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Quand Donald Trump se prend pour Napoléon Ier avec son projet d'arc de triomphe

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Donald Trump a pris le temps cette semaine, alors que l'actualité internationale et américaine était particulièrement chargée, de présenter trois nouvelles propositions architecturales pour son projet d'«Independence Arch» à Washington (ou Memorial Circle Arch). Les trois rendus rappellent clairement l'Arc de triomphe de la place de l'Étoile à Paris, même si l'un d'eux se distingue par des ornements dorés, dans la lignée des choix décoratifs de Donald Trump pour le Bureau ovale de la Maison-Blanche.

The Independence Arch. pic.twitter.com/I7GnQAH9Ko

— The White House (@WhiteHouse) January 23, 2026

Commandé en vue du 250e anniversaire de la signature de la déclaration d'indépendance des États-Unis, le 4 juillet 2026, cet arc de triomphe s'inscrit dans une longue tradition de monuments célébrant les victoires militaires, des empereurs romains à Napoléon Bonaparte.

Ce projet de monument participe ainsi pleinement de la politique étrangère de Donald Trump et de l'ambition qu'affiche ce dernier de voir les États-Unis étendre leur contrôle sur l'«hémisphère occidental» –une orientation que le président a lui-même baptisée la «doctrine Donroe». Mais une question demeure, largement posée: alors que le projet copie l'Arc de triomphe, monument emblématique s'il en est, un hommage personnel est-il vraiment la manière la plus pertinente de marquer l'anniversaire de la rupture des États-Unis avec le pouvoir absolu et la monarchie britannique?

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L'«Arc de Trump»

Lorsque Donald Trump a présenté pour la première fois, en octobre 2025, des maquettes de l'arche envisagée, un journaliste lui a demandé à qui elle était destinée. Donald Trump a répondu: «À moi. Ce sera magnifique.» Dans une déclaration faite en décembre, le président a affirmé que la nouvelle arche «sera comme celle de Paris, mais pour être honnête avec vous, elle la surpasse. Elle la surpasse à tous les niveaux». Une exception toutefois, a-t-il précisé: «La seule chose qu'ils ont, c'est l'histoire. […] Je dis toujours que c'est la seule chose avec laquelle on ne peut pas rivaliser, mais nous finirons par avoir cette histoire nous aussi.»

Le président américain est manifestement convaincu que son arche contribuera à forger cette histoire. «C'est la seule ville au monde d'une telle importance qui ne possède pas d'arc de triomphe», a-t-il déclaré à propos de Washington, DC. Prévue à proximité du cimetière national d'Arlington et du mémorial de Lincoln, l'implantation placerait la nouvelle structure en dialogue visuel avec plusieurs des monuments les plus emblématiques de la capitale fédérale.

Le projet s'inscrit par ailleurs dans une série d'initiatives destinées à laisser l'empreinte de Donald Trump sur le paysage bâti de Washington: les transformations apportées à la Maison-Blanche en 2025, avec notamment la minéralisation du célèbre Rose Garden, la décoration du Bureau ovale dans un style rococo doré, ou encore la démolition de l'aile est de la Maison-Blanche (East Wing) pour permettre une extension de la salle de bal estimée à 400 millions de dollars (334,5 millions d'euros). Surnommé l'«Arc de Trump», le projet est désormais la «priorité absolue» de Vince Haley, directeur du Conseil de politique intérieure de la Maison-Blanche.

Triomphe et architecture

L'Arc de triomphe de Paris, situé au sommet des Champs-Élysées, est une commande de Napoléon Ier en 1806 pour honorer l'armée impériale française après sa victoire à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805). Il ne sera achevé qu'en 1836, sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe (1830-1848), dernier roi de France.

Les architectes du projet, Jean-François Chalgrin et Jean-Arnaud Raymond, se sont inspirés des arcs antiques, en prenant pour modèle principal l'arc de Titus à Rome (vers 85 de notre ère). Celui-ci fut érigé par l'empereur Domitien (51-96 de notre ère), tyran cruel et ostentatoire, populaire auprès du peuple mais en conflit permanent avec le Sénat, dont il avait restreint le pouvoir législatif. L'arc fut commandé par Domitien pour célébrer à la fois l'apothéose de son frère Titus et sa victoire militaire contre la rébellion en Judée.

Par ses références, l'arche proposée par Donald Trump ne renvoie à aucun élément de conception spécifiquement américain. Son style néoclassique s'inscrit en revanche dans la continuité de monuments plus anciens, eux aussi inspirés de l'Antiquité.

Le Washington Monument, par exemple, adopte la forme d'un obélisque égyptien. Ce pilier à quatre faces, qui s'amincit en s'élevant et se termine par une pyramide, rend hommage au dieu solaire Rê. Mais il intégrait aussi un élément destiné à symboliser les avancées technologiques et l'esprit d'innovation américain: un pyramidion en aluminium. Lorsque l'obélisque a été achevé en 1884, l'aluminium était un matériau rare, le procédé permettant de le raffiner n'étant pas encore maîtrisé. Le sommet du monument constituait alors la plus grande pièce d'aluminium moulé au monde.

Un combat de valeurs

L'arc de triomphe voulu par Donald Trump s'inscrit dans un débat de longue date sur les monuments publics et sur ce qu'ils disent des valeurs qu'une société choisit de mettre en avant. Ainsi, pendant le mouvement Black Lives Matter, de nombreuses statues de figures historiques ont été retirées de l'espace public, car elles étaient perçues comme glorifiant le racisme et l'impérialisme. Donald Trump a depuis fait remettre en place au moins une statue confédérée renversée à cette période; son ambition d'ériger un monument à sa propre personne ne saurait donc surprendre.

Sous le régime des lois Jim Crow (1877, abrogées en 1964), qui ont institutionnalisé la ségrégation raciale, puis durant le mouvement des droits civiques, le nombre de monuments consacrés aux soldats et aux généraux confédérés a connu une nette hausse.

De la même façon que le déboulonnage de ces statues relevait d'un geste politique, l'érection d'un nouveau mémorial destiné à promouvoir la lecture positive que Donald Trump propose de l'histoire nationale en constitue un autre. Le projet s'intègre d'ailleurs dans la mission revendiquée par son administration de «restaurer la vérité et la raison dans l'histoire américaine».

Reste une question plus immédiate: l'«Independence Arch» pourra-t-il seulement voir le jour d'ici au 4 juillet, jour de la fête nationale? Un défi de taille, même pour ce président. Quant à son accueil, l'histoire tranchera.

The Conversation

Garritt C. Van Dyk est maître de conférences en histoire à l'université de Waikato (Hamilton, Nouvelle-Zélande).

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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