en centaines de millions —, ce qui n’a pas contré la cristallisation d’une crise des arts par la suite. En 2025, après de nombreuses manifestations du monde artistique, le gouvernement a haussé le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec d’à peu près 35 millions de dollars pour le porter à 200 millions par an.
Du côté des musées, la CAQ a appuyé l’agrandissement de deux musées d’État, soit le Musée d’art contemporain et le Musée national des beaux-arts du Québec. Puis, elle a lancé, sans concertation avec le milieu, le projet des Espaces bleus, doté d’un budget de 250 millions de dollars. L’objectif était de rénover des bâtiments patrimoniaux pour créer 17 centres d’interprétation, à raison de un par région.
La villa Frederick-James est le seul de ces Espaces dont les travaux ont été terminés depuis l’abandon de ce grand projet aux coûts explosifs. Administrée par la Société des établissements de plein air du Québec, elle semble avoir perdu sa vocation culturelle. Le Musée national de l’histoire du Québec, sis dans le pavillon Camille-Roy du Séminaire de Québec, était lui aussi d’abord un Espace bleu. L’inauguration prévue pour l’été 2026 semble improbable. Pendant ce temps, les musées régionaux du Québec n’arrivent plus à contrer l’inflation.
Catherine Lalonde
Un certain rattrapage économique
Dès le départ, l’un des principaux engagements de François Legault était que le Québec rattrape son retard économique, notamment par rapport à son voisin et éternel étalon de comparaison ontarien. De 16 % en 2018, l’avance de l’Ontario dans le produit intérieur brut (PIB) par habitant est passée, depuis, aux alentours de 10 %. Quant au taux de chômage, il était de 5,9 % au Québec en février, contre 7,6 % en Ontario.
Le Québec a rattrapé et même dépassé l’Ontario il y a quelques années déjà, si l’on tient compte de l’ensemble des facteurs, dont la différence du coût de la vie, disent certains. Il n’y a pas tellement de quoi se vanter, disent d’autres, l’Ontario n’étant pas une économie particulièrement performante, notamment en matière de productivité.
Le premier ministre caquiste a pris le parti d’un plus grand interventionnisme économique de l’État. Plusieurs retiendront moins les succès que les échecs, notamment du projet de Northvolt, dans la nouvelle filière batterie, mais cette approche s’est incarnée de toutes sortes de façons, dont l’élargissement du rôle d’Investissement Québec pour favoriser l’accompagnement des entreprises et l’accroissement de leur productivité.
À l’heure de la transition mondiale vers les énergies vertes, François Legault a continué de voir Hydro-Québec comme un outil de développement privilégié. La renégociation et la conclusion d’une entente avec Terre-Neuve sur l’exploitation des capacités hydroélectriques de la rivière Churchill sont particulièrement apparues comme un bon coup.
« On a encore besoin de l’État québécois pour se donner les moyens de nos ambitions », a soutenu François Legault, jeudi, lors de sa dernière apparition à titre de premier ministre à l’Assemblée nationale. Sur les 25 000 entreprises qui ont été aidées dans leurs projets d’investissements par le gouvernement de la CAQ, il y en a fatalement quelques-unes qui n’ont pas remporté le succès espéré. « Mais quand on ne prend pas de risque, on n’avance pas. »
Éric Desrosiers
Le droit du travail
Les réformes visant les syndicats n’étaient pas à l’avant-plan en 2018, mais elles seront peut-être l’un des legs les plus déterminants de l’ère Legault. En huit ans, Québec a notamment modernisé l’industrie de la construction, limité les répercussions des grèves et encadré l’utilisation des cotisations syndicales.
L’ampleur des réformes n’est probablement pas étrangère au fait que Jean Boulet est resté ministre du Travail pendant la totalité des deux mandats.
À elle seule, la loi sur les grèves (ancien projet de loi 89) change complètement les règles du jeu en matière de conflits de travail, selon des experts, en élargissant notamment la notion de services essentiels et en réduisant les irritants causés par les grèves. En même temps, le gouvernement devait, dans les dernières années, composer avec des décisions des tribunaux qui limitaient le recours à des lois spéciales (l’arrêt Saskatchewan, notamment).
D’ailleurs, il faudra sans doute attendre l’issue des contestations judiciaires menées par les syndicats pour mesurer la pleine ampleur des lois caquistes. Mais on commence déjà à en voir les effets. À la fin mars, le Tribunal administratif du travail a imposé des heures de travail trois jours par semaine à des éducatrices en garderie en grève générale pour « assurer le bien-être de la population ».
La pression sur le monde syndical s’est accrue au fil des deux mandats, au point de devenir un élément central de la tentative de relance du parti faite par M. Legault dans les derniers mois. À la reprise en septembre, dans son discours, François Legault a déploré que le Québec soit « le champion des grèves » au pays et s’en est pris à « un système de pratiques dépassées » qui « nuisent aux travailleurs, aux citoyens et au Québec tout entier ».
Isabelle Porter
Un déficit budgétaire structurel
À l’arrivée au pouvoir de François Legault, le gouvernement du Québec en était à son quatrième budget d’affilée à se conclure par un surplus. De presque 5 milliards — même après le versement de 3,5 milliards au Fonds des générations —, ce solde budgétaire positif allait être suivi par un exercice bouclé tout juste à l’équilibre, après quoi viendront sept ans de déficits. Le manque à gagner, cette année, devrait être de 8,6 milliards, a annoncé le mois dernier le ministre québécois des Finances, Eric Girard. Ce dernier ne prévoit pas de retour à l’équilibre avant trois autres années, et il ne serait alors possible qu’à la condition expresse qu’on trouve, à ce moment-là, environ 2 milliards de dollars en économies supplémentaires.
La responsabilité de la pandémie dans la dégradation des finances publiques ne doit pas être exagérée, disent les experts. Il est normal qu’en période de crise économique, les dépenses des gouvernements augmentent en même temps que diminuent leurs revenus, mais les choses devraient automatiquement rentrer dans l’ordre une fois la tempête passée. Or, les dépenses du gouvernement, en proportion de l’économie, sont encore et toujours plus élevées aujourd’hui (26,1 % du PIB) qu’en 2018-2019 (24,4 %) et les revenus sont restés plus faibles (24,9 % contre 26,1 %).
On peut, encore une fois, invoquer une conjoncture défavorable, comme Donald Trump et ses guerres commerciales, a admis cette semaine l’Institut du Québec, mais ces déficits sont surtout le fruit de facteurs structurels, comme la décision de réduire les impôts des particuliers et celles d’augmenter le montant de certains transferts sociaux et les effectifs dans le secteur public. Le vieillissement de la population ne facilitera pas les choses, car il viendra gonfler les coûts en santé et rétrécir le bassin de travailleurs disponibles, surtout si l’on décide de diminuer le nombre de travailleurs étrangers.
Les Québécois risquent de devoir choisir entre moins de services, plus d’impôt, plus de dettes pour les générations futures ou un peu toutes ces réponses à la fois.


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