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Quand les motos mènent la guerre des décibels

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La maison de Donald Thibault est nichée dans un cadre idyllique, au milieu des verts vallons de Frelighsburg, dans les Cantons-de-l’Est. Au-dessus de l’entrée, on peut lire l’écriteau « Home Sweet Home », et une véranda grillagée sur le côté permet de s’allonger à l’ombre. Puis, un bruit tonitruant déchire l’air. Un convoi de motos, dont certaines ont trafiqué le silencieux pour faire le plus de bruit possible, vient de passer. Ce n’est pas une situation isolée.

Il y a beaucoup de motos à Frelighsburg. La région est dans les circuits des guides de moto et offre des routes pavées avec de magnifiques descentes et remontées. Les commerces du village sont contents de la visite des touristes. Ce que certains ne peuvent plus supporter, c’est le bruit des motos trafiquées, et aussi la musique que d’autres transportent avec eux à tue-tête. Straight pipes, drag pipes, loud pipes, racing pipes, 50 / 50 sont autant de noms que portent ces silencieux modifiés, par ailleurs illégaux.

Officiellement, la loi interdit de modifier un silencieux pour augmenter de nombre de décibels qu’il produit. La contravention pour une telle offense tourne autour de 300 $. Mais plusieurs doutent de l’efficacité de cette mesure. Le maximum de décibels autorisé pour une moto est de 100 décibels pour un véhicule en vitesse constante et de 92 pour une moto au ralenti. Mais une minorité de motocyclistes s’amuse à contrevenir à ces règles. Pour eux, le plaisir augmente avec le nombre de décibels produits.

« Je connais un motocycliste qui a trafiqué son silencieux, dit Donald Thibault, qui a lui-même déjà conduit une moto. Il m’a dit que son budget de contravention, il considérait ça comme une taxe d’amusement ! »

Le problème n’est pas nouveau. En 2008, la communauté de Saint-André-d’Argenteuil s’était associée au Comité d’action politique motocycliste et à la Fédération motocycliste pour mener une campagne de sensibilisation pilote, avec distribution de feuillets aux motos. « J’ai eu vent de ça, raconte Michel Bertrand, l’ancien conseiller municipal de Cap-Santé, qui a repris le concept pour le répandre partout au Québec. C’est énorme, la souffrance pour les gens qui entendent ce bruit l’été, la fin de semaine, ce sont des milliers de motocyclistes qui passent. »

Dans les regroupements de clubs motocyclistes, on est conscient de la nuisance que représentent les silencieux de motos trafiqués.

« Ça dérange beaucoup les résidents de certaines routes, reconnaît Jeannot Lefebvre, du Comité d’action politique motocycliste du Québec. Parce qu’on aime bien se promener sur les routes numérotées, être capable d’apprécier le paysage. Mais pour ceux qui habitent là en permanence, qui entendent passer les motos qui font beaucoup de bruit et qui ne font pas attention, ça crée des problèmes. C’est ce qui a amené certaines municipalités à envisager sérieusement de bannir les motos de leur territoire. »

Des actions insuffisantes

Au bas de la route qui mène de chez M. Thibault au village voisin d’Abercorn, on peut voir le panneau où est inscrit « Merci pour votre respect » avec un pictogramme qui montre une moto avec une paire d’écouteurs ou de coupe-son. Ce pictogramme a été conçu par la Fédération motocycliste du Québec. Il y a aussi, périodiquement, des campagnes de sensibilisation, en collaboration avec la MRC de Brome-Missisquoi. Mais pour la mairesse de Frelighsburg, Lucie Dagenais, ces mesures ne sont pas suffisantes.

« La dernière campagne était en 2023. Et je dois vous dire qu’au niveau du bruit et de la nuisance, je ne vois pas vraiment d’effet. Il faut toujours refaire et refaire. À mon sens, c’est une question d’éducation et une question de conscientisation qui, de toute évidence, n’est pas partagée par tout le monde », dit-elle.

Pourtant, les motos, lorsqu’elles sont à l’état d’origine, ne posent pas problème. « On en a contre ceux qui enlèvent volontairement leur silencieux et s’arrangent, dans le fond, pour que leur moto soit plus bruyante qu’elle ne devrait l’être, précise-t-elle. Ceux-là, on ne peut pas les manquer. Et le bruit qu’ils font en passant ou en démarrant empêche les gens de s’entendre parler. »

Les plaintes liées au bruit ne peuvent pas être traitées à la municipalité, précise-t-elle, elles doivent être acheminées à la Sûreté du Québec. Mais la Sûreté du Québec n’a pas répondu aux appels du Devoir dans ce dossier.

« La seule solution, c’est plus de présence policière, plus d’émissions de contravention et, surtout, une loi qui change au niveau de l’amende qui est donnée », croit la mairesse Dagenais.

Attendre que les règlements changent

Hélène Bélanger, qui vit à Portneuf et qui entend régulièrement des motocyclistes circuler à des kilomètres de chez elle, plaide aussi pour qu’on impose un 48 heures aux motocyclistes délinquants, qui les sommerait d’enlever leur silencieux modifié dans les plus brefs délais.

À la Fédération motocycliste du Québec, Christian Bergeron n’est pas emballé à l’idée que le montant des contraventions soit haussé pour les délinquants, même si la Fédération s’oppose à la modification des silencieux. « On recommande aux gens de ne pas modifier les échappements », dit-il.

Selon lui, c’est une quête de liberté qui emmène certains motocyclistes à adopter un tel comportement. « Certains vont avoir un comportement téméraire. D’autres vont se promener tranquillement, mais ils vont aimer le son que ça dégage, parce que ça donne un petit côté, on appelle ça “viscéral”. Certains vont dire c’est un beau bruit. Ils entendent leur moto. Mais en même temps, la liberté s’arrête aux libertés de l’autre », convient-il.

Certains pensent aussi qu’avoir une moto bruyante les protège des accidents, parce que cela signale leur présence. C’est faux, rétorque Michel Bertrand. Le bruit que font les motos ne se diffuse ni devant, ni sur les côtés de la moto, mais bien à l’arrière de l’engin.

En attendant que les règlements ne changent, Lucie Dagenais espère que les motocyclistes délinquants disparaîtront par une sorte d’attrition.

Début juin, Hélène Bélanger et Donald Thibault signalaient une légère baisse des décibels ostentatoires. En espérant que ça dure jusqu’à la fin de l’automne.

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