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Les niveaux de dioxyde de soufre (SO2) ont récemment enregistré d’importants pics d'émissions pendant trois jours consécutifs au centre-ville de Rouyn-Noranda, ravivant les inquiétudes de citoyens malgré la baisse historique des rejets de la Fonderie Horne.
Le 3 août dernier, Romain et Cynthia, deux touristes venus de Lyon, en France, effectuent une promenade autour du lac Osisko, à Rouyn-Noranda. Avec leurs deux enfants, ils parcourent le Québec en voiture. Arrivés du Témiscamingue, ils font une halte dans la Capitale nationale du cuivre en avant-midi avant de reprendre la route vers Mont-Tremblant.

Romain et Cynthia, des touristes venus de Lyon, en France, se demandaient ce qui faisait tousser leur famille lors de leur promenade autour du lac Osisko.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
On était en train de marcher et vers la statue [L’enfant Lumière, NDLR], on s’est mis à tousser, à avoir la gorge irritée et un peu moins de respiration au niveau des poumons. Toute la famille a toussé et on ne savait pas ce que c’était, raconte le père de famille.
Romain et Cynthia n’ont pas la berlue. En ce lundi 3 août, les niveaux de dioxyde de soufre (SO2) enregistrés à la station de mesure du centre-ville, sur la rue Mgr Rhéaume Est, montrent d’importants pics d’émissions pour une troisième journée consécutive.

D'importants pics d'émissions de SO2 ont été enregistrés au centre-ville de Rouyn-Noranda du 1er au 3 août.
Photo : Ministère de l'Environnement
Le ministère de l’Environnement décrit le dioxyde de soufre comme un un gaz incolore à l’odeur âcre et piquante, dont les concentrations dans l’air ambiant sont généralement très faibles sans la présence d’une source industrielle.
La Fonderie Horne, dont le procédé de traitement de minerai produit du SO2, a grandement diminué ses émissions dans le dernier demi-siècle. En bonne partie grâce à la construction de l’usine d’acide sulfurique, à la fin des années 1980, les émissions de dioxyde de soufre sont passées de 600 000 tonnes en 1980 à un peu moins de 10 000 tonnes en 2023.
Malgré ces améliorations, plusieurs citoyens de Rouyn-Noranda, comme André Gagnon et Martine Cournoyer, disent subir régulièrement des désagréments importants en raison des émissions de SO2.
C’est un air qui te prend dans la gorge et ce n’est vraiment pas plaisant.

Martine Cournoyer et André Gagnon estiment que les émissions de dioxyde de soufre détériorent la qualité de vie à Rouyn-Noranda.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Moi, ça me fait une barre dans le front, automatiquement, renchérit André Gagnon. On sent l’espèce de goût dans la bouche, comme si on se mettait une cenne noire. Et la difficulté de respirer à un moment donné, ça brûle dans la gorge.
Un peu plus loin le long de la piste cyclable, Zoé Asselin affirme pour sa part ne pas ressentir d’effets particuliers lorsque les émissions de SO2 sont élevées.
J’ai été à l’école Notre-Dame-de-Protection au primaire, donc je me suis beaucoup habituée au goût de la mine, ça ne me fait pas tousser, mais dans mon entourage, beaucoup de monde s’en plaint. Je ne tousse pas, je n’ai pas de réactions, mais je le goûte, témoigne-t-elle.

Zoé Asselin, qui a fréquenté l'école Notre-Dame-de-Protection étant plus jeune, dit être maintenant habituée au «goût de la mine».
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Prenant une marche de santé durant leur pause du dîner, Eden, Lina et Gabrielle ont aussi ressenti la présence du SO2 dans l’air.
Effectivement, on le goûte, ça nous pogne un petit peu dans la gorge. On travaille tous au laboratoire de l’hôpital de Rouyn-Noranda. Ce n’est pas à chaque jour nécessairement, mais on ressent les effets quand même lorsqu’on est dans l’hôpital, raconte Eden, qui croit que le gaz s’infiltre parfois dans la ventilation pour pénétrer dans son lieu de travail.

Eden, Lina et Gabrielle, qui travaillent à l'hôpital, aimeraient voir la Fonderie Horne améliorer son bilan en matière d'émissions de dioxyde de soufre.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Pas cancérigène, mais...
Selon l’institut national de la recherche scientifique (INRS), le dioxyde de soufre n’est pas cancérigène. Plusieurs experts ont néanmoins déjà soulevé que le contaminant n’était pas sans risques pour la santé, en particulier chez les aînés et les enfants. Les risques grimpent également de façon linéaire en même temps qu’augmente la présence du SO2 dans l’air.
Les personnes vulnérables, qui souffrent par exemple d’asthme ou de maladies respiratoires chroniques, sont les plus susceptibles de voir leur santé affectée ou leurs difficultés respiratoires exacerbées lors des pics d’émissions de SO2.
Pour le Regroupement vigilance mines de l’Abitibi et du Témiscamingue (REVIMAT), la situation n’est pas acceptable. Le groupe surveille les pics d’émissions de SO2 à Rouyn-Noranda et effectue une publication sur sa page Facebook lorsque la qualité de l’air s’en trouve affectée.
Je me mets dans la peau de personnes qui ont des problèmes au niveau respiratoire, au niveau santé. Ce sont vraiment des poussées assez fortes de SO2, on est vraiment dans le plafond, mentionne le porte-parole du REVIMAT, Marc Nantel, en faisant notamment référence aux émissions importantes qui ont marqué la période du 1er au 3 août.
On ne peut pas faire semblant qu’on ne dérange pas la population et que si ça n’a pas un effet cancérigène, ce n’est pas important. Comme tout citoyen corporatif, ils ont une obligation de respecter l’entourage où ils vivent.

