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Quand le désengagement de l'État devient obscène (et totalitaire)

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La définition classique du totalitarisme renvoyait en gros à un État exorbitant, une variante du « trop d’État » des économistes néolibéraux, mais dans des proportions astronomiques, un Léviathan à la puissance 10, une machine administrative cosmique étouffant toute initiative individuelle, toute liberté – et toute joie de vivre évidemment.

Pourtant, en ce début de XXIe siècle, l’Histoire opère un curieux virage : le totalitarisme par excès d’État cède la place, dans nos démocraties décadentes, à un totalitarisme par défaut d’État.

Ce phénomène se traduit par une démission à présent avouée, délibérée et ouvertement revendiquée de la puissance publique. L’État ci-devant « républicain » (ils ignorent ce qu’était la République romaine, les pauvres choux !) abandonne ses frontières, ses territoires, son patrimoine, ses espaces publics et privés, ses citoyens honnêtes et travailleurs (et uniquement eux) à une immense béance, un trou noir politique.

Toutefois, en politique comme en physique, un vide absolu n’existe pas. Même dans la zone de vide d’un baromètre de Torricelli, il subsiste un peu de mercure en suspension. Ce que l’État refuse d'assumer n’est pas récupéré par la liberté, mais par la loi de la jungle, par la violence brute – mais protégée – des casseurs et de la racaille.

Les honnêtes gens, les braves gens qui travaillent, réparent la casse – avec leurs bras et avec leurs portefeuilles – et paient des impôts insoutenables n’ont pas été libérés par ce retrait de l’État régalien et même social ; ils ont été, purement et simplement, désarmés et livrés aux hordes.

L’aveu des préfectures : l’État se soumet au chaos

Lorsque la Préfectures de police de Paris en est réduite à publier des communiqués enjoignant les commerçants à recourir à des sociétés de sécurité privées pour protéger leurs vitrines face aux émeutiers, un cap historique est franchi. On pourra s’interroger des heures durant sur les ambiguïtés de telles déclarations… Il n’empêche : au bout du bout, c’est une authentique capitulation de la force publique.

Le contrat social républicain classique (qui disparaît aussi vite que disparaissent les vrais commentateurs de Jean-Jacques Rousseau) reposait sur un principe non négociable. Le citoyen acquittait impôts et taxes en échange d’une contrepartie absolue. L’État assurait la sécurité des personnes et des biens et, lors de rares défaillances, il garantissait aussi l’ultime recours à la légitime défense.

Aujourd’hui, la perte est double.

Non seulement l’État n’assume plus ce fameux « monopole de la violence légitime » dont on nous rebat les oreilles avec nostalgie, comme on parlerait d’un ancêtre lointain et regretté : un policier, un gendarme, un soldat même, n’a pas le droit de dégainer une arme létale ou non létale. L’État le traiterait en criminel et l’expédierait derrière les barreaux.

Mais surtout, avec une perversité sans nom, l’État incite les citoyens à la défense privée, à l’autodéfense, en sachant pertinemment que ses juges rouges – jamais licenciés, ni sanctionnés – enverront les victimes en prison à la moindre blessure d’une de leurs chères racailles surprotégées, et a fortiori s’il y a mort d’homme.

C’est ainsi toute idée de sécurité qui s’effondre, que la défense émane de la res publica, comme de la res privata. Pour dire les choses plus clairement : le peuple, mais aussi ses militaires et fonctionnaires sont livrés par l’État-zombi, pieds et poings liés à la racaille ultraviolente, ivre d’une impunité totale, protégée à des dimensions lovecraftiennes et totalement assurée qu’elle ne risque rien.

Bref : inviter le secteur privé à suppléer les forces de l’ordre ne revient pas seulement à privatiser un ordre public qui, de toute façon, n’existe plus. C’est un simple symptôme. En réalité, l’État-zombi est un État-racaille. Il ne restera bientôt plus que des apparatchiks, pervers et psychopathes, magistrats compris, enfermés dans des bunkers, et des hordes de barbares achevant de détruire le peu qu’il nous reste et, bien évidemment, de nous massacrer.

