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Des Québécois qui ont acquis, ces dernières années, une propriété neuve souffrant de vices de construction souvent bien cachés ont subi d’importants contrecoups. Désemparés, certains n’ont d’autre choix que de se tourner vers les tribunaux dans l’espoir de faire corriger les lacunes de leur immeuble.
Lorsque Claudette Crevier a acquis, en 2020, un logement dans une tour de 16 étages fraîchement construite à Brossard, elle a jugé qu’elle n’avait pas besoin de recourir aux coûteux services d’un inspecteur en bâtiment pour valider l’état des lieux, puisque « c’est neuf et qu’il y a une garantie légale ». « J’aurais dû ! » constate-t-elle aujourd’hui.
En effet, dans les années qui ont suivi, elle et d’autres copropriétaires ont noté une série de problèmes dans leur immeuble d’une soixantaine de logements. Des déficiences ont notamment été relevées dans les systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation, tandis que certains logis ont écopé d’infiltrations d’eau qui seraient liées à des vices de construction.
De coûteux travaux correctifs ont ainsi fait gonfler les frais de copropriété des occupants de l’immeuble ces dernières années, relève Mme Crevier, qui associe les problèmes notés dans ce bâtiment à la décision de l’entrepreneur général qui l’a bâti d’opter pour de l’équipement de « moins bonne qualité » pour « couper » dans ses dépenses.
« Une bataille sans fin »
Après avoir échoué à faire couvrir par leur garantie pour immeubles résidentiels les travaux nécessaires pour corriger les lacunes décelées dans l’immeuble, les copropriétaires ont décidé, par l’entremise de leur syndicat, d’entamer, en décembre 2023, un recours devant la Cour supérieure pour forcer leur entrepreneur à agir. « C’est une bataille sans fin qui coûte beaucoup d’argent aux copropriétaires en honoraires d’experts et d’avocats », soupire Mme Crevier, qui espère que le dossier se conclura dans les prochains mois.
Elle n’est d’ailleurs pas la seule à garder un souvenir amer de son acquisition d’une propriété neuve. Dans les Laurentides, un homme (qui a requis l’anonymat parce qu’il a signé l’an dernier une entente de gré à gré avec son ancien entrepreneur et craint des représailles de ce dernier) a raconté au Devoir avoir fait construire en 2023 le bâti d’un chalet, dans la municipalité de Brownsburg, dont il a terminé lui-même l’intérieur.
Travaillant dans le milieu de la construction, il a supervisé le chantier et il y a relevé plusieurs erreurs. Un drain de fondation a été mal installé par les employés de l’entrepreneur, tandis que les fermes de toit ont été posées « tout croches », évoque-t-il. « C’est du laxisme », déplore celui qui a alors tenté à plusieurs reprises, en vain, de convaincre l’entrepreneur de corriger cette « série de vices ».
« J’ai eu des menaces physiques — on me menaçait de me frapper, on me menaçait au téléphone que, si j’allais sur mon chantier, j’étais pour me faire battre », lance celui qui a alors porté plainte à la Sûreté du Québec et à la Régie du bâtiment. Le dossier s’est finalement réglé par une entente à l’amiable et l’homme a pu faire terminer ce chantier par un autre entrepreneur. Il évalue tout de même à 10 000 $ ses pertes financières au terme de cette douloureuse saga.
Ron Pagé, pour sa part, a eu la mauvaise surprise de constater, quelques mois après l’achat d’une maison neuve à Saint-Jérôme, en décembre 2017, que les tuiles en céramique qui tapissaient l’entièreté de celle-ci devaient être remplacées parce qu’elles avaient été mal installées.
« Il a fallu décoller les moulures des murs, enlever toutes les meubles-lavabos, les bols de toilettes… Bref, vider la maison pour que [l’entrepreneur] puisse enlever la céramique et recommencer », relève M. Pagé. Ces travaux ont été effectués aux frais de l’entrepreneur, mais ils ont tout de même causé bien des maux de tête à l’acquéreur, qui a dû être relogé temporairement, avant de s’installer de nouveau dans son nouveau logis. « Tout ça a été très pénible, très difficile pour moi », raconte M. Pagé.
« Une culture de la qualité » à bâtir
À l’échelle de la province, le volume des plaintes reçues par la Régie du bâtiment du Québec concernant des constructions neuves « demeure relativement faible », indique celle-ci par courriel. Une augmentation a toutefois été notée en 2024-2025, alors que huit plaintes ont été reçues, contre quatre l’année précédente.
Des « histoires d’horreur », Yves Joli-Coeur en entend d’ailleurs souvent. « L’achat d’un immeuble neuf reste aléatoire, encore aujourd’hui. C’est un risque inacceptable pour le consommateur », lance l’avocat et président du Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec, qui déplore l’absence d’une « culture de qualité du bâti » au Québec.
« On manque de logements et on déprécie la copropriété », poursuit M. Joli-Coeur, qui constate que plusieurs Québécois ont « perdu confiance » envers ce type de logements en raison de problèmes relevés dans plusieurs tours construites ces dernières années, notamment à Montréal et à Québec. « C’est déplorable. »
Dans ce contexte, une réflexion de fond s’impose, estime l’Ordre des architectes du Québec (OAQ), qui tiendra un vaste chantier à cet effet afin de permettre aux différents acteurs du milieu de la construction de trouver des moyens d’améliorer la qualité de la construction dans la province. Un premier forum, qui réunira plus de 300 personnes, aura lieu en mai prochain. « On l’a vu, il y a eu des drames personnels qui ont été assez épouvantables, puis ça nous a tous arraché le cœur d’une certaine façon », relève le président de l’OAQ, Pierre Corriveau, qui constate que « tout le monde est de bonne foi en disant qu’il faut que ça change ».
Cet exercice mènera à terme à une série de recommandations à l’intention du gouvernement du Québec et de l’industrie de la construction afin d’améliorer durablement la qualité des bâtiments qui seront construits ici.
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