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Qu’est-ce qui a mené à la réforme de l’éducation en Ontario?

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Après avoir évoqué pendant des mois son désir d’éliminer des postes de conseillers scolaires, le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Paul Calandra, s’apprête à déposer un projet de loi. Ce ne sera que le dernier d’une série de bouleversements dans la gouvernance scolaire depuis son entrée en poste il y a un an.

Quelques semaines avant la période des candidatures pour les élections scolaires, le ministre s’est fait évasif au sujet de l’avenir des postes de conseillers scolaires.

Nous allons publier une nouvelle législation dès que nous reviendrons en Chambre [...] et je pense qu’il y aura une importante mise à jour a-t-il dit lors d’une mêlée de presse, le 2 avril.

Mais cette réforme se fait toujours attendre : les députés ont passé la semaine suivante dans leur circonscription. Ils reviennent en Chambre le 13.

Des groupes du milieu scolaire, et les partis de l'opposition accusent le gouvernement de sous-financer l’éducation. 

Paul Calandra pointe plutôt du doigt les conseils scolaires et leur modèle de gouvernance dépassé pour les problèmes dans les écoles.

D’ailleurs, il a déjà imposé une série de changements et multiplié les interventions personnelles auprès des conseils scolaires.


Mars 2025 : Paul Calandra est assermenté comme ministre de l’Éducation

Son ancien portefeuille (Logement et Affaires municipales) est transféré à Rob Flack.

Peu après son entrée en poste, Paul Calandra évoque des préoccupations concernant les dépenses de certains conseils scolaires.


Avril 2025 : un premier conseil scolaire est mis sous tutelle

Le ministre met sous tutelle le Thames Valley District School Board (TVSDB), dans le sud-ouest de la province.

À partir de ce moment, les décisions qui relèvent habituellement des conseillers scolaires sont plutôt prises par un superviseur nommé par la province.

Paul Calandra est intervenu à la recommandation de la firme PwC, qui avait été engagée pour produire un rapport sur les problèmes de ce conseil scolaire.

Le TVDSB affichait un déficit depuis plusieurs années. Pourtant des cadres du conseil avaient pris part à une retraite de 40 000 $ à l’hôtel de l’ancien SkyDome de Toronto en août 2024.


Mai 2025 : dépôt d’un projet de loi pour accroître les pouvoirs du ministre

Le ministre de l’Éducation dépose le projet de loi 33 à Queen’s Park.

Cette mesure vise à permettre au ministre de prendre le contrôle des conseils scolaires problématiques plus facilement et pour un plus large éventail de raisons.

Il pourra mettre des conseils sous enquête pour n’importe quel motif d’intérêt public, et pas seulement pour des raisons financières. L’enquête pourra également être menée par des vérificateurs du ministère au lieu d’examinateurs indépendants.

Des manifestants criant des slogans contre le projet de loi 33 et tenant des affiches dénonçant le projet de loi et des drapeaux aux couleurs d’associations représentant les enseignants en Ontario.

Quelques centaines de personnes ont pris part à une manifestation devant Queen’s Park, afin de dénoncer l’adoption du projet de loi 33 qui donne plus de pouvoir au ministre de l’Éducation Paul Calendra (novembre 2025).

Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé

Ce projet de loi donne au ministre un droit de veto sur le nom des écoles.

De plus, il oblige les conseils scolaires à collaborer avec les services policiers pour participer au controversé programme d’agents dans les écoles.


Juin 2025 : quatre autres conseils scolaires mis sous tutelle

Quatre conseils scolaires de plus sont mis sous tutelle pour des raisons financières, incluant le conseil scolaire public anglophone de Toronto (TDSB).

Le ministre nomme des superviseurs qui auront pour tâche de redresser les finances de quatre organismes.

Tous les conseils scolaires de la province sont mis en garde - même ceux qui font des surplus : si la prise de décision ne priorise par le succès des élèves et les ressources pour les enseignants, je n’hésiterai pas à intervenir.


Août 2025 : le ministre évoque une possible abolition des postes de conseillers scolaires

Dans une entrevue avec CBC, Paul Calandra indique que son but est d’améliorer la qualité du service dans les écoles.

Si cela implique d’éliminer les conseillers scolaires, alors je le ferai , a-t-il déclaré.

Il assure que la province respectera néanmoins les protections constitutionnelles dont bénéficient les conseils scolaires francophones et catholiques.


Novembre 2025 : le projet de loi 33 est adopté

Les syndicats d’enseignants, les organismes franco-ontariens et les partis de l'opposition ont multiplié les sorties publiques contre le projet de loi 33 depuis son dépôt.

Ils dénoncent ce qu’ils considèrent être une ingérence du ministre de l’Éducation dans des affaires habituellement gérées par des conseillers démocratiquement élus.

Les francophones s’inquiètent particulièrement que les pouvoirs accrus du ministre mettent en danger leur droit à un système scolaire entièrement géré par des francophones.

Le gouvernement assure toutefois à plusieurs reprises qu’il respectera les droits constitutionnels des francophones et des catholiques.

