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Il y a un nombre record de ouananiches dans le lac Saint-Jean cette année, une première depuis 1996. Si l’espèce est en bonne posture aujourd’hui, c’est grâce aux efforts d’un comité scientifique mis sur pied il y a une vingtaine d’années.
C’est une longue histoire de gens et une longue histoire de science, explique Sonya Lévesque, coordinatrice de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Elle et son équipe font partie de ce comité né de l’urgence de sauver l’espèce, alors en plein déclin au début des années 2000. La ouananiche ainsi que sa principale source de nourriture, l’éperlan, sont au cœur des études de Sonya Lévesque depuis le tout début de sa carrière.
Le constat est le même pour deux autres membres du comité : Marc Archer, directeur général de la Corporation LACtivité pêche, et Karine Gagnon, biologiste au ministère de l’Environnement. Dès leurs premiers pas en biologie, ils ont eux aussi placé ce saumon d’eau douce au centre de leurs préoccupations.

La passe migratoire de Dolbeau-Mistassini permet de comptabiliser le nombre de ouananiches en montaison.
Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu
Cette passion est palpable lorsqu’on rejoint Karine et Marc à la passe migratoire des ouananiches, située sur la cinquième chute de Dolbeau-Mistassini. Maudit qu’elles sont belles! s’exclame Marc Archer, toujours émerveillé par les prises, même après plus de 40 ans dans le domaine.
Les données recueillies à la passe migratoire permettent de calculer le nombre de poissons reproducteurs. Les pêcheurs sportifs sont également mis à contribution en fournissant des questionnaires détaillés et des échantillons d’écailles au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. À cela s'ajoutent les données issues de la pêche traditionnelle au filet des Innus de Mashteuiatsh. Cette science participative a largement fait ses preuves au fil des ans.

C'est la première fois en 30 ans qu'autant de ouananiches sont comptabilisées.
Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu
Chaque année, on se rencontre, on fait le bilan des montaisons et de nos différents projets, on met tout cela en commun et on formule des recommandations pour la gestion de la pêche, explique Karine Gagnon.
Il y a eu beaucoup d'études pour qu'on soit aussi confiants sur notre gestion aujourd'hui.

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La nuit, les larves d'éperlans sont mieux réparties dans le plan d'eau.
Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu
Au fil des recherches, le comité a compris le rôle essentiel de l’éperlan pour la survie de la ouananiche. Il ne suffisait pas d’ensemencer, il fallait aussi concentrer les efforts sur la reproduction de sa proie. Des frayères ont ainsi été aménagées en 2017 et en 2023.
De plus, chaque été depuis 30 ans, une équipe de techniciens de la faune du ministère de l’Environnement effectue un décompte des larves d’éperlans pour suivre la population. Cette opération, qui se déroule en pleine nuit pour faciliter l’échantillonnage, fournit des données précieuses.
C'était une vision audacieuse pour le comité scientifique de l'époque de vouloir réévaluer nos connaissances et de se dire : ''regardons ce que nous disent les données''. Nous avons complètement changé notre approche. C'était une vision d'avenir, quelque chose qui se faisait très peu à l'époque. Quand on regarde ce qui se fait ailleurs avec la ouananiche, on voit rarement cela, note Sonya Lévesque.

Sonya Lévesque est coordinatrice de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’UQAC.
Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu
Le lac Saint-Jean abrite d’ailleurs la plus grande population naturelle de cette espèce au monde.
Un succès presque trop grand
Ça va trop bien, il en monte beaucoup trop! s’étonne Marc Archer. Si ce nombre exceptionnel de reproducteurs recensés à la passe migratoire est une excellente nouvelle, les pêcheurs doivent maintenant être au rendez-vous pour rétablir l’équilibre. Sans cela, les ouananiches deviendront trop nombreuses pour la quantité de nourriture disponible.
Il y a probablement quatre fois moins de pêcheurs aujourd'hui qu’en 1975, remarque le biologiste de formation.

Un pêcheur à la mouche à Dolbeau-Mistassini.
Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu
C’est précisément pour recréer cet équilibre que la saison de pêche a été ouverte 15 jours plus tôt qu’à l’habitude en mai dernier. De plus, la pêche hivernale sera permise pour la toute première fois. Marc Archer espère que la relève répondra à l'appel.
La ouananiche se rapproche beaucoup moins des berges et y reste moins longtemps, car il y a moins de menés au bord du lac. Elle se tient au large. Pour aller la chercher, cela prend un bateau de 100 000 $ et le véhicule pour le remorquer. Il y a eu une grosse désaffection.
Ces observations sur la rareté des poissons-fourrages près des rives interpellent maintenant le comité scientifique. À l’UQAC, des recherches sont menées sur ces petits poissons, d’une grande importance à l’équilibre de tout l’écosystème.


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