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Protéger l’un des derniers écosystèmes boréaux de la planète n’est peut-être pas si simple

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L’un des derniers écosystèmes boréaux presque intacts de la planète est sur le point d’obtenir une protection au Manitoba. Mais cette protection comporte aussi sa part de risques, préviennent des spécialistes.

Le projet vise à soustraire le bassin-versant de la rivière Seal, une région isolée du nord du Manitoba, au développement et à l’exploitation des ressources en créant deux parcs — l’un provincial et l’autre national — sur un territoire de 50 000 kilomètres carrés. Les gouvernements du Manitoba et du Canada collaborent avec quatre Premières Nations afin que toute mesure de protection privilégie également une utilisation durable du territoire par les populations qui en dépendent.

Toutefois, dans un contexte d’accélération des changements climatiques, certains spécialistes estiment que la création de ces parcs dans la forêt boréale — et l’activité humaine qu’elle entraînera inévitablement — pourrait accélérer la dégradation du bassin-versant, situé à quelque 1000 kilomètres au nord de Winnipeg, à l’ouest de la baie d’Hudson.

Un bassin-versant quasi intact

À l’heure actuelle, le bassin-versant est considéré comme intact à 99,97 %, pratiquement vierge de toute intervention humaine. Comme les forêts boréales peuvent emmagasiner et filtrer d’importantes quantités de carbone, les spécialistes soutiennent que la protection de ces forêts et du bassin-versant est essentielle dans la lutte contre les changements climatiques.

Consciente de cet enjeu, la Seal River Watershed Alliance (SRWA), qui représente les intérêts des communautés autochtones de la région, estime qu’il existe une occasion unique de mettre à profit les connaissances du territoire et les valeurs de gérance des Premières Nations afin de limiter les impacts sur leurs terres ancestrales. Reste toutefois à déterminer comment gérer le territoire à mesure que le tourisme prendra de l’ampleur, tout en préservant l’intégrité de l’écosystème.

Le projet prévoit la protection de l’ensemble du territoire au moyen d’un modèle de conservation dirigé par les Autochtones : les deux tiers de la superficie seraient désignés parc provincial et le tiers restant deviendrait un parc national.

Le gouvernement fédéral a lancé une consultation publique par l’entremise de Parcs Canada afin de recueillir les commentaires de la population sur cette proposition. Environ 81 % des répondants se sont dits favorables au projet, y voyant une occasion de préserver l’écosystème et la biodiversité du bassin-versant. D’autres estiment qu’il favorise la réconciliation entre le Canada et les Premières Nations concernées. Les Premières Nations des Sayisi Dene, des Northlands Denesuline, des Barren Lands et des O-Pipon-Na-Piwin Cree collaborent avec les gouvernements au sein de la SRWA.

Malgré cet appui marqué, 42 % des répondants s’inquiètent de la capacité de Parcs Canada à protéger les espèces en péril et leurs habitats. Ils s’interrogent notamment sur l’application des règles et de la réglementation qui encadreront les visiteurs et le personnel des parcs.

Afflux touristique

Si le projet bénéficie d’un solide appui local, certains universitaires invitent néanmoins à la prudence.

Juste Rajaonson, professeur associé à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste de la géographie et du développement durable, estime qu’un afflux de visiteurs pourrait menacer l’équilibre de l’écosystème. Selon lui, tout milieu possède une « capacité de support », c’est-à-dire un seuil au-delà duquel la fréquentation humaine entraîne une dégradation de l’environnement.

Pour préserver la biodiversité tout en permettant au public de profiter du territoire, la SRWA et les gouvernements devront tenir compte de cette capacité de support au moment de planifier les infrastructures et de répartir les usages du territoire, soutient-il.

