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L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) presse le gouvernement Legault de revenir sur sa décision d’autoriser la vente de prêts‑à‑boire à base d’alcool distillé dans les dépanneurs et les épiceries, jugeant la mesure risquée pour la santé publique.
« La littérature scientifique est constante : l’augmentation de la disponibilité physique et la diversification des produits de l’alcool sont associées à une hausse de la consommation globale et des méfaits et coûts liés à l’alcool », peut-on lire dans une lettre envoyée la semaine dernière par l’ASPQ au ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises, Samuel Poulin, et dont Le Devoir a obtenu copie.
Fin février, M. Poulin a présenté des amendements à son projet de loi 11 en matière d’allègement réglementaire, annonçant du même coup la fin du monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) sur les prêts‑à‑boire à base d’alcool distillé, comme le rhum, le gin, la vodka ou le whisky. Ces produits, jusqu’ici vendus exclusivement dans les succursales de la SAQ, pourront bientôt l’être dans les dépanneurs et les épiceries. Ceux-ci pouvaient déjà vendre des prêts-à-boire, mais seulement à base de malt et contenant au maximum 7 % d’alcool.
L’annonce du ministre a pris de court l’ASPQ. « Ça ne faisait pas partie du projet de loi initial. Pourquoi passer ça en douce à la dernière minute, après les consultations publiques ? C’est très préoccupant », dit en entrevue Marianne Dessureault, avocate responsable des affaires juridiques et porte-parole en matière d’alcool pour l’association.
Elle craint une banalisation de ces produits qui ont déjà gagné en popularité ces dernières années. « Les gens apprécient les produits avec de l’alcool distillé, car c’est plus sucré et il y a moins ce goût houblonné qui peut déplaire. En vendant ces nouveaux produits dans les dépanneurs et les épiceries, on va attirer de nouveaux consommateurs qui ne seraient pas allés à la SAQ pour en acheter. C’est de la publicité non sollicitée », critique-t-elle.
Alors que la tendance est à la diminution de la consommation d’alcool au Québec, surtout chez les jeunes, cet allègement réglementaire pourrait inverser le mouvement, craint-elle. Pire encore, elle évoque le risque de dérives semblables à celle ayant mené au décès d’Athéna Gervais en 2018, après qu’elle eut consommé une boisson sucrée fortement alcoolisée achetée dans un dépanneur.
Après le drame, Québec a interdit la vente des mélanges à base de malt de plus de 7 % d’alcool dans les épiceries et les dépanneurs. L’ASPQ demande que cette limite s’applique désormais à tous les prêts‑à‑boire vendus dans ces commerces, peu importe leur base alcoolique. « Il faut l’écrire noir sur blanc. Présentement, la loi ne parle que de produits à base de malt. Il faut changer ça », affirme l’avocate.
Questionné par Le Devoir, le cabinet du ministre délégué à l’Économie, Samuel Poulin, balaye de la main ces inquiétudes, rappelant que les prêts-à-boire visés par la mesure « présentent un pourcentage d’alcool équivalent à celui des prêts-à-boire à base de malt déjà offerts en épicerie, un lieu où se trouvent déjà des produits alcoolisés de tous types ». L’attachée de presse du ministre, Matea Marjanovic, soutient par ailleurs que ces commerces détiennent « une expertise dans le contrôle et la vente des produits alcoolisés ».
Vers une privatisation ?
Pour l’ASPQ, cet allègement réglementaire, combiné aux récents projets-pilotes de la SAQ, s’inscrit dans une logique de libéralisation graduelle du marché de l’alcool. L’association y voit un effritement du monopole de la société d’État, qui a pourtant le rôle essentiel d’encadrer l’alcool, et ce, dans l’intérêt collectif.
Elle invite plutôt le gouvernement à clarifier le mandat de la SAQ afin d’y intégrer explicitement des responsabilités en matière de prévention et de protection de la santé de la population.


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