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Québec approuve un projet éolien nuisible aux derniers caribous de Charlevoix

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Le gouvernement Legault a autorisé la construction d’éoliennes dans l’habitat des derniers caribous de Charlevoix malgré des mises en garde répétées de ses propres experts et une évaluation environnementale estimant que le projet menace directement la survie des cervidés. Québec s’en remet à un futur « plan d’action » des promoteurs, qui prévoient commencer la construction du projet en janvier, pour réduire les impacts sur ces caribous. Ceux-ci sont actuellement condamnés à la captivité faute de milieux naturels convenables.

Hydro-Québec, Énergir et Boralex se sont associés pour développer le mégaprojet éolien des Neiges, divisé en trois secteurs, dont le « secteur Charlevoix ». Les promoteurs prévoient construire un total de 10 éoliennes (sur les 57 du projet) et 18 kilomètres de chemins dans l’habitat des caribous.

Dans leurs échanges avec les promoteurs, les scientifiques des gouvernements du Québec et du Canada avaient pourtant insisté à de multiples reprises sur la nécessité de protéger « l’aire de répartition » des cervidés, et donc d’éviter la construction d’infrastructures qui créeront de « nouvelles perturbations permanentes ». Ils ajoutaient que des éoliennes sont prévues dans des zones qui devraient devenir des « refuges » pour l’espèce dans un contexte de réchauffement climatique.

Dans leur argumentaire, les experts rappelaient aussi que le gouvernement Legault a promis en 2024 de mettre en place un « projet pilote » pour tenter de sauver cette population, notamment en restaurant son habitat. Depuis, aucun projet n’a été annoncé. Cette étape est jugée essentielle pour envisager la remise en liberté des caribous. Les 16 derniers individus ont été capturés et placés en captivité en 2022. Ils seraient maintenant 37, selon le plus récent bilan disponible. Le gouvernement a prévu un agrandissement de leur enclos.

Dans le cadre de l’évaluation du projet, les promoteurs ont pour leur part affirmé d’abord que le mégaprojet de développement « n’aurait aucun impact » sur l’espèce et que le territoire est déjà « perturbé ». Ils ont par la suite présenté une « optimisation » du projet en retirant certaines éoliennes de l’habitat. Ils ont toutefois toujours refusé de l’éviter complètement, jugeant que cela « rendrait le projet non viable ».

Dans son rapport publié en juin 2025, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) recommandait d’éviter l’habitat en soulignant que sans cette mesure, le projet « est difficilement conciliable avec les mesures requises pour un rétablissement de la population de caribous forestiers de Charlevoix, laquelle est exposée à un risque élevé d’extinction ».

Les commissaires y rappelaient que « la préservation de la biodiversité constitue un des principes de développement durable, à savoir la valeur inestimable des services écologiques qu’elle procure et l’impératif de la conserver au bénéfice des générations actuelles et futures ». Ils invitaient également le gouvernement à mettre en place « les mesures nécessaires au rétablissement de l’espèce » au Québec. Pas moins de 11 des 13 populations de caribous sont menacées de disparition en raison des impacts de l’activité humaine.

« Plan d’action » à venir

Malgré les avis des scientifiques, les recommandations du BAPE et la situation critique de cette population, le gouvernement Legault a choisi d’autoriser le projet en permettant la construction dans l’habitat, comme le souhaitaient les promoteurs.

La décision a été annoncée par voie de communiqué le 18 décembre. Selon la procédure d’évaluation en vigueur, celle-ci a été prise à la suite d’une « analyse environnementale » réalisée en vue de la « recommandation » du ministre de l’Environnement du Québec, Bernard Drainville, au gouvernement. Ce document n’a toutefois pas encore été publié et le ministère a refusé de nous le transmettre.

Le communiqué gouvernemental indique que les promoteurs devront « présenter un plan d’action spécifique visant à soutenir le rétablissement du caribou forestier et la protection de son habitat, en cohérence avec les orientations gouvernementales en matière de conservation de la faune ». L’autorisation a néanmoins été accordée avant l’élaboration de ce « plan », son évaluation par des experts et sa mise en œuvre.

Par courriel, Boralex affirme avoir pris acte de la demande de Québec en lisant le communiqué. « Nous poursuivrons à cet effet la collaboration avec les instances gouvernementales concernées et mettrons en œuvre les mesures nécessaires afin de répondre aux exigences précises énoncées dans le décret, suite à sa publication », ajoute l’entreprise. Les travaux « préparatoires » pourraient débuter dès janvier.

Dans le cadre du processus d’évaluation du projet, les promoteurs avaient toutefois évoqué à plusieurs reprises l’idée de « mesures de compensation » pour les pertes d’habitats prévues. Les scientifiques gouvernementaux avaient accueilli cette proposition en soulignant qu’« il est difficile » d’évaluer l’efficacité de cette approche sur le rétablissement du caribou. « L’application des mesures d’atténuation et de compensation n’est pas l’avenue priorisée dans le cas de l’habitat du caribou. En effet, par la nature de cet habitat, soit de vieux massifs forestiers, la mise en place de projet de compensation dans l’habitat du caribou n’est fonctionnelle que plusieurs décennies après leur mise en place », font en outre valoir les experts du ministère de l’Environnement du Québec dans un « avis » daté d’octobre 2025 et portant sur une autre phase du projet Des Neiges, soit celle du « secteur Ouest ».

« Nous sommes très déçus que le gouvernement du Québec approuve un projet éolien qui aura des impacts sur la biodiversité et les espèces en péril comme le caribou forestier, sans au préalable avoir statué sur un plan de rétablissement pour cet animal emblématique de Charlevoix », déplore de son côté la Société pour la nature et les parcs du Québec.

« Non seulement le gouvernement fait les choses à l’envers, mais il se déresponsabilise en confiant au promoteur le rétablissement d’une population d’à peine 40 individus qui est sur le respirateur artificiel », ajoute l’organisme, en soulignant que Québec n’a pas encore publié « le résultat de la consultation sur le projet pilote pour le caribou de Charlevoix ».

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