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LITTÉRATURE. Le L’Avenirois bien connu Alain Labonté publie un nouvel ouvrage intitulé Mourir, pointé du doigt. Dans ce récit plein de délicatesse, il se remémore son arrivée à Montréal à 22 ans, alors que le VIH commence à faire des ravages.
Se souvient-on de ces années où les gens mouraient si nombreux? Il y a dans cette histoire un devoir de mémoire.
Le Dr Réjean Thomas, expert en VIH, expliquait dans une entrevue à la radio de Radio-Canada, cet été (Le sida ne fait plus peur, à l’émission Tout un matin), qu’il avait diagnostiqué cette maladie à un jeune de 19 ans. Ce dernier ne savait même pas ce que c’était.
«Ça veut dire qu’on a eu un fléau où les gens sont tombés comme des mouches, et aujourd’hui, on n’entend plus trop parler. Et là, il y a une recrudescence actuellement du sida dans le monde. Je ne sais pas si l’on a appris quelque chose, en fait. Je n’ai pas l’impression qu’on a avancé, humainement», se questionne Alain Labonté dans une entrevue avec L’Express.
Quand la pandémie est arrivée en 2020, toute la période de 1990 est remontée pour lui. «On a vécu une pandémie avant ça, mais ce n’est pas tout le monde qui l’a vécue. Autant moi, je l’ai vécue quand même intensément, qu’il y a des gens qui étaient complètement déconnectés», note l’auteur.
Alain Labonté souligne l’importance d’accompagner l’autre dans la dignité. (Photo : Ghyslain Bergeron)Le plan du livre se fait rapidement : à son arrivée à Montréal, il se fait des amis, et rapidement, quatre d’entre eux chopent le virus. Alain Labonté les accompagnera dans la maladie et la mort.
«J’ai tellement eu des parents bienveillants, toujours à l’écoute de l’autre. Ça a été des modèles d’humanité. Donc, il y a eu des situations où jamais je ne me suis posé de questions, tu sais comme Paco, je le connaissais à peine. Mais n’empêche qu’il y a d’autres gens autour de lui qui ne l’ont pas accompagné». Comme Jocelyn, qui est décédé le soir de Noël, alors que sa mère a préféré aller faire cuire sa dinde. «Moi, j’avais le cœur déchiré».
Alain Labonté espère que, collectivement, on se rappellera que plusieurs ont abandonné les sidéens à cause de la peur, de l’incompréhension, de la condamnation. «Ces gens-là ne méritaient pas ça. Personne ne mérite de mourir dans un coin tout seul, parce que tu as été en amour et que tu chopes un virus», s’indigne-t-il.
Le silence
Alain Labonté trouve que son premier livre, Une âme et sa quincaillerie, et ce dernier, Mourir, pointé du doigt, partagent une chose : la culture du silence. Que l’on parle de santé mentale ou de maladie contagieuse dont on sait trop peu, ce sont des situations où l’on s’est tus.
Après deux ans passés à l’écriture de ce livre, l’écrivain a traversé une période difficile. D’abord, vivre les émotions du livre, puis perdre successivement ses amis Sophie Faucher et Oliver Jones, suivi du décès de sa mère.
«Ce livre-là, on dirait… C’est comme si je me suis libéré de tout ça. On a le droit d’être qui l’on est. Puis on n’a pas le droit de lancer des roches à qui que ce soit, un instant!», s’emporte-t-il.
Mais comment a-t-il fait, si jeune, pour accompagner la mort? L’écrivain croit qu’il ne faut pas trop se poser de questions, il faut y aller et foncer. «Je pense que j’ai le courage de mes vertiges. On est tous au pied de la falaise. Qu’on plonge ou qu’on ne plonge pas, on a le vertige. Et bien plongeons! On aura quelque chose à raconter. J’ai toujours vécu ma vie comme ça».
M. Labonté souligne l’importance d’être là au bon moment, pour accompagner quelqu’un dans la dignité. «Mon ami Stanley, qui disait qu’il se sentait comme de la vermine, c’était ça. Les gens ne voulaient même pas se voir dans le miroir. Ils savaient qu’ils étaient condamnés à mourir, mais condamnés par la société».
Selon lui, la peur a vraiment dominé les gens, avec peu d’informations pour comprendre le VIH. «J’accompagne Georges pour des examens. Il a le sarcome de Kaposi, c’est tout violacé. On va dans le métro. On se tient par la barre. Un moment donné, il y a un gars en arrière de moi qui dit “hey, les deux estie de charogne en avant, on les câlisse-tu dehors?” Je dis à Georges : ça vas-tu? Il dit : ça va super. Moi, je t’ai, toi. Eux ne t’ont pas. J’avais le moton…»
L’auteur raconte une autre fois où, simplement assis avec un ami malade du VIH, un passant a évoqué à voix bien haute l’idée de les pendre.
Non seulement le virus apportait la mort, mais aussi la violence.
Selon Alain Labonté, il faut y aller et foncer! (Photo : Ghyslain Bergeron)Des expériences qui forgent l’humain
Alain Labonté a vécu plusieurs expériences de la mort et de la souffrance qui l’ont façonné, comme être humain. À neuf ans, il est présent lorsque son ami est mort d’une encéphalite. À 11 ans, il partage sa chambre avec ses grands-parents; quelque temps plus tard, son grand-père y rend son dernier souffle. À 12 ans, sa mère part en ambulance; elle vit ses premiers électrochocs. À 16 ans, son amie meurt dans un accident de la route, alors qu’il l’attend au restaurant.
«Puis tous les autres, qui sont tombés comme des mouches. À l’époque, le magazine Fugues a instauré une rubrique nécrologique. Chaque mois, le magazine sortait, puis tu avais 20, 40, 70 personnes qui étaient mortes le mois dernier. Chaque mois, on allait chercher ça parce qu’on était intrigués de dire “y’a-tu quelqu’un qu’on connaît qui est parti?” On ne s’habitue pas. Par contre, ça fait partie de la vie», philosophe-t-il.
L’écrivain croit que toutes les expériences qu’il a vécues ont fait en sorte de lui permettre d’accompagner sa mère dans ses derniers instants.
Avec l’autre
«La plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie, c’est d’être capable de tenir des mains. J’ai toujours été vers l’autre, j’ai toujours accueilli l’autre. Aussi longtemps que je vais pouvoir accompagner l’autre, je vais le faire».
Alain Labonté souhaite qu’avec ce livre, les gens se rappellent de cette époque, pour ceux qui l’ont vécue. Qu’ils se pardonnent, s’ils n’ont pas pu être présents pour leur proche malade du sida. Et que les jeunes sachent ce qui a été vécu. «Qu’on ait de bonnes pensées, que collectivement, nos pensées résonnent jusque dans l’éternité», conclut-il.
Lancements du livre Mourir, pointé du doigt
Mardi 22 septembre : L’Avenir
Mercredi 23 septembre : Montréal
Jeudi 24 septembre : Drummondville
Vendredi 25 septembre : Sherbrooke
Dimanche 27 septembre : Saint-Jérôme
Mardi 29 septembre : Québec
Jeudi 1er octobre : Trois-Rivières
Mardi 6 octobre : Saint-Hyacinthe
Jeudi 8 octobre : Rimouski
Dimanche 25 octobre : Maroc (Merzouga)


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