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Quartier chinois : la Ville promet de « passer à l’action » pour lui rendre sa fierté

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C’est sur le terrain du 1111, boulevard René-Lévesque, que Claude Pinard a donné rendez-vous aux journalistes ce mardi, pour une « annonce de vision et de leadership » au sujet de l’avenir du Quartier chinois de Montréal.

Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, élu conseiller du district de Saint-Jacques en novembre dernier, a choisi cet endroit pour montrer qu’il entend apporter des changements positifs dans ce quartier mis sous tension par la crise de l’itinérance.

Le terrain, négligé pendant plusieurs années, a été nettoyé par les cols bleus pour en faire un parc temporaire.

Deux personnes, avec le budget papier sous le bras, descendent un escalier.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et le président du comité exécutif, Claude Pinard. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Acheté par la Ville de Montréal il y a quelques mois, il est la pierre angulaire de ce qu’on souhaite faire avec le Quartier chinois, affirme l'élu. La prochaine étape : des consultations avec les résidents, les commerçants et des organismes locaux, tels que le Palais des congrès et le complexe Guy-Favreau, réunis au sein d’une Alliance du Quartier chinois pour définir ce qui va y être bâti.

On veut s’assurer de construire quelque chose qui soit représentatif du Quartier chinois, qui vient remplir des besoins très, très concrets : du commerce de proximité, du logement abordable... C’est super important pour nous, assure-t-il.

Autre projet dans sa ligne de mire : un terrain situé à côté de l’Hôpital chinois pour lequel des discussions sont en cours avec le PDG d’UTILE, Laurent Levesque, en vue d'y construire du logement abordable. Cet organisme fondé en 2013 se présente comme un propriétaire à but non lucratif qui se concentre sur le marché locatif pour les étudiants.

Pour l’instant, le terrain est occupé pour le troisième été par un jardin collectif et communautaire, le Kahéhtaien Jardin Lumb. Les installations vont être déplacées, précise Claude Pinard, qui dit travailler en étroite collaboration avec les jardiniers pour trouver, dès l’an prochain, un autre espace vert.

Vue sur les bacs de jardinage au Kahéhtaien Jardin Lumb

Le Kahéhtaien Jardin Lumb est situé aux abords de l'avenue Viger, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Escouade de propreté

Sa vision du développement du quartier se porte aussi sur la rue Clark, qui peut devenir un pôle d'entrée très important, en reliant le Quartier chinois au Quartier des spectacles.

Le conseiller promet aussi des mesures immédiates de propreté et de sécurité, notamment le déploiement d'une escouade de propreté sept jours sur sept.

Une réunion se tiendra par ailleurs ce vendredi pour discuter de l'éclairage et des aménagements de sécurité dans ce secteur.

Le numéro deux de la Ville de Montréal fait son annonce alors que le plan d’action du Quartier chinois 2021-2026 arrive à son terme. L'administration dit vouloir bâtir sur ses acquis pour développer sa vision développement économique, social et urbanistique.

Des annonces, il y en a déjà eu souvent au sujet du Quartier chinois. Va-t-on vraiment voir un changement positif cette fois-ci?

Le changement majeur, c'est qu'on passe à l'action. Le changement majeur, c'est qu'on n'accepte plus le statu quo, se défend Claude Pinard lorsqu’on lui demande des précisions sur les mesures annoncées.

Des piétons traversent une intersection achalandée.

L'intersection de la rue Saint-Urbain et de la rue de La Gauchetière, en plein cœur du Quartier chinois.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Un quartier sous tension

Dans le quartier, la situation se dégrade, au point que des résidents, pourtant très attachés aux lieux, envisagent de partir. C’est le cas de Jean-Philippe Riopel, qui s’est battu pendant des années contre l'embourgeoisement du Quartier chinois et pour la valorisation de son patrimoine culturel unique.

Ce guide touristique de 42 ans est à l’origine d’un mouvement de mobilisation citoyenne lancé en 2021 pour sauver plusieurs édifices, notamment l’ancienne manufacture de cigares S. Davis and Sons et l’ancienne British and Canadian School, connue sous le nom de Maison Wing.

