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Pilier important de notre économie circulaire, le recyclage des métaux est une industrie essentielle, mais ô combien complexe, coûteuse et non dénuée de risques. Dans cet écosystème où la solution et le danger coexistent, il arrive que le remède flirte avec le poison. Toute la question est alors de savoir quand et où tracer la ligne.
La Ville de Montréal en a fixé une, ferme, qu’elle a appliquée la semaine dernière à La compagnie américaine de fer et métaux, une multinationale plus connue sous le nom d’American Iron & Metal (AIM). Sa décision de révoquer tous les permis d’exploitation du chef de file mondial dans la récupération et le recyclage du métal est un signal fort indiquant que les avertissements ne peuvent pas s’additionner sans fin. On salue sa clarté et sa fermeté.
Le sort a voulu que, le jour même de cette annonce, les Montréalais se soient réveillés avec une puissante odeur de brûlé et un panache de fumée. En cause ? Une batterie en feu dans un amas de ferraille au siège social d’AIM, dans Montréal-Est.
Les deux événements étaient fortuits, ont affirmé les parties concernées. Reste que cet alignement imprévu des planètes a eu l’heur de rendre plus concrets les risques inhérents à ce genre d’industrie dans un secteur dense et bordé par un parc-nature et un terrain de golf.
Il faut avoir l’honnêteté de le dire : ce métier est difficile. Ce n’est pas une science exacte, encore moins une industrie sans risques. Incendie, pollution des airs, contamination des sols, bruit intense, poussière, fumée toxique, brûlure : la liste est longue et se poursuit encore. Cela dit, si le risque zéro apparaît comme impossible à atteindre, le risque maximum qu’on est prêt à tolérer, lui, devrait être absolument non négociable.
Et c’est là que le bât blesse. Plusieurs signaux recensés ces dernières années auront permis de tracer le portrait d’une compagnie qui échoue à se conformer aux attentes de la Ville. Non sans conséquences.
En février 2025, Le Devoir avait levé le voile sur un rapport faisant état de dépassements préoccupants de biphényles polychlorés (BPC) et de certains métaux, dont l’arsenic, sur le site montréalais. Sur 10 périodes d’échantillonnage en octobre 2024, 8 dépassaient la norme de 0,01 microgramme de BPC par mètre cube sur une période de huit heures, le plus élevé atteignant 41 fois la norme. Le problème a persisté. Le 3 novembre 2025, une concentration de BPC dépassant 90 fois la valeur permise a été mesurée près du site.
Difficile pour la compagnie qui traite 4,5 millions de tonnes de ferraille par an de se défiler. Des études indépendantes ont confirmé le lien de cause à effet entre les activités d’AIM et les polluants mesurés dans l’air ambiant, dont les BPC. Or, depuis, AIM a échoué à fournir un plan jugé crédible lui permettant de se conformer aux exigences de la Ville.
Forte de 135 sites dans le monde, AIM est habituée à jongler avec diverses autorités. La société fondée par Peter Black — aujourd’hui dirigée par son fils Herbert Black, un philanthrope bien connu de la communauté montréalaise — estime ainsi que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) veut laver plus banc que blanc avec son nouveau règlement sur les rejets de polluants dans l’atmosphère. Le jugeant « discriminatoire », « abusif », « déraisonnable » et « illogique », elle le conteste devant les tribunaux, tout en assurant, d’autre part, respecter les normes fixées par la CMM.
Le problème, c’est que ce n’est pas à AIM de tracer la ligne ou de juger si son interprétation des normes est bonne. C’est à la CMM et à la Ville, et cela, avec les lumières de la Direction régionale de santé publique de Montréal. Celle-ci mène présentement une enquête épidémiologique pour évaluer les risques pour la santé associés aux polluants émis et mesurés sur le site d’AIM. Les résultats seront fondamentaux pour déterminer la suite à donner à ce bras de fer.
Quant à Ottawa et à Québec, leur lit est fait. Le fédéral a déjà la compagnie dans son collimateur, selon La Presse. Elle lui reproche d’avoir rejeté des BPC dans un parc de l’arrondissement d’Anjou jouxtant son usine de Montréal-Est, lesquels auraient potentiellement voyagé des égouts pluviaux jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Quant au ministère québécois de l’Environnement, il lui a imposé 18 sanctions de 2012 à 2024, pour des manquements constatés dans plus d’une dizaine de municipalités différentes.
Ce dossier jette une lumière crue sur la difficulté pour de grosses entreprises comme La compagnie américaine de fer et métaux ou encore Stablex et Terrapure, qui ont récemment fait les manchettes pour des doléances similaires, à se conformer aux règles locales où elles s’implantent. À plus forte raison quand ces règles deviennent plus exigeantes dans un monde qui court à sa perte dans l’autre sens en déréglementant à qui mieux mieux sous l’impulsion du voisin états-unien.
Ce n’est pourtant pas aux Montréalais — et, plus largement, aux Québécois — de se plier au modèle d’affaires de ces géants. Leur statut de partenaires essentiels vers une économie circulaire responsable ne vient pas avec un sauf-conduit.


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