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Que faire de «Dom Juan»?

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Dom Juan ou le festin de Pierre, du Français David Bobée, s’ouvre sur une série de choix judicieux, à la mise en scène et au jeu, notamment, dans l’adaptation de ce classique de Molière. Plusieurs avenues prometteuses se perdent en cours de route toutefois, dans une représentation qui aurait profité d’un resserrement.

Une première signature frappante de l’adaptation que signe Bobée est la langue elle-même. Cette nouvelle production de sa pièce créée en 2023 au théâtre du Nord, à Lille, qui réunit ici des artistes du Québec, de la France et du Congo, fait le choix de la placer en son cœur.

Les phrasés avec lesquels jouent les comédiens en ouverture mettent la table, amarrant les couleurs et accents au style classique. L’utilisation de l’espagnol dans la scène des amoureux ira en ce sens : faire apparaître sur scène la langue même. Celle de Molière n’étant plus la nôtre, il y a là une excellente façon de lier les univers.

Des costumes — puisant sans façon au classique et au moderne — accentuent cette liberté prise dans l’amarrage, le tout dans une scénographie impressionnante (Bobée et Léa Jézéquel). Un immense torse de pierre tronqué s’allonge sur une scène dépouillée aux coulisses ouvertes, renforçant l’idée d’une langue au centre du dispositif.

Ici, ajoutons la chimie du tandem Dom Juan-Sganarelle. Le Québécois David Bouchard, hautain et juste, trouve sa réplique dans le Congolais Shade Hardy Garvey Moungondo, qu’on découvre avec joie. Remarquable dans sa capacité à jouer entre les lignes, il propose un valet attachant dont les pitreries s’imbriquent dans le déploiement naturel du récit.

Une musique parfois puissante, mais tendre lorsqu’il le faut (Jean-Noël Françoise), vient marquer les temps forts du récit, et rapidement s’impose ce constat : toutes ces qualités rassemblées constituent une façon admirable de nous faire entrer dans le texte de 1665.

Quelque chose se perd

Or, le portrait se gâte en cours de route. Il y aurait beaucoup à dire sur ce Dom Juan si profondément détestable, et appuyé dans sa bestialité, que rien n’est plus possible pour le public qu’un dégoût sans partage, l’absence d’équivocité condamnant le spectacle à une fin partiellement sur le tapis roulant de la morale retrouvée.

Beaucoup à dire, aussi, sur le sens visé par cette relecture. Le « Ciel » invoqué par Molière, central au récit, n’existe plus pour nous. Or, l’adaptation de Bobée, qui embrasse ailleurs des libertés profitables, demeure sur ce point muette, semble ne pas prendre la pleine mesure du fossé. Ou, du moins, la chose nous a échappé.

Mais surtout faut-il nommer le rythme de l’ensemble : en cours de représentation, des scènes commencent à paraître étirées. Beaucoup des promesses initiales dès lors s’estompent. Les scènes les plus drôles deviennent parfois gênantes là où le récit ne progresse plus, et s’installe un sentiment de longueur.

Vu la belle aisance harnachée par le metteur en scène français, des condensations, voire des coupures, auraient été absolument justifiées, dans le geste de coller à une progression plus enlevante. Ici, les nombreuses qualités de la pièce se perdent dans les longueurs de la représentation.

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