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Les quelque 150 personnes toujours prises à bord du navire de croisière MV Hondius ont entamé leur voyage vers les îles Canaries, où ils doivent débarquer dans la nuit de mercredi à jeudi. De la course contre la montre pour répertorier les gens entrés en contact avec les passagers jusqu’aux risques de transmission du virus, Le Devoir fait le point.
A-t-on commencé l’identification des contacts ?
Plusieurs pays tentaient jeudi d’identifier les contacts qu’ont eus les passagers du MV Hondius lors des différents arrêts qu’a effectués le navire. On s’intéresse particulièrement au trajet de la quarantaine de passagers ayant quitté le navire lors de son passage à l’île Sainte-Hélène le 24 avril dernier, soit avant l’identification de l’épidémie d’hantavirus à bord, puisque ces derniers sont probablement déjà rentrés chez eux.
Le Canada a d’ailleurs déjà déterminé que deux Ontariens étaient à bord du navire. À bord de leur vol de retour se trouvait aussi un Québécois. Bien qu’asymptomatiques, les trois sont depuis en quarantaine dans leur province de résidence.
Déterminer qui est entré en contact avec des personnes potentiellement infectées est essentiel à la mise en place de protocoles de quarantaine et de vérification adéquats, souligne en entrevue le Dr Cédric Yansouni, microbiologiste et directeur du Centre J.D. MacLean pour la médecine tropicale et géographique, affilié à l’Université McGill.
Le fait que l’éclosion soit survenue sur un bateau de croisière — un environnement relativement fermé où les allées et venues des gens sont répertoriées — facilite ce processus, note de son côté le Dr Karl Weiss, spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif à Montréal. « C’est un avantage : imaginez le même scénario au Centre Bell, où tout le monde arrive et se disperse. »
Quel est le trajet emprunté par le bateau ?
Le voyage du MV Hondius a débuté le 1er avril dernier à Ushuaïa, en Argentine. Le navire a réalisé un premier arrêt le 5 avril sur le territoire de la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud. Une première victime de l’hantavirus meurt à bord du navire une semaine plus tard, le 11 avril, après être tombée malade.
Deux jours plus tard, le navire fait un arrêt à l’île Tristan da Cunha, puis se dirige vers l’île Sainte-Hélène. Des passagers et la dépouille de la première victime de l’hantavirus y débarquent le 24 avril. La femme de la première victime meurt en Afrique du Sud le 26 avril ; la maladie s’était manifestée alors qu’elle était dans un aéroport du pays afin de retourner aux Pays-Bas.
Le bateau s’est ensuite dirigé vers l’île de l’Ascension, qu’il a atteint le 27 avril. Il prend ensuite la direction de Praia, capitale de Cap-Vert. Le 2 mai, l’éclosion d’hantavirus fait une troisième victime, cette fois à bord du MV Hondius. Le navire reste en bordure de Praia du 3 au 6 mai, car il ne reçoit pas l’autorisation d’accoster.
Selon l’entreprise qui exploite le bateau de croisière, Oceanwide Expeditions, le navire « devrait arriver au port de Granadilla, à Ténérife, dans les premières heures du dimanche 10 mai », mais ces informations sont susceptibles d’être modifiées.
Jusqu’où peut aller la maladie ?
Tant Karl Weiss que Cédric Yansouni sont catégoriques : l’éclosion d’hantavirus à bord du MV Hondius ne se transformera pas en pandémie comme ce fut le cas de la COVID-19 au début de l’année 2020.
La souche d’hantavirus des Andes, celle répertoriée à bord du navire, est la seule dont la transmission entre êtres humains a déjà été observée. Mais cette transmission découle généralement de contacts étroits, affirme le Dr Yansouni, contrairement à celle d’un virus comme celui de la COVID-19.
L’hantavirus se transmet généralement à l’humain par le biais d’excréments de rongeurs, ces derniers pouvant être des porteurs asymptomatiques du virus. Cette famille de virus est présente dans les deux Amériques, ainsi qu’en Europe et en Asie. Comme son nom l’indique, on retrouve la souche des Andes sur le continent américain. Et puisque les éclosions d’hantavirus sont rares — et sont de nature épidémique lorsqu’elles surviennent — , il n’existe pas de traitement propre à la maladie qu’il provoque, note le Dr Weiss.
Après une période d’incubation pouvant aller de deux à six semaines, des symptômes grippaux et respiratoires, de la fièvre, de troubles gastro-intestinaux et de la toux peuvent apparaître, explique l’expert en maladies infectieuses. Le taux de mortalité d’une infection à l’hantavirus est aussi particulièrement élevé — de 40 à 50 % pour la souche des Andes.
Si le scénario pandémique est écarté par les spécialistes consultés par Le Devoir, d’autant que l’éclosion aurait été identifiée à temps, il « pourrait y avoir quelques cas secondaires » sans que la situation mondiale ne se dégrade, note Karl Weiss. Ce sont d’ailleurs les habitants des îles isolées qu’a visités le MV Hondius qui sont le plus à risque, selon Cédric Yansouni.


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