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La fermeture du détroit d’Ormuz en raison de la guerre en Iran fait drastiquement monter le prix du kérosène, le carburant utilisé par les avions, et des transporteurs aériens à travers le monde, dont les entreprises canadiennes Air Transat et Air Canada, ont commencé à annuler des vols. Pourquoi prendre de telles mesures et jusqu’où cette vague d’annulations peut-elle aller ? Deux experts de l’industrie aéronautique ont répondu à quatre questions pour décrypter le phénomène.
Pourquoi les vols sont-ils annulés ?
Si l’explosion du prix du kérosène est en partie responsable de la hausse des prix des billets d’avion et de l’annulation de certains vols, « le problème va plus loin que juste ça », mentionne Mehran Ebrahimi, professeur titulaire au département de Management et de Technologie de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. « Normalement, on est dans une logique de flux continue, c’est-à-dire qu’on consomme de nos réserves au même rythme qu’elles sont remplies, explique-t-il. Aujourd’hui, cette logique-là est brisée. »
C’est donc une pénurie des réserves qui guette l’industrie, ce qui raréfie le kérosène et fait monter encore plus les prix comme l’offre ne suit plus la demande, détaille l’expert. À cela s’ajoute le fait « qu’il y a un certain nombre d’infrastructures de raffinages, notamment au Qatar, qui ont été quasiment détruites ». « Donc on est dans une situation qui est problématique, même si la crise s’arrête aujourd’hui. »
Dans ce contexte de raréfaction du carburant utilisé, les vols qui ne peuvent plus être rentables, même avec une augmentation du prix des billets, sont annulés, soutient M. Ebrahimi.
Comment les vols sont-ils choisis ?
Quand les transporteurs aériens doivent choisir quels vols annuler, plusieurs facteurs entrent en jeu, souligne John Gradek, chargé de cours à l’Université McGill et ancien cadre chez Air Canada. « Les premiers candidats d’annulation, ce sont les vols marginaux, qui perdent de l’argent ou qui on peut de chance d’être pleins. »
Vient ensuite une logique de « protéger les itinéraires », décortique M. Gradek en citant l’exemple d’un vol comme Montréal-Paris. Si une compagnie comme Air Canada effectue ce trajet plusieurs fois par jour, ils pourraient réduire sa fréquence pour maintenir la possibilité de voyage tout en baissant leurs coûts. Des vols qui s’effectuent une fois par jour pourraient pour leur part voir leur fréquence tomber à quatre fois par semaine, poursuit-il.
Pour Mehran Ebrahimi, la question du ravitaillement peut aussi venir influencer les décisions, tout comme l’importance de ne pas laisser une place vide aux concurrents. « Personne ne va complètement annuler ses vols Montréal-Paris parce qu’ils sont extrêmement rentables, extrêmement remplis et plusieurs compagnies sont en concurrence directe sur le même trajet. »
Qu’est-ce qu’un consommateur peut faire ?
Si John Gradek n’avait qu’un conseil à donner pour les voyageurs, c’est de ne pas annuler son voyage par peur que votre vol soit annulé par votre compagnie aérienne. « Si vous avez déjà acheté votre billet, comptez-vous chanceux, lance-t-il. Parce que si vous l’achetez aujourd’hui, ça va vous coûter plus cher. »
Au Canada, les transporteurs aériens sont dans l’obligation d’offrir aux passagers un moyen d’arriver à bon port dans les 48 heures suivant le moment d’arrivée prévue sur le billet. À partir du moment où vous recevez un avis d’annulation, vous avez aussi le droit de demander un remboursement.
Cette obligation d’effectuer le trajet du point A au point B même en cas d’annulation est l’une des raisons pour lesquelles les transporteurs aériens veulent conserver le plus possible les trajets intacts, quitte à réduire la fréquence de vols, précise John Gradek.
Jusqu’où peut aller le phénomène ?
« Tout dépend de la demande, de l’appétit des passagers », répond M. Gradek en expliquant que, déjà, les transporteurs aériens sont relativement réticents à hausser leurs tarifs « pour récupérer l’entièreté des coûts additionnels due à la flambée du prix du kérosène ».
Tant et aussi longtemps que des passagers vont être prêts à payer les tarifs de plus en plus important, ces derniers vont continuer de grimper face à la pénurie de carburant, poursuit-il.
Si l’annulation de vols permet en quelque sorte de limiter la hausse des prix pour les billets, « le problème c’est qu’il va venir un jour où tellement de vols vont être annulés que ce ne sera presque plus possible de faire des profits », affirme Mehran Ebrahimi. « Ça prend des revenus pour pouvoir faire des profits. »
Ce dernier note aussi que l’industrie de l’aviation traverse une situation particulièrement unique « où les entreprises avancent un peu en tapotant ». « À part la pandémie, on n’a pas eu des situations où tout d’un coup, le monde entier est affecté. […] C’est une situation très difficile, d’autant plus que l’on n’a pas de référence, c’est ça qui est très problématique. »
Pour John Gradek, nous ne sommes « qu’au début » d’une vague d’annulation de vols qui risque de continuer à s’aggraver.


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