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"Quand on est de gauche, on a le devoir d’être plus exigeant que les autres"

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En accédant à la présidence du PS en 2019, Paul Magnette avait lancé une promesse : "Je serai Robespierre."

En invoquant l'Incorruptible – figure de proue de la Révolution, mais aussi de la Terreur – le message était limpide : il s'agissait de laver l'affront des scandales Nethys ou Samusocial, stigmates d'une ère Di Rupo finissante.

Sept ans plus tard, le bourgmestre de Charleroi entend transformer l'allégorie en actes. Ce lundi, le bureau du PS a validé deux chapitres cardinaux de sa refondation : l'éthique et la gouvernance. Un texte qui sera soumis aux militants d'ici la fin du semestre, et qu'il présente à La Libre.

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Le PS ou "les socialistes" ?

Cette mue du PS pourrait passer par un changement de nom – "Les Socialistes" est une piste – mais surtout par de nouveaux statuts. Paul Magnette dit repartir d'une page blanche. "Les statuts sont à un parti ce que la Constitution est à un État, pose-t-il. Si les statuts du PS n'existaient pas, il faudrait les inventer. Ce sont eux qui permettent une totale transparence sur le fonctionnement d'un parti : qui exerce les responsabilités, quelles sont ses obligations, etc."

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"La France Insoumise n'a pas de statuts. Jean-Luc Mélenchon est le chef sans avoir jamais été désigné. On ignore quand son mandat se termine, qui fixe la ligne."

Pour illustrer son propos, le président du PS n'hésite pas à piquer ses voisins français. Il fustige le modèle de La France Insoumise (LFI), que le Carolo présente comme l'exemple à ne pas suivre. "La France Insoumise n'a pas de statuts. Jean-Luc Mélenchon est le chef sans avoir jamais été désigné. On ignore quand son mandat se termine, qui fixe la ligne", tacle-t-il en rangeant cette dérive au rayon des populismes, aux côtés du Mouvement 5 Étoiles italien.

Face à ce qu'il perçoit comme un flou structurel dangereux, Paul Magnette veut au contraire renforcer l'ordre juridique interne du PS en le rendant "plus exigeant que le droit général".

Sur le plan de la déontologie, il prône ainsi une fermeté absolue car "le comportement d'un seul a des conséquences tellement catastrophiques" pour le collectif.

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Une "référente genre" à temps plein

Inspiré par les modèles nordiques et espagnols, le PS va notamment se doter d'une "référente genre" à temps plein. L'enjeu ? Prévenir les violences sexistes et sexuelles, un domaine où "rien n'existait" vraiment au boulevard de l'Empereur. Le parti instaurera des mécanismes de prévention et de sanction pour tout "comportement inadéquat". Le processus est mis en œuvre sous l'égide de Caroline Désir.

Une fois les nouveaux statuts adoptés, toute victime pourra témoigner sous le sceau de la confidentialité, et le parti s'autorisera des mesures d'éviction immédiates, indépendamment des procédures judiciaires. Une manière de combattre les violences sexuelles, et sexistes.

"Des violences sexistes, j'en vois tous les jours au Parlement, avec des propos limites", assène Paul Magnette. "Par ailleurs, quand quelqu'un (NdlR : Georges-Louis Bouchez) déclare en interview qu'il n'aimerait pas que sa femme couche dans le lit d'un autre, c'est d'un autre temps."

Les élus PS n'ont toutefois pas toujours été exemplaires en la matière… Comme lorsque, en 2018, le socialiste Eric Massin avait traité Caroline Taquin (MR) de "sa….".

"Il y a eu des sanctions à l'époque. Mais désormais, nous voulons d'abord réaliser un travail de prévention, pour former tous nos cadres, tous nos militants sur des comportements comme la drague abusive, les propos machistes, etc. Cela peut arriver partout, il ne faut pas s'en cacher", ajoute Paul Magnette.

Paul Magnette veut également franchir un cap en matière d'exemplarité.

"Par le passé, nous avons trop souvent édicté des règles éthiques après coup, une fois les dérapages constatés chez ceux qui étaient venus pour se servir plutôt que pour servir, concède-t-il. Nous ne pouvons plus attendre que les problèmes surviennent. Nous voulons instaurer un cadre de droits et d'obligations limpide, assorti de procédures de recours et de sanctions strictes."

Cette vigilance s'étend jusqu'à la communication numérique. Paul Magnette pointe ainsi le devoir de ne pas relayer de messages injurieux – visant par là, sans le nommer, les retweets du président du MR qualifiant des journalistes de "gestapistes".

Sur le plan diplomatique, la consigne est à la "vigilance absolue". Les cadeaux ou invitations émanant de pays non démocratiques, comme la Chine, sont proscrits.

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"Quand on est de gauche, on a le devoir d'être plus exigeant que les autres", martèle-t-il, opposant son camp à une droite qu'il juge par nature "plus proche du monde de l'argent". Enfin, même l'intelligence artificielle est encadrée : pas question qu'un ChatGPT ne remplace la délibération démocratique.

Le socialisme face au "mirage" radical

L'enjeu de cette restructuration dépasse la simple tuyauterie interne : il s'agit d'offrir un contre-modèle au PTB, son concurrent direct, et à la gauche radicale.

"Ces formations, qu'il s'agisse de LFI, de Podemos ou de Syriza, plafonnent ou s'étiolent car elles échouent à transformer leurs promesses en victoires concrètes", assure-t-il. Et de décocher une nouvelle flèche vers Paris : "Jean-Luc Mélenchon va se présenter pour la quatrième fois, et pour la quatrième fois, il va échouer."

Le Carolo oppose ainsi le modèle de la protestation depuis le balcon à un socialisme réformiste qui assume "l'exercice des responsabilités".

Reste une question : cette refondation suffira-t-elle à relancer la machine socialiste ? Paul Magnette devra veiller à ce que la montagne n'accouche pas d'une souris. Et que ce grand chantier ne soit pas perçu, comme le craignent certains en interne, comme un simple ravalement de façade destiné à assurer sa propre réélection à la tête du parti en 2027.

"La refondation du PS est un saut dans l'inconnu pour Paul Magnette"

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