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Quand Donald Trump ébranle la pierre angulaire de la sécurité internationale

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Après le choc de l’intervention militaire brutale lancée par les États-Unis contre le Venezuela, la déclaration solennelle : devant le Conseil de sécurité, réuni d’urgence lundi matin, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, s’est dit une fois de plus « profondément préoccupé par le non-respect des règles du droit international » par les États-Unis de Donald Trump et a rappelé, par la voix de son adjointe Rosemary DiCarlo, l’impératif du plein respect de ce droit pour maintenir « la paix et la sécurité internationale ».

« Dans des situations aussi confuses et complexes que celle à laquelle nous faisons face, il est important de respecter les principes », notamment « la souveraineté, l’indépendance politique et l’intégrité territoriale des États », a-t-il dit.

Un message fort lancé depuis une instance faible, que le président américain vient certainement d’affaiblir davantage après avoir lancé, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, ses forces armées contre l’État d’Amérique du Sud pour faire tomber son président, Nicolás Maduro. Le populiste a affirmé dans la foulée que Washington allait prendre le contrôle du Venezuela et — surtout — de son industrie pétrolière, dans un geste défiant non seulement la souveraineté d’un pays, mais aussi la crédibilité de l’ONU et (surtout) de son sacro-saint Conseil de sécurité.

« L’influence du Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas été seulement affaiblie par l’intervention américaine au Venezuela, elle a été anéantie », souligne Elvira Domínguez-Redondo, professeure de droit international à l’Université Kingston, jointe par Le Devoir au Royaume-Uni. « L’ONU a été créée pour prévenir une troisième guerre mondiale. La pierre angulaire de ce projet était l’interdiction du recours à la force armée, autorisée uniquement en cas de légitime défense, et la création du Conseil de sécurité, doté de pouvoirs exceptionnels, pour maintenir la paix par l’action collective. »

« Or, cette logique a été vidée de son sens au fil des décennies, du Kosovo à l’Irak, en passant par la Syrie et l’Ukraine, où les violations de ces règles sont devenues systématiques par les États chargés de faire respecter le système », ajoute-t-elle. Les États-Unis, mais aussi le Royaume-Uni, la France et la Russie sont du nombre.

Et en présentant une fois de plus son opération militaire sur un territoire étranger comme « moralement justifiée et exceptionnelle », Washington vient une fois de plus de miner la fondation d’un ordre mondial qui avait déjà été passablement érodée.

« L’intervention américaine au Venezuela constitue une violation flagrante du droit international qui ne relève pas de la légitime défense, mais vise clairement un changement de régime. La détention de Maduro s’apparente, elle, à un enlèvement », résume en entrevue Daniel Hellinger, professeur émérite de relations internationales à l’Université Webster, au Missouri, et auteur de plusieurs essais sur le Venezuela et son pétrole. « Cette opération va avoir des effets déstabilisateurs majeurs tant sur cette région du globe que sur le système du droit international. Le régime Trump a indiqué qu’il était prêt à agir de la même manière contre d’autres gouvernements qui refusent d’accepter l’hégémonie américaine régionale et mondiale. » Et tout cela vient ajouter à l’instabilité ambiante, selon lui.

Lundi, la première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, a prévenu d’ailleurs qu’une attaque militaire des États-Unis contre le Groenland viendrait sonner « la fin de tout », et ce, après que Donald Trump eut réaffirmé dimanche son intention de faire passer ce territoire autonome danois sous le giron américain. Au nom de la sécurité nationale des États-Unis. Il a aussi menacé la Colombie et Cuba, laissant tous ces pays et leurs gouvernements face à la perspective d’une protection internationale de plus en plus inexistante.

« Légitime défense »

« Dès lors que l’interdiction du recours à la force est considérée comme facultative par les membres du Conseil de sécurité de l’ONU et que la légitime défense est invoquée dans toutes les circonstances, d’autres États vont pouvoir utiliser la violence comme moyen rapide de régler leurs différends », dit Elvira Domínguez-Redondo.

« Le Conseil de sécurité est le seul organe habilité à imposer des sanctions juridiquement contraignantes à tous les États. Il n’y en a pas d’autres. Lorsque les États les plus puissants sont protégés de sanctions importantes », comme c’est le cas actuellement pour la Russie après sa guerre d’invasion lancée contre l’Ukraine et comme cela risque d’être le cas pour les États-Unis après son attaque du Venezuela, « le système cesse de fonctionner », ajoute-t-elle.

« Les États-Unis viennent de perdre toute crédibilité, autorité morale et politique pour s’opposer désormais à des invasions lancées par d’autres grandes puissances ailleurs dans le monde », analyse Bruce Cronin, spécialiste en droit international au City College de New York, en rappelant la poursuite de la conquête du territoire ukrainien par Moscou et une possible attaque de Taïwan par la Chine, qui cherche depuis des années à mettre la main sur ce territoire démocratique et autonome qu’elle considère comme l’une de ses provinces.

Un bouleversement spectaculaire de l’ordre mondial, et ce, 80 ans à peine après la fondation de l’ONU, que Donald Trump ne cesse de vouloir rapprocher d’une date d’expiration, avec une constance et des contradictions de plus en plus troublantes.

Lundi, le président « de la paix », comme il aime se présenter depuis son retour à la Maison-Blanche, a réussi à faire sortir son homologue colombien de son pacifisme notoire après avoir menacé la Colombie du même sort que le Venezuela. « J’avais juré de ne plus toucher à une arme depuis l’accord de paix de 1989 [qui a entraîné en partie la démobilisation de la guérilla en Colombie]. Mais, pour la patrie, je reprendrai les armes », a écrit Gustavo Petro sur le réseau X, prouvant ainsi qu’à force d’être placé par Donald Trump sur un point de bascule, le monde est finalement bel et bien en train de basculer.

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