Tout ce quadrilatère-là était en danger d'être démoli, ou en grande partie démoli, pour construire une tour. À l'époque, c'était 20 étages, avec une possibilité de dérogation. Je me suis battu corps et âme, relate celui qui vit dans le quartier depuis plus de 20 ans.

L'homme qui a passé son enfance à sillonner les lieux avec son père, un policier communautaire très connu dans le quartier, est lui-même installé dans une maison de l’îlot. C’est dire s’il porte dans son cœur ce morceau de ville dont il a contribué à faire reconnaître l’importance patrimoniale.

Depuis l’été 2023, le Noyau-du-Quartier-Chinois, l'ancienne manufacture de cigares S. Davis & Sons et la maison Wing sont considérés comme des biens patrimoniaux au sens de la loi québécoise. Et les promoteurs immobiliers d’Investissements 1000 Saint-Urbain n’ont jamais pu construire leur tour de condominiums.

Au secours!

Mais s’il a réussi son combat contre l'embourgeoisement, c’est aujourd’hui l’aggravation de la crise de l’itinérance qui risque de chasser Jean-Philippe Riopel de son quartier bien-aimé.

Un homme porte une chemise bleue.

Jean-Philippe Riopel est muséologue et guide dans le Quartier chinois de Montréal.

Photo : MEM – Centre des mémoires montréalaises / Omid Shokoohi

C’est devenu quasiment invivable, même pour les amoureux du secteur comme moi. Incivilités, agressions, violences, toxicomanie, problèmes de santé mentale... Il n’y a pas une nuit où nous ne nous faisons pas réveiller par des cris, déplore-t-il. Des personnes en crise défèquent devant sa porte ou se masturbent, raconte-t-il, dépité.

Les résidents crient au secours, mais personne ne nous écoute, même pas les services d’urgence.

C'est pas nous contre eux, pas du tout, au contraire, précise encore Jean-Philippe Riopel. On aimerait ça que tout le monde puisse avoir un logement décent. Mais là, il y a une problématique : la concentration des ressources pour les itinérants dans le quartier, juge-t-il.

On est en voie de faire du Quartier Chinois le Downtown Eastside, alerte-t-il, se référant au tristement célèbre quartier de Vancouver, connu comme l'épicentre de l'itinérance et de la consommation de drogue dans la métropole.

Le résident n’approuve pas la création, près du Palais des congrès, de 68 logements sociaux et de transition destinés à d'anciens sans-abri de plus de 50 ans, un projet porté par la Mission Old Brewery.

Si ça se fait, c’est bien simple, je m’en vais, s’émeut-il. Car ce n’est pas vrai qu’un tel projet va aider des personnes à s’en sortir, en raison de la proximité directe avec la revente — parce qu'il y a énormément de toxicomanie et de vente de drogue dans le quartier.

En novembre 2025, la Mission Old Brewery a publié une lettre ouverte dans La Presse pour défendre son projet, invoquant la cohabitation harmonieuse avec le voisinage à proximité de ses autres résidences. L’expansion des services de soins et de logement constitue une avenue essentielle pour renverser la hausse de l’itinérance et retrouver des espaces publics sécuritaires, faisait-on valoir.

Avenir incertain

Sur les mesures envisagées pour lutter contre la crise de l’itinérance, Claude Pinard est resté assez évasif. Il reconnaît une recrudescence liée aux ravages du fentanyl et juge la situation inacceptable.

Son administration continue d’investir dans le dossier, entre autres par la création d’un comité de vigie réunissant des représentants des services municipaux, de la police et de la santé publique pour réfléchir à l'aménagement public, promet-il.

L'objectif est d'assurer la sécurité de tous, tant des personnes vulnérables que des résidents. Les brigades sociales de la Ville restent également actives pour offrir des services et relocaliser les personnes au besoin, explique-t-il.

Il rappelle l’existence d’un protocole interdisant les campements près des commerces ou des zones touristiques, tout en reconnaissant la difficulté de le mettre en œuvre : les personnes déplacées reviennent souvent le lendemain.

Jean-Philippe Riopel, de son côté, souhaite davantage de logements abordables afin de conserver la mixité du quartier et de retenir les membres de la communauté chinoise, car il y en a beaucoup qui sont à faible revenu, notamment les personnes âgées.

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