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Yves Ouellet entre dans la cafétéria de l’école Moisson-d’Arts, à L'Isle-Verte, où les enfants du service de garde prennent leur collation. Un garçon s’exclame : « Monsieur Yves? »
Ce à quoi M. Yves répond : Je reviens cette année. J’avais hâte de venir vous le dire!
Un chœur de youpi! s'élève spontanément parmi les élèves.
Une éducatrice renchérit : Quand j’ai dit à ma fille que M. Yves revenait, elle sautait de joie sur le divan. J’ai rarement vu des enfants aussi heureux de voir un directeur d’école revenir, raconte-t-elle.
Un enthousiasme partagé.
Pour moi, c'est pas un retour, c'est une façon de redonner. C'est pas mal ma vision de l'éducation.
Trois ans après avoir pris officiellement sa retraite, après 35 ans de carrière en éducation, M. Yves continue de travailler dans le milieu scolaire.
Que ce soit comme mentor, enseignant suppléant ou codirecteur, cet ancien professeur d’éducation physique et directeur d'école primaire espère redonner tant qu'il aura la santé.
Pendant ma carrière, j'ai demandé de l’aide, cogné à des portes. Des retraités, du monde en dehors de l'éducation, des personnes qui n'étaient pas à temps plein, ils ont accepté de venir m'aider, alors c'est à mon tour de dire oui, si je peux t'aider, je vais être là, raconte-t-il.

L'école primaire Moisson-d'Arts, à L'Isle-Verte, accueille cette année 120 élèves.
Photo : Radio-Canada / Veronique Duval
Cette année, il a accepté d’appuyer la direction des écoles primaires de Saint-Épiphane, Saint-François-Xavier-de-Viger, Saint-Paul-de-La-Croix et L’Isle-Verte.
J’appelle ça mes fins de semaine de travail, je travaille deux jours par semaine, ce qui fait que les fins de semaine de travail sont placés au milieu de la semaine puis le reste, je peux en profiter.
Passer le flambeau
Pour le Centre de services scolaire (CSS) de Kamouraska–Rivière-du-Loup, conserver ce savoir-faire est essentiel, déclare sa directrice générale, Geneviève Soucy.
Sa plus grande force, c’est de mettre l'élève au cœur de tout. Le lien d'attachement, c’est très fort pour lui. C'est quelque chose qu’il a toujours mis de l'avant. Quand il revient dans nos milieux, c’est un petit bonheur pour tout le monde, affirme-t-elle.
L'homme de 60 ans accompagne notamment les nouvelles directions d’école, amenant calme et confiance au personnel et aux parents.
C'est quelqu'un qui revient avec tout son bagage, ce qui est rassurant à la fois pour les parents, les élèves et pour le personnel. C'est précieux de pouvoir compter sur des gens qui ont encore ça à cœur.
Des conditions facilitantes
M. Yves souligne que l’ouverture du centre de services scolaire a aussi son rôle à jouer. Quand j'étais en direction, j'étais marginal, mais ils m'ont laissé créer, ils m'ont donné une latitude qui m'a gardé cette passion-là, constate-t-il.
Il mentionne l’importance de l’écoute, mais aussi de la flexibilité offerte aux directions pour la gestion des budgets.
Croire au personnel que t'as engagé, puis lui laisser de la marge de manœuvre, sans laisser tout faire, c’est encourageant, lance-t-il.

Geneviève Soucy, directrice générale adjointe du Centre de services scolaires de Kamouraska–Rivière-du-Loup, estime qu'il est précieux de pouvoir compter sur des retraités tels que Yves Ouellet, pour transmettre leur bagage et épauler la relève.
Photo : Radio-Canada / Veronique Duval
Yves Ouellet regrette que les médias braquent trop souvent leurs projecteurs sur les difficultés du monde de l’éducation, plutôt que sur les réussites quotidiennes et le dévouement des équipes-écoles.
On a des passionnés dans le monde de l'éducation, puis c'est ça qu'il faut pas éteindre. La majorité sont comme moi, ils sont là pour les bonnes raisons : l'élève.
L'importance de la joie et de la communauté
S'il avait une baguette magique, il améliorerait une seule chose.
Ce que j'améliorerais c'est le plaisir d'être dans les écoles. Ça c'est fondamental, on est tellement à la course avec les programmes de français, les maths, mais il faut accueillir nos enfants, il faut créer un lien, ça c'est primordial, estime-t-il.

Le lien entre les enseignants et les élèves est primordial, selon Yves Ouellet. (Photo d'archives)
Photo : CBC/David Donnelly
Il souhaite également que la communauté s’investisse davantage auprès de l’école.
Il faut unir les parents et l'école. Si je pouvais aller chercher davantage les parents, ce serait gagnant. Quand on amène cette fusion-là, ça fait des écoles wow! Et on en a encore des écoles wow!, souligne-t-il.
Être sur le terrain avant tout
Il est lucide face aux défis en éducation, mais croit profondément au travail de terrain pour les surmonter.
Quand les enseignants n’y arrivent plus, je les guide, puis ensemble on trouve la solution. C'est valorisant pour tout le monde. Moi, ma force c’est de travailler en équipe. On déplace des montagnes avec ça, estime-t-il.
Il estime également que les règles entourant les années d'expérience et la retraite auraient avantage à être repensées.
On perd du bagage. Il y a des personnes qui, pour se rendre à 35 ans de service, vont peut-être dépasser leurs limites physiques, et s'ils avaient pu ralentir avant, ils auraient peut-être travaillé deux ou trois jours par semaine à partir de 30 années de service, mais actuellement c’est tout ou rien, rapporte-t-il.
Pour sa part, tant qu'il aura la santé, il se voit au service des enfants.
À la base, on est tous des profs : on aime avoir de petits humains qui nous entourent, pour voir comment ils vont, puis comment on peut les aider. C'est notre rôle, alors toute ma vie, ça va être ça.


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