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Le ministre des Finances, Eric Girard, a admis mardi avoir autorisé un déboursé de 250 millions de dollars dans Nemaska Lithium en 2023 sans savoir que le ministère des Ressources naturelles avait auparavant formulé une recommandation défavorable sur ce projet.
Soumis à un barrage de questions de la part du député libéral Frédéric Beauchemin, le ministre a fini par reconnaître qu’il n’avait pas été informé de l’historique complet du dossier, dans lequel Québec a investi plus d’un milliard jusqu’ici. « Pas particulièrement », a-t-il affirmé en réponse à M. Beauchemin, qui lui demandait s’il savait que le ministère des Ressources naturelles avait levé des drapeaux rouges au sujet de Nemaska Lithium.
Jeudi dernier, la commissaire au développement durable Janique Lambert a révélé dans un rapport que le ministère des Ressources naturelles avait invoqué des « risques importants », il y a trois ans, à débourser 250 millions dans Nemaska Lithium.
Le ministère a ensuite modifié son avis sur la base d’échanges avec le ministère de l’Économie et Investissement Québec, tous deux représentés par Pierre Fitzgibbon à l’époque.
Après 2023, Québec a autorisé des ajouts de 672 millions au projet. Parmi eux figure un investissement maximal de 200 millions de dollars américains auquel l’actuelle première ministre, Christine Fréchette, a donné le feu vert en janvier 2026 à titre de ministre de l’Économie. « [Il] ne m’est jamais arrivé un projet […] où on me disait : “il y a zéro risque, Madame la ministre !” » a dit Mme Fréchette au Salon rouge mardi.
Elle a déclaré que le projet « devait aller de l’avant » et n’a pas voulu dire si elle avait été informée des risques identifiés par son ministère.
En commission parlementaire mardi, le sous-ministre associé aux Mines, Ian Morissette, a refusé de rendre public l’avis défavorable servi par le ministère des Ressources naturelles en 2023. Il a cité des raisons de « secret industriel » et a indiqué que la note concernait des informations comme « la qualité du gisement », « le procédé de traitement du minerai » et « les infrastructures qui permettent de se rendre jusqu’au projet ».
« Pas d’argent gaspillé »
Face au député Beauchemin, le ministre Girard s’est quant à lui défendu d’avoir autorisé des dépenses sur un coin de table. Il n’a pas été informé de l’avis défavorable du ministère des Ressources naturelles, mais le dossier qu’il avait devant lui n’en était pas moins « étoffé », a-t-il assuré.
« Vous avez autorisé des sorties d’argent en centaines de millions sur la base d’informations partielles », lui a rétorqué M. Beauchemin.
Son interlocuteur s’est voulu rassurant. « Le gouvernement n’a pas gaspillé d’argent dans Nemaska Lithium », a-t-il attesté. Pour étayer son point de vue, il a dit avoir discuté avec le grand patron de Rio Tinto, partenaire dans Nemaska Lithium.
Le député Beauchemin a tourné sa réponse au ridicule. « Il y a plein de monde au gouvernement qui dit : “N’allez pas de l’avant.” On les tasse et on parle au [grand patron] de Rio Tinto. C’est sûr que lui va vouloir que le gouvernement continue d’écrire des chèques », a-t-il lancé, en soulignant que le groupe minier cherche d’abord et avant tout à satisfaire ses actionnaires.
« Ça ne sent pas bon, cette affaire-là », a ensuite dit M. Beauchemin au Devoir. « Je veux comprendre où l’argent est allé. C’est cinq fois plus gros que Northvolt : ce n’est pas rien », a-t-il insisté.
Le projet de mine de Nemaska Lithium est sur pause depuis décembre 2025. Rio Tinto a aussi ralenti en mars le développement de l’usine de transformation de Nemaska Lithium à Bécancour. Selon M. Beauchemin, l’argent des Québécois s’en trouve « brûlé, évaporé ».
« On a flambé l’argent des contribuables, malgré les avis internes », a aussi lancé le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.
Dans les « top priorités »
Même s’il a fait l’objet d’une foule de drapeaux rouges à l’interne en 2023, Nemaska Lithium fait partie « des top priorités » au gouvernement, a lancé la ministre des Ressources naturelles, Kateri Champagne Jourdain.
Comme son collègue Girard, elle a été criblée de questions par les députés de l’opposition au premier jour de l’étude des crédits budgétaires, un exercice parlementaire annuel de reddition de comptes. À ses côtés, le sous-ministre Morissette a assuré que certains des « risques » mis de l’avant en 2023 avaient été « mitigés en cours de route ».
Si bien qu’à l’heure actuelle, Kateri Champagne Jourdain refuse d’abandonner Nemaska Lithium. « C’est un projet qui est stratégique pour le Québec », a-t-elle dit, précisant que Rio Tinto, qui y participe, s’était engagée à ne pas demander de fonds publics supplémentaires.
Elle a assuré qu’elle analysait le rapport de la commissaire au développement durable « avec tout le sérieux nécessaire ».
Le projet Nemaska Lithium vise l’exploitation du minerai sur le site de Whabouchi, sur le territoire d’Eeyou Istchee Baie-James, dans le Nord-du-Québec.


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