Marc Nantel, porte-parole du Regroupement vigilance mines Abitibi-Témiscamingue. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
M. Nantel se désole de voir les fortes émissions de SO2 être considérées comme une fatalité. Il estime que le combat pour la réduction des émissions des métaux lourds - qu’il juge essentiel - fait de l’ombre au problème que représente le dioxyde de soufre.
« C’est de laisser entendre que si on se compare à pire, c’est pas si mal. C’est vraiment une stratégie de communication connue d’essayer de relativiser en disant : écoutez, il y a toujours pire que ça, donc ce n’est pas grave », déplore-t-il.
Marc Nantel soutient avoir présenté par le passé un portrait de la cartographie des émissions de dioxyde de soufre à des représentants de la Ville de Rouyn-Noranda.
« Leur première réponse a été : Eh bien, c’est juste le soufre. Pour l’instant, ce n’est pas notre préoccupation. Notre préoccupation, c’est le cancer », relate-t-il.

Les cheminées de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
En entrevue, le maire de Rouyn-Noranda, Gilles Chapadeau, dit se surprendre de cet énoncé. Il assure que la Ville prend au sérieux tous les types de contaminants.
« C’est global. Évidemment, ce qui est cancérigène, c’est drôlement important. On a dit qu’il faut qu’ils travaillent là-dessus pour s’améliorer. La question du dioxyde de soufre doit aussi être prise en compte. Je ne pense pas que du côté de la Ville, il y ait quelqu’un qui a dit : je ne trouve pas que c’est important cette situation-là », affirme-t-il.
Un appel à faire mieux
Comme plusieurs des citoyens rencontrés par Radio-Canada, Marc Nantel aimerait voir la Fonderie Horne améliorer son bilan en matière d’émissions de SO2.
Lors de la préparation de cet article, Radio-Canada a formulé trois demandes distinctes d'entrevue à la Fonderie Horne : le 3 août, le 5 août et le 10 août. Ces demandes ont toutes été refusées. Le directeur des affaires publiques et de l’engagement de l'entreprise, Francis Beauvais, a fourni par courriel une déclaration écrite.
« Certains phénomènes météorologiques peuvent occasionner ce qu’on appelle un rabattement de panache : les gaz normalement évacués en hauteur redescendent alors vers le sol, ce qui peut entraîner une perception accrue d’odeur dans certains secteurs », indique-t-il pour commencer.
« Pour limiter l’impact sur la communauté, nous avons mis en place un système de contrôle intermittent (SCI) des émissions de SO2. Ce système permet de ralentir les opérations au Convertisseur Noranda (CVN) lorsque les conditions de vent risquent d’affecter la ville. Grâce à ce système, nous réduisons volontairement nos émissions en période sensible, ce qui contribue à limiter les épisodes d’odeur perçue dans les quartiers environnants », peut-on ensuite lire dans la déclaration.

Francis Beauvais, directeur des affaires publique et de l'engagement pour la Fonderie Horne. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
Sur son site web, la Fonderie Horne affirme récupérer plus de 96 % du soufre dégagé lors de son processus grâce à l’usine d’acide sulfurique.
Pour André Gagnon, le problème réside dans la répartition des 4 ou 5 % de dioxyde de soufre qui sont relâchés dans l’air.
On parle du 5 %, mais c’est comme si ce 5 % était dans des pics, à des moments donnés. Peut-être que le reste de la journée ou de la nuit, c’est tranquille, mais pendant ces 5 % de pics-là, on est mal, fait-il remarquer.
Le maire Chapadeau est sans équivoque. Selon lui, la situation actuelle n’est pas acceptable. Il estime que plusieurs des millions de dollars promis par Glencore pour moderniser la Fonderie Horne doivent servir à améliorer son rendement en ce qui a trait aux émissions de SO2.
La Fonderie Horne doit en faire plus, c’est clair. Je l’ai répété à maintes reprises. On entend parler de Rouyn-Noranda trop souvent pour les mauvaises raisons. Il faut que ce soit derrière nous et qu’ils en fassent plus.

Le maire de Rouyn-Noranda, Gilles Chapadeau. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jessica Lesage
Prévisibilité demandée
En attendant d’éventuelles améliorations, Marc Nantel soutient que les citoyens de Rouyn-Noranda sont en droit de savoir, à l’avance, quand la qualité de l’air sera détériorée.
« Un, c’est important d’aviser qu’il va y avoir des émissions, et deux, pendant la période d’émissions, d’avoir des compteurs affichés à des coins de rue où on pourrait lire : voici, on est à telle hauteur et de mettre un code de couleurs pour que les citoyens qui marchent dans ce coin-là sachent qu’ils sont exposés. C’est la moindre des choses qu’ils pourraient faire », mentionne celui qui aimerait que ce principe soit appliqué par la Fonderie Horne pour l’ensemble des contaminants qu’elle émet.
Je me mets dans la peau d’un enseignant qui sait que, entre 10 h et midi, il va y avoir une poussée de SO2. Je ne sortirai pas avec mes élèves. Je vais suivre les indications de la santé publique et je vais fermer les fenêtres pour que les jeunes ne soient pas exposés.
En 2024, en entrevue avec Radio-Canada, la directrice environnement pour les opérations cuivre en Amérique du Nord chez Glencore, Marie-Élise Viger, avait indiqué que l’entreprise pourrait regarder un peu plus en détail s’il y a un moyen d’aviser ou d’informer les gens que, pendant un certain temps, ils pourraient sentir ou percevoir la présence de dioxyde de soufre à certains moments.
Aucun mécanisme n’a été mis en place depuis.


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