NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
1er mai 2026
INTERACTIF
Format innovant alliant contenu visuel prépondérant, graphiques, données, audio, et/ou vidéo.
9 h 05, rue de la Gauchetière Ouest, un matin d’avril frisquet. Le Devoir a rendez-vous devant la Maison du Quartier chinois, au numéro 116. Le quartier est encore silencieux, et détonne par son calme au milieu du centre-ville.
« Les commerces n’ouvrent pas avant 11 h », pour la plupart, explique Jessica Chen, avec qui nous allons parcourir le quartier. La directrice générale de la Fondation Jia, fondée en 2022, a longtemps milité pour la préservation du Quartier chinois. Elle faisait partie du Groupe de travail sur le Quartier chinois, l’ancêtre de ce qu’est aujourd’hui la Fondation Jia.
Car cette visite guidée du Quartier chinois, emblématique de la métropole, vise justement à faire le point sur son destin. Alors que le plan d’action pour le quartier, piloté par la Ville de Montréal et élaboré à la suite de collaborations et de consultations avec des acteurs communautaires, prend fin cette année après cinq ans, la Fondation Jia espère renouveler ce mandat en misant cette fois-ci sur un aspect qu’elle juge délaissé : le développement urbain.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. De gauche à droite: Parker Mah, Théo Pagé-Robert et Jessica Chen, de la Fondation Jia, durant une visite du Quartier chinois
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. De gauche à droite: Parker Mah, Théo Pagé-Robert et Jessica Chen, de la Fondation Jia, durant une visite du Quartier chinois« Le plan d’action a servi à bien cerner les besoins de la communauté, et à offrir une sorte de mise à jour sur la démographie et les infrastructures urbaines [du quartier], explique Jessica Chen. Mais ce n’était pas un plan de développement. »
En 2021, lors du dévoilement du Plan d’action 2021-2026 pour le développement du Quartier chinois de Montréal, la Ville avait octroyé un financement de 2 millions de dollars afin d’accompagner ces initiatives, et avait créé la Table ronde du Quartier chinois afin de faire le pont entre l’administration municipale et les acteurs communautaires, à laquelle siège la Fondation Jia.
« On voit aujourd’hui un grand besoin d’un plan qui prend en compte l’urbanisme, car il y a une multitude de projets de développement qui s’en viennent — et c’est une bonne chose —, mais on aimerait voir un développement urbain qui respecte l’histoire et le contexte du quartier », résume-t-elle.

On entame notre balade devant la Maison du Quartier chinois, donc. En face se dresse le complexe Guy-Favreau, mis en chantier en 1976. Avant cela, les bâtiments qui s’y trouvaient étaient loin d’être aussi imposants, explique Parker Mah, directeur de la programmation et des opérations à la Fondation Jia.
« Vous pouvez vous imaginer des bâtiments d’à peu près cet âge-là, de trois étages, », dit-il en pointant vers la Maison Yep-Riopel, qui abrite les locaux de l’organisme, « mais de l’autre côté de la rue », ajoute-t-il, se tournant vers le complexe.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. La Maison Yep-Riopel, au centre, abrite la Maison du Quartier chinois, où est basée la Fondation Jia. À droite, le bâtiment de l’ancienne usine Wing.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. La Maison Yep-Riopel, au centre, abrite la Maison du Quartier chinois, où est basée la Fondation Jia. À droite, le bâtiment de l’ancienne usine Wing.Ce secteur, qui abritait autrefois une forte communauté juive, a commencé à recevoir des immigrants chinois vers la fin du XIXe siècle, durant l’époque de la ruée vers l’or ainsi que la construction du Canadien Pacifique. Une fois le chemin de fer terminé en 1885, toutefois, le gouvernement fédéral a tenté d’expulser ces immigrants chinois, ou du moins d’en limiter l’arrivée au pays.
« C’est à cette époque que commence l’ère d’exclusion », explique Matt Patterson, sociologue urbain et professeur à l’Université de Calgary. Cette période de l’histoire canadienne débute lorsque le Parlement fait adopter la première loi sur l’immigration chinoise, en 1885, qui impose le paiement d’un impôt pour tout Chinois qui entre au pays. Le gouvernement va encore plus loin en 1923, en bannissant systématiquement l’entrée de toute personne d’origine asiatique. L’ère d’exclusion ne se terminera qu’en 1947, lorsque la loi sera abrogée après la Seconde Guerre mondiale.
Photo : Conrad Poirier, Domaine public du Canada, par BAnQ. Des cuisiniers d’un restaurant du Quartier chinois le 3 mars 1940
Photo : Conrad Poirier, Domaine public du Canada, par BAnQ. Des clients attablés dans un restaurant du Quartier chinois le 3 mars 1940
Photo : Conrad Poirier, Domaine public du Canada, par BAnQ. Une représentation d’opéra chinois, ou xiqu, dans le Quartier chinois le 14 mars 1940
Photo : Conrad Poirier, Domaine public du Canada, par BAnQ. Un passant lisant des affiches en chinois le 29 février 1940
Photo : Conrad Poirier, Domaine public du Canada, par BAnQ. Des étudiants d’une classe du dimanche de la Chinese Presbyterian Church School (aujourd’hui le presbytère de la Mission-Catholique-Chinoise-du-Saint-Esprit) le 7 mars 1940Durant cette époque difficile, « les quartiers chinois sont devenus le centre de la vie sociale chinoise » au Canada, explique le professeur, qui étudie les Chinatowns en Amérique du Nord. Puis, au tournant des années 1950, de plus en plus de commerces s’installent dans ces secteurs. « Ça a donné une certaine réputation aux quartiers chinois comme une destination de consommation pour la population non chinoise. »
À Montréal, le Chinatown des années 1960 et 1970 fait face à l’ambition de la Ville d’agrandir son centre-ville vers l’est. Il s’agit d’un réel tournant pour le Quartier chinois. « On assiste alors à une vague de projets de renouvellement urbain, qui consistait à transformer la ville en une ville d’autoroutes, et de cimenter tout ça », raconte Parker Mah, la main tendue vers les imposants immeubles qui se dressent au loin, sur le boulevard René-Lévesque.
La ville de Québec avait elle aussi son quartier chinois, apparu dans le quartier Saint-Roch dès la fin du XIXe siècle. Celui-ci était surtout concentré autour de la rue Saint-Vallier et de la côte d’Abraham. Une vague de projets urbains a mené à la lente disparition du quartier à partir des années 1970, accompagné d’un exil de la communauté vers la banlieue.
Montréal ne fut pas la seule métropole canadienne à revamper ses secteurs centraux, souvent aux dépens de quartiers populaires.
« C’est [une période] assez ironique, souligne M. Patterson. D’un côté, le gouvernement fédéral abroge des lois racistes contre les Chinois. Mais de l’autre, les gouvernements locaux se tournent vers des projets qui touchent directement des quartiers immigrants, plus pauvres, jugés insalubres, avec une volonté de les reconstruire. »
Voici les limites du Quartier chinois, telles qu’elles ont été définies par la Ville de Montréal en 2022. Les limites historiques du quartier, qui s’étendaient au-delà de ce quadrilatère avant la vague de projets des années 1970, sont difficiles à déterminer, variant d’une source à l’autre.
Le projet du complexe Guy-Favreau est l’un des plus importants morceaux de ce chantier. Mis en chantier vers la fin des années 1970, le bâtiment massif occupe une bonne superficie du quartier.
Le Complexe Desjardins, achevé en 1976, et le Palais des congrès, terminé en 1983, ont eux aussi empiété sur le territoire du Quartier chinois de l’époque.
À cela s’ajoutent la construction de l’autoroute Ville-Marie, durant les années 1970, ainsi que l’élargissement de la rue Saint-Urbain, dans les années 1980, afin d’accommoder le flux grandissant d’automobiles dans le secteur. Ce dernier projet a particulièrement fait jaser à l’époque : il a mené à la disparition du parc de la Pagode, qui était situé à l’angle de la rue De La Gauchetière, en 1981.
Photo : Adrien Hubert, via Bibliothèque et Archives nationales du Québec Vue du Parc de la Pagode, avec le Complexe Desjardins en arrière-plan, en 1978Ces projets urbains ont nécessité la démolition de plus du tiers de la superficie du Quartier chinois de l’époque. Le secteur, exproprié par le gouvernement fédéral puis démoli, regorgeait de vie, souligne Parker Mah : des usines alimentaires et textiles, un orphelinat, trois écoles, des épiceries, des logements…
Parmi les rares vestiges de l’époque, entre les rues Saint-Urbain et Jeanne-Mance, demeurent quelques immeubles inscrits au Répertoire du patrimoine culturel du Québec : l’église de la Mission-Catholique-Chinoise-du-Saint-Esprit et son presbytère, la Maison Wing où se déroulaient les activités de l’entreprise alimentaire du même nom, et l’ancienne manufacture de cigares S. Davis & Sons. Ensemble, ces immeubles constituent le site patrimonial du Noyau-du-Quartier-Chinois, reconnu par Québec en 2023.
Ces grands changements amènent aussi des mouvements démographiques au sein du quartier : les familles partent pour les banlieues, et la vocation du quartier finit par changer. « C’est là qu’on peut voir la transformation graduelle [du secteur], d’un quartier vivant et communautaire vers un quartier plus touristique, commercial, souligne Parker Mah. Ce qu’on veut faire avec la Fondation, c’est ramener cette communauté, ramener les gens, à l’aide de projets avec une vision plus globale. »

Ce que le quartier a vécu dans les années 1970 a bien failli se reproduire en 2021. L’acquisition de plusieurs immeubles entre les rues Côté et Saint-Urbain par le promoteur immobilier Hillpark Capital — en pleine pandémie de COVID-19 qui frappe les commerces de plein fouet et qui s’accompagne d’une vague de racisme anti-asiatique — a provoqué de sérieuses inquiétudes au sein du quartier.
Plusieurs organisations locales et résidents se sont mobilisés afin d’empêcher la démolition éventuelle de certains bâtiments et de protéger le quartier d’un embourgeoisement accéléré. Cette mobilisation a mené, d’une part, à la reconnaissance par Québec du caractère patrimonial des immeubles visés, mais aussi, d’autre part, à une prise de conscience sur l’avenir du quartier. « La mobilisation a permis de mettre en avant cette compréhension intégrale du quartier comme élément urbain, au-delà d’un lieu [uniquement] culturel », fait valoir Théo Pagé-Robert, coordinateur de l’équipe d’aménagement et de recherche de la Fondation Jia.
À l’angle des rues De La Gauchetière et Saint-Urbain se dressent, côté sud, quatre immeubles centenaires. À leur sommet sont installées des enseignes en chinois. « On peut y lire quatre noms de famille », explique Parker Mah en pointant vers les idéogrammes : Wong, Chen, Hum, Lee.
Il s’agit là des quartiers généraux des associations claniques de chacune des familles, installées à Montréal depuis des décennies. À la fin du XIXe siècle, ces clans, venant principalement du sud de la Chine, établissent des immeubles dans plusieurs grandes villes nord-américaines dans l’espoir d’offrir des services à leurs membres nouvellement arrivés en Amérique, qui vont des logements à loyer modique à l’accès à des espaces communautaires. On y trouvait souvent un commerce au rez-de-chaussée, qui servait à financer le tout. Un réseau se forme alors : si une association à Victoria a besoin d’acquérir un immeuble pour ses activités, par exemple, les autres associations du même clan se concertent pour lui procurer les fonds nécessaires.
Durant l’ère d’exclusion, ces associations claniques font preuve d’innovation pour accueillir les membres de la communauté au Québec, mais aussi afin de préserver l’intégrité et le caractère unique du quartier. Les menaces des années 1970 ont montré l’importance de telles associations communautaires dans le secteur pour la survie de l’identité chinoise du quartier et pour mobiliser ses résidents.
En parallèle, la Ville et un consortium d’acteurs communautaires travaillaient depuis 2019 à l’élaboration de ce qui devint le Plan d’action pour le développement du Quartier chinois de Montréal, publié en 2021. Ce plan fut un premier pas vers la vision que porte Jessica Chen pour le Quartier chinois : un quartier holistique, à la fois communautaire et commercial, patrimonial et moderne. « Mais le plan n’est pas parfait », concède-t-elle. La suite des choses doit viser des projets concrets, selon elle, plutôt que des objectifs difficiles à quantifier.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. Deux passantes discutant au coin des rues De La Gauchetière et Saint-Urbain
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. Le quartier général des associations claniques des familles Wong et Chen, à l’angle des rues De La Gauchetière et Saint-Urbain
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. Le buste de Sun Yat-sen, révolutionnaire chinois et fondateur de la République de Chine (ROC, nom officiel de Taïwan), à la place du même nom, rue De La Gauchetière
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. « Ici, c’est chez moi! J’y suis, j’y reste! » peut-on lire sur une banderole installée durant la mobilisation de 2021 sur la façade de ce qui est désormais la Maison Yep-Riopel. La banderole se trouve désormais au plafond de la Maison du Quartier chinois.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. Une passante traversant la rue Clark, au coin de la rue De La Gauchetière
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. L’immeuble de l’Association chinoise de Montréal, fondée en 1889, rue De La GauchetièreL’administration montréalaise évalue présentement la situation, suivant l’échéance du plan d’action. La sécurité et la cohabitation avec la population itinérante comptent parmi les priorités de la Ville pour le Quartier chinois, qu’elle considère comme un quartier riche en histoire, mais « laissé à l’abandon », affirme Claude Pinard, conseiller municipal du district de Saint-Jacques et président du comité exécutif de la Ville, en entrevue au Devoir.
« Notre vision, c’est un endroit propre, sécuritaire, où on ramène une fierté […], que les gens soient fiers et contents d’aller dans le quartier, et vont s’y reconnaître. » M. Pinard n’exclut d’ailleurs pas les promoteurs immobiliers parmi les gens qu’il espère voir « autour de la table ».
D’autres Chinatowns ont émergé ailleurs dans la région montréalaise, entre autres à Brossard, ou encore dans le quartier du village Shaughnessy, entre les stations de métro Atwater et Guy-Concordia.
« Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on observe la formation de plusieurs communautés chinoises en banlieue », explique Matt Patterson. Les associations culturelles chinoises qui viennent en aide aux premiers arrivants, entre autres, sont surtout en banlieue de nos jours, « car ce sont là où les immigrants s’installent désormais ».
Ces quartiers sont-ils considérés comme des quartiers chinois ? « Je pense que, pour plusieurs, un quartier chinois demeure un quartier historique, dont on doit préserver le patrimoine », dit le chercheur.
« Les quartiers chinois ne font pas uniquement face à l’embourgeoisement », analyse Matt Patterson. Il souligne entre autres, à Montréal, l’explosion des valeurs foncières et des loyers dans le secteur. Entre 2001 et 2021, par exemple, les loyers des logements locatifs ont augmenté à un rythme cinq fois plus élevé que ceux du reste de la ville. « Mais il y a aussi des gens qui s’inquiètent du contraire, soit des niveaux de pauvreté et d’itinérance élevés. »

De son côté, la Fondation Jia espère plutôt une approche qui permet aussi une conservation du patrimoine, car la survie du quartier tel qu’on le connaît en dépend, fait valoir Jessica Chen. « Ces immeubles, ces rues et ces ruelles, ils ont été témoins de tous les changements des dernières décennies. »
La rue Clark constituait le cœur du Quartier chinois durant une bonne partie du XXe siècle, fait remarquer Parker Mah. On s’arrête devant un immeuble dont l’enseigne dorée brille encore sous le soleil : « Centre communautaire et culturel chinois de Montréal ».
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. L’immeuble de l’ancien Centre communautaire et culturel chinois de Montréal, rue Clark
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. L’immeuble de l’ancien Centre communautaire et culturel chinois de Montréal, rue ClarkLe centre est-il encore actif ? Parker Mah secoue la tête. « Il a fait faillite en 2015. » Depuis, l’immeuble a changé quelques fois de propriétaire avant d’être acquis par le Service à la famille chinoise du Grand Montréal. Des locataires occupent actuellement certains étages de l’édifice.
La Fondation Jia voit dans la rue Clark un lieu propice au logement social, et espère collaborer en ce sens avec la Ville, qui a acquis une série d’immeubles à côté de l’ancien Centre communautaire chinois.
Photo : Marie-France Coallier Le Devoir. L’édifice de l’ancienne usine Wing, autrefois la British and Canadian School, école érigée en 1827
Photo : Marie-France Coallier Le DevoirL’édifice de l’ancienne usine Wing, autrefois la British and Canadian School, école érigée en 1827Une des autres priorités de l’organisme concerne la Maison Wing : la bâtisse qui abritait l’usine du même nom, fermée à l’automne, est désormais vide. « On aimerait beaucoup en occuper une partie », dit Théo Pagé-Robert. Que ce soit avec son organisme ou une coalition d’organisations communautaires, il aimerait voir un espace culturel naître dans l’édifice patrimonial, dont l’avenir est encore incertain.
« Le Quartier chinois est un lieu d’interaction, un croisement entre la migration et le développement urbain, affirme Jessica Chen. C’est le quartier parfait pour illustrer comment on peut ancrer ses racines dans un lieu, ou comment un lien avec un endroit peut prendre plusieurs formes. C’est un lieu de refuge, d’aide mutuelle, d’inclusion et d’appartenance. »


1 month_ago
33



























.jpg)






French (CA)