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«Que ta lumière», dans la continuité de l’éclairage ininterrompu de Maude Audet

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Onze ans après Nous sommes le feu, sa bougie d’allumage de carrière chansonnière, voilà de manière presque préméditée que le soleil d’avril de l’an 2026 nous réchauffe enfin, coïncidant avec le sixième album, irradiant, de Maude Audet, dont le titre résonne comme une phrase sans fin : Que ta lumière.

Sixième ? Bien plus, en vérité. De fait, si l’on ajoute à sa production les morceaux plus courts, les duos, les contributions diverses et les nombreuses offrandes de Noël, on peut dire que son éclairage musical est ininterrompu.

Rien que depuis le précédent album, Il faut partir maintenant, paru en 2023, il y a eu deux minialbums fort consistants. « Quasiment un album de plus ! » calcule-t-elle en souriant, de l’autre côté de la table au fond du très lumineux Pastel Rita, café du Mile End. « Tout s’imbrique. Je pense que ma musique a quelque chose d’intemporel. »

Son rythme, sa manière

À proximité, il y a le studio Madame Wood, un lieu qui semble hors du temps et loin de la ville. « C’est tout en bois, on se croirait dans un chalet, et c’est pourtant en plein quartier industriel. C’est magique. » L’album a été enregistré là, tout d’un coup, sans perdre un instant, même si on a une impression de lenteur envoûtante en l’écoutant.

« C’est mon rythme. Plutôt lent, mais sans m’arrêter. À un moment donné, je suis arrivée au constat, dans ce monde où les réseaux sociaux veulent à tout prix donner le ton et imposer les contenus, que je ne suis vraiment pas une influenceuse. Je suis simplement, mais entièrement, une artiste. Je crée des chansons à ma façon, je me suis mise à la peinture récemment, c’est tout ça mon travail à temps plein. Je produis beaucoup, mais sans suivre personne. Ma musique prend un temps d’incubation, je pense. C’est pas de la musique qui flashe et qu’on connaît par cœur. Ça demande à se déposer, plusieurs écoutes. »

Plusieurs écoutes des premières chansons de l’album sont en effet nécessaires. Les deux premiers titres, Pas besoin d’se mentir et Les joues usées, ne sont pas des airs populaires d’office, plutôt des méditations sur ce qui a changé, ce qui est usé. Un état des lieux. « Tu es perdu, je suis brisée », résume la chanteuse aux jouées usées « à force de jouer / de sourire pour les gens ».

Tout l’album se déclinera-t-il sur ce ton un peu morne ? se demande-t-on. Non. C’est pour que le contraste soit plus fort. Suit la chanson-titre, incandescente de soleil retrouvé. Le refrain rallume les cœurs : « Que ta lumière ardente / s’empare de moi / Je m’aime toujours mieux quand tu es là ».

L’art du refrain mémorable

Mémorable moment de vérité universelle. On les retient, ces mots. Au refrain suivant, elle en rajoute : « Même le poids du monde / entre mes bras / me semble moins lourd / quand tu es là ». But atteint pour l’autrice, pas mécontente.

« C’est vrai que je fais ça. Des refrains qui deviennent doubles. En toute modestie, je suis très fière d’avoir écrit ça. C’est simple, mais c’est ce qui permet de ressentir plus intensément la suite de la chanson, et la chanson suivante aussi. Je pense que les chansons nous prennent un peu par la main et nous mènent d’une à l’autre. Après Que ta lumière, il y a Comme un bébé, qui nous emmène dans la nostalgie, les regrets, mais en même temps souligne la beauté de chaque moment, dont il faut profiter dans la vie. Juste être là. »

Les structures de ces chansons sont remarquablement habiles. Dans Comme un bébé, il y a en fin de couplet une parfaite descente d’accords qui aboutit au refrain, et nous suivons le mouvement. « C’est une descente, mais qui permet ensuite une montée émotionnelle. C’est mon précieux collaborateur Mathieu Charbonneau qui a trouvé ce lien, il a cette sensibilité. Je lui avais envoyé quelque chose de très brouillon, et il a mis le doigt sur cette sensation de chamboulement, ce qui donne au refrain son importance. » Après le refrain, des harmonies magnifiques viennent augmenter la charge, et Comme un bébé devient un moment essentiel de l’album.

Chaque chanson a ainsi son moment d’arrangement, son ajout dans l’instrumentation qui le distingue, sans trop en faire : la réalisation du tandem Audet-Charbonneau porte une signature.

Ainsi, dans Ton amour sur moi, c’est un petit effet de clavier céleste qui sonne le moment d’un départ, la séparation de chaque matin : « Mais avant de repartir / donne-moi un peu de toi / Reste encore que je respire ». Rien de compliqué, encore, mais la quotidienneté du risque d’aimer a rarement été aussi justement exprimée.

Avec Elvis en filigrane

Tout l’album évoque la fragilité des liens, sur un mode presque répétitif dans l’orageuse En dessous du ciel, dans les notes sourdes qui donnent à Me reposer de mon ombre la permission du répit (« Une force trouvée dans mon ventre / un repaire pour naître de mes cendres »), et même dans la joie d’un slow rock, S’il te plaît, réponds, qui fait penser à une Françoise Hardy qui aurait rendu hommage à Elvis.

« Un air comme dans le temps, indique la chanteuse. Même si ça dit que ça brûle dans le cœur, le souvenir est rempli d’espoir. C’est pas un air sombre. C’est la vie qui est comme ça : le rappel du passé nous aide au présent. Dans l’amour, dans l’amitié, on frappe des murs, des fois, faut s’expliquer, et on a recours à l’évocation de ce qu’on était pour se brasser un peu et continuer d’avancer. »

La mention d’Elvis n’est pas anodine. Maude Audet vient de là. « Mon père, c’est un très, très grand fan d’Elvis. Encore aujourd’hui, c’est Elvis, Roy Orbison et les Everly Brothers, ses chanteurs. J’ai vraiment grandi — quotidiennement ! — avec eux. Ma mère, elle, écoutait du québécois. Ça a été mes bases musicales, avec un peu de chanson française aussi. »

« J’ai toujours été super curieuse, je suis une ado des années 1990. J’ai traversé tout le grunge, mais, en même temps, j’écoutais Janis Joplin, les Beatles. Ça a été mon mélange. J’essaie d’en connaître encore plus. Mais Elvis, c’est pour la vie. » Maintenant que c’est dit, on a envie de réécouter tous les disques de Maude Audet, et de comprendre comment, où que l’on aille, on repasse toujours par Elvis. « C’est en filigrane dans mes chansons et toujours présent dans mon cœur. » Que sa lumière fût.

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