Selon M. Rajaonson, une hausse de l’achalandage dans le bassin-versant de la rivière Seal entraînera inévitablement certains risques. La directrice générale de la SRWA, Stephanie Thorassie, affirme pour sa part que tout risque de dégradation environnementale devra être géré avec prévoyance par le comité de gestion conjoint réunissant la SRWA ainsi que les gouvernements du Manitoba et du Canada.

« Il n’est pas seulement question du milieu physique ou de la biodiversité. Il faut aussi considérer les répercussions sur les ressources dont dépendent les communautés », explique M. Rajaonson. Selon lui, les populations locales pourraient voir diminuer leur accès à l’eau, aux terres et aux autres ressources.

« Tout dépendra de la façon dont l’utilisation du territoire sera gérée. Bien souvent, le problème vient d’un manque de suivi », affirme Michael Campbell, professeur en environnement et géographie à l’Université du Manitoba.

À son avis, réglementer et surveiller l’ensemble du bassin-versant de la rivière Seal, plutôt qu’une simple portion du territoire, permettra de mieux protéger les milieux naturels au bénéfice des populations humaines et animales qui en dépendent.

Aucun projet d’infrastructures permanentes

Stephanie Thorassie, membre de la Première Nation des Sayisi Dene de Tadoule Lake, au Manitoba, indique qu’un plan de gestion et de gérance sera élaboré conjointement par tous les partenaires, puis appliqué dans la gestion quotidienne des parcs. Ce plan sera réévalué tous les deux à cinq ans afin d’orienter les décisions futures en fonction des mesures qui auront donné les meilleurs résultats.

Le bassin-versant a été désigné Aire protégée et de conservation autochtone (APCA), un statut qui nourrit l’espoir de Mme Thorassie de voir les décisions relatives à l’utilisation du territoire et aux activités autorisées s’inspirer des perspectives et des cultures des peuples qui occupent ces terres depuis des millénaires.

« Si certaines mesures semblent préoccupantes ou ne s’avèrent pas bénéfiques, nous les examinerons ensemble en tenant compte de la perspective autochtone autour de la table, dit-elle. Nous ne cherchons pas à limiter la capacité du gouvernement de prendre des décisions. Nous demandons simplement que ces décisions soient prises ensemble, dans l’intérêt supérieur du territoire. »

Ainsi, si la construction d’hôtels ou d’autres bâtiments était envisagée, ou encore si la gestion des déchets s’avérait insuffisante, elle souhaite que les Premières Nations soient pleinement consultées et que la santé du territoire demeure la priorité.

Mme Thorassie et la SRWA accueillent favorablement le développement du tourisme dans le bassin-versant de la rivière Seal. À ce jour, aucun projet concret d’infrastructures permanentes, comme des routes ou des bâtiments, n’est prévu. Les pavillons déjà en place devraient plutôt servir à accueillir les visiteurs. L’objectif est de limiter au maximum l’empreinte du développement afin que les activités touristiques causent le moins de dommages possible à l’écosystème.

Selon M. Rajaonson, la fragmentation des habitats pourrait perturber les déplacements naturels de la faune. Ses recherches indiquent également que la capacité du territoire à filtrer les contaminants, à emmagasiner la chaleur et à se régénérer après des phénomènes comme les inondations, les sécheresses ou la pollution atmosphérique pourrait diminuer.

Mme Thorassie espère pour sa part que « les décisions qui seront prises refléteront les valeurs et la vision qui nous ont permis d’arriver jusqu’ici. Et si un projet ne cadre pas avec cette vision, je crois que nous choisirons de ne pas construire un immense complexe, des routes accessibles toute l’année ou d’autres infrastructures incompatibles avec ce territoire ».

Selon elle, les aires protégées et de conservation autochtones ne peuvent être gérées selon un modèle unique. Chacune reflète la culture, l’histoire et les traditions des Premières Nations qui y participent. Si d’autres APCA existent déjà ailleurs au pays, leur réussite repose, affirme-t-elle, sur la participation des communautés directement liées au territoire et touchées par les décisions qui le concernent.

Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.

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