Une section de la loi précise d’ailleurs que tous les pouvoirs exercés par le ministre doivent être compatibles avec les aspects linguistiques ou culturels des conseils scolaires de district de langue française.

Malgré les critiques, le projet de loi est adopté sous bâillon et reçoit la sanction royale le 20 novembre.

Le gouvernement a aussi ordonné à tous les conseils scolaires de créer des bureaux d’assistance pour répondre aux parents qui ont des préoccupations dont ils feraient normalement part à leur conseiller scolaire.


Décembre 2025 : un conseil scolaire mis sous tutelle grâce à la nouvelle loi

Seulement quelques jours plus tard, le ministre se sert de ses pouvoirs accrus pour mettre un sixième conseil scolaire sous tutelle.

Le conseil scolaire public anglophone Near North, basé à North Bay, a été ciblé non pas pour des raisons financières, mais en raison d’un dysfonctionnement profond et d’une mauvaise gestion.

Le conseil avait été mis sous enquête après d’importants retards dans l’ouverture d’une nouvelle école.

Paul Calandra annonce qu’il assurera lui-même le rôle de superviseur pour ce conseil en attendant d’en nommer un autre.

Il choisira finalement de garder le rôle.

Des élèves dans une salle de classe.

Il y a 72 conseils scolaires en Ontario. Huit ont été mis sous tutelle par la province au cours de la dernière année.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms


Janvier 2026 : un 7e conseil supervisé par la province

Le conseil scolaire public de la région de Peel est à son tour placé sous supervision provinciale de manière provisoire.

Ce conseil, en déficit budgétaire, prévoyait la mise à pied de 60 enseignants, ce qui aurait causé une perturbation importante de l’apprentissage pour près de 1400 élèves, selon un communiqué du ministère de l’Éducation.

Le nombre croissant de conseils scolaires sous tutelle inquiète notamment l’Association canadienne des libertés civiles.

Lorsque les gouvernements écartent les voix des élus locaux, ils sapent les principes démocratiques, déstabilisent les systèmes éducatifs et réduisent au silence les communautés que les écoles sont censées servir, écrit-elle dans un communiqué quelques semaines plus tard.


Mars 2026 : une lettre du ministre cause la controverse

Le conseil scolaire catholique anglophone de York est lui aussi placé sous tutelle le 5 mars, notamment en raison de ses difficultés financières. Le gouvernement confirme en même temps qu’il a nommé un superviseur pour le conseil de Peel.

Deux semaines plus tard, Paul Calandra s’attire à nouveau les foudres de l'opposition, cette fois pour des directives concernant les cérémonies de diplôme des écoles.

Dans une lettre envoyée aux conseils scolaires, il indique que ce n’est pas le moment pour les organisateurs de discuter de questions controversées ou source de division, quelles qu’elles soient.

Il exige que les conseils révisent leurs protocoles pour s’assurer que ces événements soient apolitiques et strictement axés sur les élèves.

Deux autobus sont stationnés devant un immeuble en brique.

Les critiques accusent le ministre Calandra de microgestion auprès des écoles et des conseils scolaires.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Le ministre spécifie que si ces directives ne sont pas respectées, il n’hésitera pas à employer tous les outils à sa disposition en vertu de la Loi sur l’Éducation.

Les partis de l’opposition ont accusé le gouvernement de chercher à étouffer ses critiques, sur les talons du projet de loi 33 et des compressions dans les prêts et bourses pour les étudiants.

La cheffe néodémocrate Marit Stiles a qualifié la missive d’insultante lors de la période de questions du 25 mars.

Nos classes n’ont pas besoin de l’ingérence politique de ce ministre, elles ont besoin d’aide-enseignants !

Images aériennes des bureaux du Toronto District School Board à North York.

Les bureaux du conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB) à North York.

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell


Avril 2026 : coupures de postes au TDSB

Lors de la mêlée de presse du 2 avril, Paul Calandra a dit qu’il croyait que les conseils sous supervision provinciale étaient maintenant sur le bon chemin.

Le TDSB, et franchement, tous les conseils supervisés font ce qu’ils ont à faire pour revenir sur la bonne voie et on en voit les résultats, a-t-il déclaré.

Le TDSB, qui est le plus gros conseil scolaire du pays, venait d’annoncer l’élimination de 40 postes de directeur adjoint dans ses écoles. 

Le ministre estime qu’il y aura 5000 inscriptions de moins dans ce conseil scolaire l’an prochain, ce qui justifie en partie cette décision.

Quelques jours plus tard, le TDSB a révélé qu’il s’attendait aussi à supprimer environ 289 postes d’enseignement dans ses écoles primaires et secondaires.

La section locale du syndicat représentant les enseignants du primaire s’est dite prise de court par cette annonce.

Ces coupures vont faire augmenter le nombre d’élèves par classe et faire disparaître les soutiens aux élèves, pendant que les parents n’entendent que du silence de la part du superviseur trop payé et sous-qualifié choisi par les conservateurs a dénoncé la néodémocrate Jessica Bell dans un communiqué.

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