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Par Morgane Le Cam et Philémon Barbier
Publié aujourd’hui à 12h06, modifié à 12h20Article réservé aux abonnés
ReportageDepuis décembre 2025, les déplacés des combats de la province de l’Ituri en République démocratique du Congo sont assiégés dans le camp et victimes d’attaques par l’armée régulière et une milice alliée, qui les considèrent comme des combattants du groupe armé adverse.
Leur refuge est devenu une enclave assiégée, dans laquelle certains, comme Drava, 7 ans, luttent pour rester en vie. Prostrée sur un des lits du centre médical tenu par Médecins sans frontières (MSF) dans le camp de déplacés de Plaine Savo, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la fillette au ventre gonflé et aux membres décharnés est en soin nutritionnel intensif, ce 13 juin. Orpheline, paralysée des deux jambes en raison de son état de malnutrition aiguë, Drava est arrivée au centre deux jours plus tôt, portée à bout de bras par sa sœur de 14 ans. « Elle n’a pas réussi à lui trouver suffisamment à manger. Leur mère a été tuée dans les conflits et leur père a disparu après être sorti du camp pour aller chercher de la nourriture », raconte un des médecins.
Drava, 7 ans, souffrant de malnutrition aiguë, et sa sœur de 14 ans, dans le camp de déplacés de Plaine Savo, en République démocratique du Congo, le 13 juin 2026. Le site, vaste vallée parsemée de milliers de bâches de fortune, est lové dans les collines du territoire de Djugu, la zone de la province de l’Ituri la plus meurtrie par les conflits opposant des milices à l’armée congolaise. Il fait partie des 69 camps gérés par le Haut-Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés dans la province, laquelle enregistre 1 million de déplacés. La recrudescence des violences dans la zone a empêché toute distribution alimentaire à Plaine Savo pendant plusieurs semaines. Pour les quelque 76 000 Congolais qui y vivent au ralenti, s’en extraire pour échapper à la faim revient à risquer sa vie.
Comme probablement le père de la petite Drava, un nombre indéterminé d’entre eux ont été tués par l’armée congolaise et une milice alliée alors qu’ils tentaient d’en sortir, selon de nombreuses sources humanitaires, médicales et sécuritaires rencontrées par Le Monde en Ituri. Sur les crêtes des collines encerclant la vaste cuvette où se trouve le site de Plaine Savo, leurs soldats assiègent les déplacés depuis fin 2025, dans l’indifférence générale. Pour une fois, les yeux de la communauté internationale sont pourtant rivés sur cette province isolée, située à plus de 3 000 kilomètres de Kinshasa. Mais c’est un autre sujet qui concentre l’attention. L’épidémie de maladie à virus Ebola y fait des ravages depuis fin février, sans que le gouvernement ne parvienne à la maîtriser. D’après un bilan du gouvernement congolais au 20 juillet, 967 personnes en sont mortes.
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