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La Couronne au procès de Kristoffer Nippak n’en démord pas : elle se dit convaincue que l’individu accusé d’avoir participé à une activité terroriste est bien celui qui apparaît dans de nombreuses vidéos de la Division Atomwaffen. Elle a en outre tenté de montrer que l’Ontarien de 32 ans est aussi un membre avéré du groupe de suprémacistes blancs Active Club Canada.
Kristoffer Nippak est accusé relativement à des faits qui se seraient produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022, mais la Couronne utilise des photos et des vidéos qui s’échelonnent de 2018 à 2023 pour identifier et incriminer l’individu.

Les enquêteurs ont fourni cette photo du groupe Active Club Canada avec les visages floutés. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada
Dans ce procès sans jury, l’identification de l’accusé est au centre des plaidoiries. Le détective Nilo Tavares de la GRC commente pour la troisième journée consécutive les images pour la Couronne à la barre des témoins.
La Couronne a déjà démontré — notamment à l’aide d’affiches — que la Division Atomwaffen véhiculait des idées racistes et violentes contre les Juifs, les musulmans, les Indiens, les Noirs et la communauté LGBTQ+ par le biais de publications sur le site Internet de messagerie Terrorgram et des sites affiliés comme Terrorgram Collective.
Un groupe réservé qu’aux hommes
Elle s’est attardée mercredi à présenter le groupe Active Club Canada, un groupe de combattants athlétiques et suprémacistes, qui s’entraînent en vue d’une hypothétique guerre raciale.
Le procureur Chris Walsh projette à la cour des vidéos du groupe tournées durant les étés 2022 et 2023 dans des parcs dont l’endroit n’a pas été spécifié.

Un membre de la Division Atomwaffen photographié à côté d’une photo d’Adolf Hitler dans une forêt en juillet 2019. La Couronne croit qu’il s’agit de Kristoffer Nippak à cause de trois pièces à conviction retrouvées chez lui à Toronto : le poignard, le pendentif et le chandail molletonné à capuchon. (Photo d’archives)
Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO
Contrairement aux vidéos de la Division Atomwaffen où les membres sont toujours masqués et vêtus de tenues de camouflage, celles d’Active Club Canada montrent ses membres en tenues de sport et le visage découvert le plus souvent.
Certains hommes sont même en short de gymnastique, ce qui permet de révéler leurs jambes.
Les vidéos exhibent des hommes relativement musclés et en forme, en train de jouer au soccer ou au souque à la corde, de faire de la boxe ou de se battre à bras le corps, ou de faire des pompes sur le gazon.
Dans l’un des enregistrements, on aperçoit un homme en short gris avec un chandail à manche courte blanc avec la marque The North Face écrite en noir. La Couronne laisse entendre qu’il s’agit de Kristoffer Nippak.
L’individu y est certes plus mince et il porte des cheveux blonds plus courts que l’accusé assis dans le prétoire.
Il a en outre des jambes caractéristiques légèrement arquées (comme Kristoffer Nippak lorsqu’il se déplace dans les couloirs du tribunal). Son short porte en outre un logo apparenté à la Division Atomwaffen.
Apparence et démarche singulières
Dans une autre vidéo, d’Atomwaffen cette fois, deux individus masqués soulèvent un énorme tronc d’arbre à des fins d’exercice physique.
C’est l’été et l’un d’eux est en short noir avec un chandail en coton ouaté qui porte le même logo représentant une croix formée d’une épée et d’un flambeau. