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Projet de pipeline : Prince Rupert est-elle dans la ligne de mire de Danielle Smith?

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Les yeux de la première ministre de l'Alberta pour son projet de pipeline de pétrole brut ne sont plus rivés vers Kitimat en Colombie-Britannique. Danielle Smith affirme que le tracé original serait trop complexe. Qu'est-ce qui explique ce changement de cap et quelles sont les autres options de l'Alberta?

Lundi, le bureau de Danielle Smith a précisé que la ville de Kitimat n'est pas idéale pour son projet de pipeline de pétrole brut qui doit se rendre dans le nord de la Colombie-Britannique parce que la navigation maritime est difficile.

Cette explication de l'Alberta n'étonne pas le ministre de l'Énergie britanno-colombien, Adrian Dix, puisqu'il affirme que le port de Kitimat se trouve près du détroit d’Hécate. D'après la Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers, il s'agit du quatrième plan d’eau le plus dangereux au monde.

Ce point avait par ailleurs été soulevé par des Premières Nations côtières qui s'étaient rendues à Ottawa pour démontrer qu'elles s'opposent au projet de Mme Smith.

C'est un projet de communication du gouvernement de l'Alberta. De dire qu'on ne peut pas aller à Kitimat, ça ne me surprend pas. En plus, Kitimat a déjà au moins deux projets de gaz naturel liquéfié. Alors, ce pipeline de pétrole ne fait pas de sens.

Adrian Dix fait notamment allusion aux projets LNG Canada et Cedar LNG. La phase 2 de LNG Canada a été acceptée par le Bureau des grands projets à Ottawa. Puis, la Première Nation Haisla est propriétaire du projet de gaz naturel liquéfié (GNL) Cedar LNG.

Selon Yvan Cliche, chercheur en énergie au Centre d'études et de recherches internationales à l'Université de Montréal, un autre obstacle qui pourrait avoir découragé l'Alberta, repose sur le fait que la Nation Haisla a fait savoir que le projet de Mme Smith ne l'intéresse pas.

Avec les projets de GNL, cela fait beaucoup de trafic. Y a-t-il un enjeu de congestion des infrastructures en ajoutant un pipeline? Ce n'est pas impossible. [De plus], la communauté autochtone a exprimé des réserves ou carrément une opposition au projet de pipeline.

D'après Yvan Cliche, l'Alberta, qui examine plusieurs options, pourrait être tentée par Prince Rupert qui détient un port en eau profonde et les infrastructures nécessaires pour acheminer son pétrole vers les pays asiatiques.

L’équipe de Danielle Smith n'a cependant pas voulu confirmer si Prince Rupert fait partie de ses plans.

C'est sûrement parce que l'Alberta veut éviter de se mettre à dos la communauté avant même de développer le tracé, croit-il.

L'Alberta maintient qu'elle soumettra une route au Bureau des grands projets d'ici le 1er juillet pour avoir l'aval du gouvernement fédéral cet automne. C'est que le temps manque, ajoute M. Cliche.

L'Indo-Pacifique en ligne de mire

En effet, Yvan Cliche explique que les grands joueurs pétrogaziers, comme les États-Unis, se positionnent déjà pour mettre la main sur les marchés en Indo-Pacifique.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le pétrole va atteindre un pic et sa demande va se stabiliser vers 2030. Sachant qu'un pipeline prend plusieurs années à construire, Yvan Cliche croit que Prince Rupert est une avenue logique pour économiser du temps.

Mais faut-il encore répondre à l'acceptabilité sociale et environnementale, précise-t-il.

Effectivement, Danielle Smith, lors de la rencontre des premiers ministres la semaine du 26 janvier, a promis de tenir son homologue, David Eby, au courant de chaque étape du processus.

Elle l'avait écarté des négociations de son accord énergétique avec Ottawa.

Et même si David Eby a parlé de conservations presque amicales lors de la rencontre des premiers ministres, Danielle Smith n'a pas réussi à le convaincre de la validité de son projet de pipeline.

Je vais être direct avec vous. Ce projet n'a toujours pas de route, il n'a pas d'argent et il n'a pas de plan.

C'est ce que j'appelle le grand drame de l'Alberta. Pour avoir accès aux marchés dans l'Indo-Pacifique, elle dépend d'une certaine manière de la Colombie-Britannique qui a accès à l'océan, conclut M. Cliche.

Par ailleurs, la société d’État qui gère le pipeline Trans Mountain entre l’Alberta et la Colombie-Britannique prévoit d'étudier une augmentation de sa capacité d’un tiers dans les cinq prochaines années. Reuters a toutefois révélé que l’utilisation du pipeline était inférieure aux prévisions, malgré l’attention portée aux marchés asiatiques.

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