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Une fois par mois, Le Devoir fait un bref saut dans le passé en présentant et en remettant en contexte une photo d’archives de l’agence Magnum. Aujourd’hui : le débarquement de la baie des Cochons.
C’est un Fidel Castro à l’air posé, son fidèle cigare au bec, qui jette un regard vers ce qui reste des avions américains déployés dans le but de renverser son régime quelques heures auparavant. La photo, prise par le photojournaliste Bob Henriques, est drôlement dans l’air du temps. Avec les menaces américaines envers Cuba qui persistent depuis des mois, elle fait dire à celui qui la regarde : plus ça change, plus c’est pareil.
Castro était reconnu comme un dirigeant qui n’avait pas peur d’aller se mettre le nez dans l’action. Après que la bataille fut terminée et que les exilés cubains soutenus par les Américains eurent été vaincus, le chef d’État a marché à travers les marécages jouxtant la plage, où de nombreux rebelles ont été encerclés puis capturés.
« Castro considérait qu’il était de son devoir d’être présent en première ligne », explique Isaac Saney, professeur spécialisé dans l’histoire de Cuba et en études noires à l’Université Dalhousie, à Halifax. À ses yeux, la photo représente « la défaite de l’impérialisme américain qui tentait d’imposer son hégémonie sur Cuba et de renverser le projet révolutionnaire ». « C’est aussi la prise de conscience des dommages causés, car des gens sont morts, et des dommages que les États-Unis étaient prêts à subir. »
On sait que l’auteur du cliché, Bob Henriques, aujourd’hui décédé, n’était pas l’un des photographes officiels de l’agence Magnum. Il est surtout connu pour ses photos de vedettes de cinéma, notamment Marilyn Monroe, du mouvement des droits civiques du début des années 1960 et de la Révolution cubaine.
Un renversement raté
Le débarquement de la baie des Cochons, c’est la tentative, par environ 1400 exilés cubains, soutenus par les États-Unis, de renverser militairement le régime de Fidel Castro. À l’époque, les Américains jugent que Cuba mène une politique économique défavorable à leurs intérêts et se rapproche dangereusement de l’URSS. L’opération avait été planifiée et organisée par la CIA sous le gouvernement de Dwight D. Eisenhower, mais elle a été lancée au début du mandat de John F. Kennedy.
« John F. Kennedy y était totalement opposé. Kennedy savait que c’était un mauvais plan et que ce n’était pas une bonne idée, mais le processus était trop avancé pour pouvoir être arrêté », précise John Kirk, professeur émérite d’études latino-américaines à l’Université Dalhousie. « Il a donc décidé d’aller de l’avant. »
Mais Cuba était prête. « Le gouvernement cubain savait qu’une invasion allait avoir lieu, car, parmi les 1400 exilés recrutés à Miami, beaucoup avaient la langue bien pendue et avaient révélé à leur entourage qu’une invasion se préparait », explique le professeur. En l’espace de trois jours, du 17 au 19 avril 1961, l’opération se solda par 114 morts et près de 1200 prisonniers dans le camp anticastriste, ainsi que par la perte de quatre pilotes civils américains dont la CIA avait tu l’identité aux responsables politiques.
La résistance cubaine est devenue « une source d’inspiration pour l’Amérique latine, car la baie des Cochons a démontré que non seulement une révolution est possible, mais qu’on peut aussi la défendre face à la puissance américaine », note Isaac Saney.
Les menaces de Trump et Rubio
La fin des années Obama a marqué un renouveau dans les relations américano-cubaines. En 2015, les deux pays ont restauré leurs relations diplomatiques et, en 2016, celui-ci fut le premier président américain à visiter l’île dans le cadre de ses fonctions depuis 1928.
Mais ce rapprochement a été rompu par le gouvernement Trump lors de son premier mandat, et les tensions ont atteint leur paroxysme ces derniers mois sous sa deuxième présidence. Selon John Kirk, toute la carrière politique de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain et fils d’exilés cubains, a été consacrée à lutter contre le régime cubain. « Marco Rubio est déterminé à entrer dans l’histoire comme l’exilé cubain qui a provoqué la chute du régime à Cuba », fait-il remarquer.
Plusieurs tactiques sont employées pour mettre à genoux le régime cubain, comme empêcher le tourisme américain sur l’île, qui représente l’une de ses sources principales de revenus. En plus de l’embargo en vigueur depuis 1962, Washington impose désormais un blocus pétrolier à Cuba, n’ayant autorisé qu’un seul pétrolier, russe, à accoster depuis janvier. Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a d’ailleurs récemment dénoncé le « niveau dangereux et sans précédent » des menaces d’agression militaire de Donald Trump.
« Cuba se trouve acculée au mur. Elle n’a plus d’alliés idéologiques, et doit faire face à la fois à une crise économique et à une crise politique à cause de Donald Trump », observe M. Kirk.
Avec Simon Gionet


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