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Malgré les nombreuses restrictions imposées ces derniers mois, le ministère québécois de l’Immigration prépare cinq missions à l’international, ce printemps, pour recruter quelques centaines de professionnels, dont des enseignants au primaire, des travailleurs sociaux, des soudeurs et des mécaniciens.
Au total, le gouvernement souhaite recruter entre 295 et 455 personnes pour des postes temporaires, selon le ministère. Les missions doivent se dérouler entre mars et juin prochain dans une dizaine de pays : la Belgique, la France, l’Italie, la Suisse, l’Albanie, la Bulgarie, la Moldavie, la Roumanie, le Mexique et la Colombie.
En novembre 2024, le gouvernement avait imposé un moratoire sur le recrutement international et les « Journées Québec », mais les missions en Europe et en Amérique latine ont repris en novembre dernier.
Il s’agissait toutefois de « seulement quelques activités de recrutement international très ciblées », a indiqué le ministère dans un échange écrit avec Le Devoir. Ces missions automnales visaient le recrutement de 90 personnes dans des secteurs « prioritaires » pour répondre à des pénuries de main-d’œuvre locale dans les réseaux de la santé et de l’éducation. C’est bien peu quand on considère que, en 2023, le gouvernement visait le recrutement de pas moins de 3000 travailleurs pour l’année dans le cadre des Journées Québec.
La reprise de ces missions survient dans un contexte où de nombreux travailleurs temporaires recrutés dans le cadre de précédentes missions devront quitter le Québec dans la foulée des restrictions imposées ces derniers mois par les deux ordres de gouvernement.
Québec a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui facilitait l’immigration des travailleurs temporaires souhaitant rester au Québec, et le gouvernement fédéral a imposé de nouvelles limites aux employeurs qui souhaitent embaucher des travailleurs temporaires.
« Il y a une perception que c’est fini, l’immigration au Québec »
De leur côté, les organismes régionaux de développement économique, comme Québec International et Montréal International, continuent à faire du recrutement à l’étranger, mais au compte-goutte. « On a diminué de moitié », résume la vice-présidente à la direction de Québec International, Marie-Josée Chouinard.
Cette baisse est due à plusieurs facteurs, dit-elle. QI est touchée par la fin des Journées Québec International, auxquelles elle participait souvent. S’y ajoute l’incertitude économique depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, qui fait en sorte qu’il y a moins de demandes du côté des entreprises.
Les conséquences de la fin du PEQ et des changements des règles d’immigration sont difficiles à mesurer, ajoute-t-elle, mais elles se font beaucoup sentir du côté des recrues potentielles. « On fait face à beaucoup de candidats préoccupés à l’heure actuelle. […] Il y a une perception que c’est fini, l’immigration au Québec. »
Mme Chouinard soutient que ses équipes ont toujours fait attention de ne pas « faire de promesses » aux personnes qui sont recrutées. « Ça fait longtemps qu’on use de prudence par rapport aux conseils qu’on donne aux gens. »
Fin février, Québec International a tenu une mission avec la Colombie, de concert avec Drummond économique. Les rencontres se faisaient en ligne avec la possibilité de se déplacer pour des tests techniques. Sept entreprises y participaient, car « il y a encore des entreprises qui ont des besoins », explique Mme Chouinard. C’est le cas de celle d’Hélène Bisson, copropriétaire de Pouliot Orthopédique : « Je n’ai pas le choix, je n’ai personne qui peut pourvoir le poste. Le métier de bottier orthopédique n’existe pas au Canada et il n’y a pas d’école de formation non plus. »
« Peut-être » des missions en 2026
À Montréal International, le portrait est semblable. « Nous sommes passés de huit missions de recrutement en 2024 à trois missions en 2025 (l’une à Paris, deux en virtuel) », avance sa porte-parole, Ève Caron.
« Les employeurs ayant intégré des talents internationaux dans leurs rangs au cours des dernières années cherchent d’abord et avant tout à les conserver plutôt que d’en attirer de nouveaux en raison du manque de prévisibilité en matière d’immigration », relate le président de l’organisation, Stéphane Paquet.
Auparavant, Promotion Saguenay faisait en moyenne cinq missions par année, mais il n’en a fait aucune en 2025, explique sa directrice adjointe, Claudia Fortin. Cela n’est pas seulement dû à la fin du PEQ, dit-elle, mais de « l’effet combiné des changements de réglementation » tant au provincial qu’au fédéral depuis l’automne 2024. « Ça a jeté une douche froide aux entreprises, ça amène beaucoup d’insécurité », explique-t-elle. Pour 2026, l’organisme envisage de prendre part à une seule mission, en avril, en Tunisie, de concert avec Québec International et Drummond économique.
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