Le piège mortel : l’impunité à géométrie variable

Ainsi, le cynisme, la perversité du désengagement atteint son paroxysme lorsque l’on observe l’impasse juridique dans laquelle l’État-racaille et les magistrats-loubards jettent les braves gens. C'est un jeu pervers, inique : la puissance publique demande au secteur privé de faire écran, mais l’appareil judiciaire ne lui concède aucune légitimité pour le faire. Réfléchissez une minute : la force publique elle-même a été castrée par l’État, vous croyez peut-être qu’une force privée pourra faire le travail ?

En droit, le cadre de la légitime défense reste d'une sévérité absolue pour les citoyens et les vigiles privés. Mais je dis des bêtises ! Car de nos jours, le cadre de la légitime défense est devenu tout aussi répressif et inique pour les fonctionnaires, soldats, militaires et autres « gens d’armes ». Alors, n’ayez aucun doute ! Un marchand ou un vigile qui fait usage de la force pour empêcher le saccage d'un magasin s’expose immédiatement aux foudres des magistrats-loubards, c’est-à-dire des magistrats-bobos (cela revient au même), ivres d’impunité eux aussi.

Je gage que dans les salons feutrés de Dame Justice, on va connaître une épidémie d’ascite et de cirrhose du foie… Le champagne et le bon vin coulent à flots, l’alcoolisme idéologique accompagnant l’autre alcoolisme, avec éventuellement un p’tit rail de coke. On les imagine bien, ces juges et ces procureurs, bobos-loubards dans leurs soirées mondaines (ou syndicales) ! Les yeux injectés de sang, les babines retroussées, les crocs prêts à mordre, la bave qui coule, ricanant comme des hyènes : — Hi, hi, hi, on va bolosser les victimes ! Ha, ha, ha, quel spectacle, mes chers collèèèèèègues, des vols, des viols, des incendies ! Ho, ho, ho, comme c’est drôôôle ! C’est grave l’éclaaate ! Mélenchon président ! Et à l’unisson : — hu, hu, hu, hu, hu ! Accompagnés par Bribri et Macron devant la télé : — hi, hi, hi, ho, ha, ha, ha, hu, hu, hu hi, hi hi, hiiiiiiiii, haaaaa, ha, atchoum !

Aujourd’hui, pour nos policiers et nos gendarmes, nos soldats, et pour absolument tout le monde, la légitime défense est devenue une fiction juridique. La sécurité publique et privée ne survit plus que dans des romans de science-fiction. Paralysés par la peur de la judiciarisation, du lynchage médiatique et des enquêtes de l’IGPN, ceux qui portent l'uniforme sont désarmés – et les autres encore bien davantage ! Si l’État abandonne ses propres guerriers face aux tribunaux, quel message envoie-t-il aux personnes privées ? Celui d'une inversion totale des valeurs : le délinquant bénéficie de toutes les complaisances procédurales, les autres subissent la double peine de l’insécurité physique et du massacre pénal.

Pour un retour de l'État fort

C’est là l’obscénité. La France subit une pression fiscale record, mais les contreparties s’effondrent, s’écroulent. Le peuple finance un État qui ferme ou détruit tout, mais le peuple – à genoux – est encore tenu de clamer sa « résilience » et doit s’excuser, tout bonnement, d’exister.

Le totalitarisme par défaut d’État ne supprime pas les règles, au contraire : il est terriblement normatif, peut-être plus normatif que l’URSS de Staline. Il supprime l’ordre.

Il dissout le lien national en transformant une communauté de destin, forgée par des siècles d'Histoire, en une jungle d'individus livrés à la loi du plus fort. Lorsque l’État renonce à être le protecteur des frontières et le garant de l’autorité, il ne reste plus que le chaos.

Il est grand temps de restaurer un État fort, recentré sur ses missions régaliennes, qui remette les valeurs de travail, de mérite et d’ordre au centre de la table. Sans autorité souveraine, il n'y a plus de liberté possible pour les honnêtes gens.

IN NOMINE ORDINIS !

Florian Mazé

Professeur de lycée, écrivain

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