« Faut pas croire tout ce que les gens racontent. Même ton père. »
Dans les yeux d’Émile, 12 ans, brillent des étoiles. Normal: les histoires que lui raconte son père ont tout pour faire rêver les petits garçons...

Profession du père, de Jean-Pierre AmérisPhoto : caroline.bottaro
Les histoires d’un père dans les années 60
Car le père d’Émile a tout fait! Il a un meilleur ami américain qui travaille pour la CIA (Central Intelligence Agency). Il a été parachutiste. Il connaît tous les secrets géopolitiques du moment. Au point qu’avec ses camarades, il sera capable de faire reculer le général de Gaulle et d’annuler l’indépendance de l’Algérie. Et si Émile écoute et obéit bien, il pourra même aider son père dans ses missions ultrasecrètes.
Bien sûr, tout cela est faux. Dans un contexte plus contemporain, les problèmes de santé mentale du père pourraient être pris en charge, mais dans la France du début des années 60, on subit. Et alors que le père se laisse peu à peu emporter par ses délires paranoïaques et tyranniques, Émile et sa mère encaissent la violence, protègent les mensonges et accompagnent le mouvement, en captivité dans ce petit appartement étouffant que la famille partage. Jusqu’à ce que, bien sûr, la réalité les rattrape, comme elle le fait toujours.

Profession du père, de Jean-Pierre AmérisPhoto : Axia Films
Une adaptation qui fait primer la sincérité
Le cinéma de Jean-Pierre Améris a toujours été du genre discret, ou, en tout cas, pas du genre à vouloir épater la galerie. Non, depuis le début, c’est en nuances et en tendresse que le cinéaste français dresse ses écheveaux, où il déploie des histoires toujours centrées autour de celles et ceux qui sont différents, du plus léger (Les émotifs anonymes) au plus intense (Marie Heurtin). Profession du père ne fait pas exception, ajoutant même dans l’équation une nouvelle donnée: celle de la biographie. Car l’histoire que ce film raconte, c’est celle du romancier Sorj Chalandon, dont le livre est ici adapté.
Des premières affabulations paternelles qui font rêver jusqu’à la douleur insondable de réaliser que celui que l’on tient pour un héros est loin d’en être un, le récit ne nous dupera pas, et l’émotion sincère qui s’en dégage non plus.

Profession du père, de Jean-Pierre AmérisPhoto : Axia Films
Benoît Poelvoorde à son meilleur
Face au petit – mais néanmoins solide– Jules Lefebvre, c’est Benoît Poelvoorde qui interprète ce père autodestructeur, perdu dans la spirale infernale de ses propres mystifications et bien décidé à entraîner son fils avec lui.
En 1992, C’est arrivé près de chez vous nous faisait découvrir l’acteur belge en tueur en série capable de toutes les manipulations possibles. En 2020, le mensonge lui sied toujours aussi bien, même si cette fois-ci, la tendresse a remplacé l’humour noir.
Car, oui, même derrière les faussetés les plus exaltées, même lorsque le fil avec la réalité se rompt, même lorsque les conséquences sont graves, l’amour peut bel et bien subsister.
Profession du père, à voir sur ICI Télé le dimanche 1er à 23 h 25.
La bande-annonce (source: YouTube)


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