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Avant de se produire au Mélo, à La Noce et au Festif ! cet été, le quintette indie rock oui merci présentera gratuitement vendredi au Cha Cha, bar de Sainte-Thérèse, sur la Rive-Nord, les chansons de son deuxième album, La distance n’est pas vraiment là, paru en février dernier.
Le Devoir retrouve au restaurant Miami Deli la claviériste Mathilde Joncas, le bassiste Laurent Massie, le guitariste Marc-Antoine Lavallée et le batteur Gabriel Couture, ainsi qu’en photo Ludovic Leblond, guitariste qui a récemment fixé ses pénates dans le Bas-Saint-Laurent.
Ce désir de quitter Montréal pour le Bas-du-Fleuve faisait partie des réflexions qui habitaient certains membres du groupe au moment de la création de la suite de son premier opus, ok bebye, paru en 2023.
Partir ou rester… les cinq complices originaires de Lanaudière, dont la vie à Hochelaga a soudé l’amitié et vu naître oui merci, craignaient que s’installe entre eux une distance, habitués à vivre à proximité les uns des autres. Elle n’est finalement pas vraiment là.
Outre cette période charnière qui méritait d’être évoquée en titre, l’album porte les traces du Moulin du Bic, lieu enchanteur dans le Bas-Saint-Laurent où la bande a effectué une résidence de création au son d’une chute qui, avec son bourdonnement constant, faisait partie du décor tant visuel que sonore.
« Il y a quelque chose de plus délicat, de plus déposé dans les chansons, fait observer Gabriel. On était entourés de nature, on se baignait dans la rivière. Ce calme s’est peut-être reflété en musique » — on pense spontanément à Kamouraska et à Comment on va faire.
« Ça nous donnait le goût de laisser le son prendre de l’espace, se développer par lui-même et jouer tranquillement », fait remarquer Laurent. Sans compter que jouer le matin chez leur hôte, « ça ne nous donnait pas le goût de bûcher », renchérit Marc-Antoine.
Composer autrement
La bande a approché sa création autrement, de l’écoute des squelettes — textes, mélodies, accords —, composés individuellement, à l’habillage en groupe des chansons.
« Pour ok bebye, on passait des jours et des jours dans notre local d’Hochelaga à répéter le même bout de toune jusqu’à en être écœurés », relate Gabriel. « On aime beaucoup les beaux arrangements détaillés — on avait mis la gomme là-dessus », dit Laurent.
Cette fois-ci, le groupe ne s’est pas attardé longuement à chaque pièce, laissant plutôt venir l’inspiration sans trop retoucher les morceaux par la suite afin d’en préserver l’essence. « On travaillait vite, on faisait plus confiance à notre instinct et on fonçait », raconte Laurent. « On allait là où la toune voulait aller, sans chercher une sonorité en particulier », ajoute Marc-Antoine.
Le groupe s’est également prêté à un nouvel exercice avant d’arranger les chansons : prendre le temps d’expliquer ce que chaque composition signifiait pour la personne la signant, de comprendre les émotions véhiculées — une approche qui a ensuite teinté la façon de jouer du quintette.
Si oui merci n’est pas rendu à composer artistiquement avec la distance entre Montréal et Trois-Pistoles, il pressent néanmoins qu’il misera à l’avenir sur les séjours de création. « C’est ça, le plus le fun, avoir le temps d’entrer dans une bulle », affirme Laurent.
Coréaliser avec une idole
oui merci a fait équipe avec l’une de ses idoles, le claviériste François Lafontaine, qu’il a rencontré au FRIMAT, à Val-d’Or, où il jouait en première partie de Karkwa. « C’était un rêve : on ne pensait pas qu’on ouvrirait un jour pour Karkwa ni qu’il ferait un retour, se souvient Laurent. Après le show, François nous a dit qu’il tripait sur notre musique. »
oui merci lui a peu après proposé de coréaliser son prochain album, offre qu’il a acceptée sur-le-champ. « Il ne nous a pas parlé en premier du budget. Il nous a dit : “Je veux travailler avec vous, allons prendre un verre !” indique Laurent. Il nous a dit que ça le touchait beaucoup, qu’on lui demande de collaborer. C’est un gentleman qui a les pieds sur terre, un tripeux qui veut faire de la bonne musique ! »
« Il prenait le pouls de tout le monde parce que, pour lui, nos opinions étaient importantes, poursuit Mathilde. Il nous faisait sentir comme si c’était lui qui était chanceux d’être là. » « Travailler avec lui, c’était le fun musicalement, mais on est vraiment devenus amis, souligne Marc-Antoine. Et ça, en musique, c’est vraiment précieux. »
Face à la crise de la solitude dont elle entend parler, Mathilde s’estime d’ailleurs extrêmement choyée de jouir d’une gang tissée aussi serrée. Mais maintenant que Ludovic n’est plus leur voisin, elle sait qu’il faudra nourrir l’amitié autrement. « C’est facile quand on habite à cinq minutes de marche et qu’on a des projets ensemble. »
Pour en prendre soin, de son amitié, la bande se réserve des moments de « chillage », regarde le hockey — « C’est tellement récent, ça ! » lance Gabriel en s’esclaffant — et évite de trop parler du groupe lorsqu’elle fréquente d’autres amis. « Cultiver un bon vivre-ensemble, c’est important : on est plus ouvert aux idées des autres quand on ressent de l’empathie parce qu’on sait ce que l’autre vit », conclut Mathilde.
Et depuis que Ludo a déménagé, les Hochelagais et le nouveau Pistolois ont déjà pris le temps de se voir. La distance est donc là, mais sans l’être vraiment.


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