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Le soleil de minuit est couché depuis plusieurs semaines dans le Nord canadien. Lacs et forêts s’apprêtent à replonger dans un long hiver, réservant aux explorateurs les plus aguerris un lot de dangers et de mystères capable d'envahir jusqu'aux esprits les plus lucides.
Quel est le moment le plus effrayant, étrange ou angoissant que vous ayez vécu sur votre territoire ? À l'occasion de l'Halloween, Radio-Canada a posé la question à trois aventuriers du Nord canadien.
Un Nouvel An glacial
Avery Groenewegen, 16 ans, garde dans son journal les détails d’une histoire à faire pâlir les canoteurs de la chasse-galerie.
Il est environ 20 h lorsque la famille Groenewegen part en motoneige vers son chalet pour y célébrer la nouvelle année 2026.

La famille Groenewegen n'est pas près d'oublier le jour de l'an 2026, qu'elle a passé au fond de la forêt des Territoires du Nord-Ouest.
Photo : Fournie par Avery Groenewegen
Après quelques heures, la neige devient trop épaisse et les motoneiges n’avancent plus. Il faut abandonner le matériel.
Au lever du soleil, la famille fait un triste constat. Nous étions complètement perdus sur une mauvaise piste , raconte Avery. Il faisait -40 °C, le vent était très fort, c’était absurde.
Épuisée après des heures d’efforts et d’angoisse, la famille croise enfin un chalet. La clé est introuvable, l'espoir s’estompe.
L’expédition reprend son cours. La mère percute un arbre en motoneige et se cogne la tête. Son mari déleste le véhicule et part d'urgence avec elle pour trouver un chalet. Avery poursuit la route avec ses frères.
Ils sont éveillés depuis plus de 48 heures. Stressés, épuisés, frigorifiés et déshydratés, ils ne savent pas s’ils retourneront un jour chez eux.
La nuit tombée, Avery perd contact avec la réalité.

Perdus depuis des heures, Avery et ses frères ont travaillé sans relâche pour ouvrir la piste et redresser leurs motoneiges à des températures atteignant les -40 °C.
Photo : AFP / Fournie par Avery Groenewegen
Dans un nuage d’essence, des motoneiges apparaissent sur la piste. Toute sa famille est là et la regarde. Elle crie à l’aide, personne ne réagit.
Des visages monstrueux l’observent dans la montagne.
Puis une voix se fait rassurante. Je crois qu’à ce moment, Dieu était avec moi , dit-elle.
Au moment de retrouver ses esprits, elle est seule dans le noir.
Son père surgit en motoneige quelques heures plus tard. La famille est saine et sauve.
À l'hôpital, Avery Groenewegen évite de justesse de se faire amputer des doigts. Trois mois plus tard, elle participe aux compétitions des Jeux d’hiver de l’Arctique.
Brouillard sur le grand lac
Le Grand lac des Esclaves, aux Territoires du Nord-Ouest, couvre 27 200 kilomètres carrés et atteint une profondeur de 614 m.
Dans son bateau de 8 m (26 pi), la pêcheuse professionnelle Stéphanie Vaillancourt a déjà affronté des vagues de 4 m (12 pi).

Yellowknife se trouve au bord du Grand lac des Esclaves, le deuxième plus grand lac au pays, et le lac le plus profond de l'Amérique du Nord.
Photo : Radio-Canada / Thomas Ethier
En ce jour de septembre, elle a pris le large sur un lac calme et ensoleillé, avec sa coéquipière.
Avant d'atteindre le premier filet, un immense et opaque mur gris s’est dressé devant elles.
C’est le brouillard le plus épais que j’ai vu de ma vie, se souvient la pêcheuse.
En quelques secondes, la visibilité était réduite à 100 m. L'air est devenu très, très lourd.

Propriétaire de l'entreprise Fish on the bay, la pêcheuse Stéphanie Vaillancourt fréquente le Grand lac des Esclaves depuis 2009. Sa plus grande sensation forte, elle l'a vécue cet automne, non pas dans une tempête, mais dans un brouillard.
Photo : Radio-Canada / Mohamed-Amin Kehel
C’est physiquement étourdissant, j’étais complètement désorientée. J’avais l’impression d’être entourée d’esprits qui venaient chercher nos âmes , décrit-elle.
Navigatrice d’expérience, elle se fiait alors aveuglément à ses instruments de navigation. Si une île était apparue devant nous, il aurait déjà été trop tard , dit-elle.
J’étais sur le qui-vive, très stressée, étrangement triste et anéantie. Je me sentais tellement vulnérable, comme claustrophobe.
Les pêcheuses ont fait leur travail et sont rentrées, épuisées, vers une berge ensoleillée.
Une drôle d'odeur
Les participants de la course de traîneau à chiens Yukon Quest parcourent environ 1600 km à travers lacs et forêts, à des températures atteignant les -50 °C.
Le ranger Norman Casavant y a participé cinq fois.

Ranger au Yukon, Norman Casavant a pris part à de nombreuses expéditions en chien de traîneau, notamment avec les Forces armées canadiennes. Il compte participer cet hiver à sa sixième course Yukon Quest.
Photo : Facebook / Norman Casavant
Ce dernier insiste sur l'importance de respecter son corps. Sinon, l’épuisement, le manque de sommeil et la déshydratation peuvent avoir des effets particuliers.
On se met à avoir des hallucinations, explique-t-il
Une nuit, après un parcours éprouvant, son cerveau s'est mis à faire à sa tête.
Une forte odeur de poulet et de frites s’est mise à envahir la forêt, accompagnée de voix.
Je me suis mis à regarder autour de moi pour trouver un St-Hubert BBQ , dit-il, en parlant des populaires restaurants du Québec.
Une partie de moi savait que c'était impossible, mais l'odeur était si forte. L’hallucination prenait le dessus.
Norman Casavant n’en était pas à son premier délire en forêt. Dans ce temps-là, il faut être capable de retourner à son cœur , dit-il.
Mon cerveau cherche le poulet, mais mon cœur a choisi de faire la course Yukon Quest. Quand on peut s’accrocher aux bonnes pensées, on peut toujours reprendre le dessus.
Pour ce qui est des voix, il ne s’avance pas sur leur provenance. Il y a tellement d'ancêtres qui ont parcouru ces forêts , fait-il remarquer. Quand je les entends, je leur envoie des ondes positives.


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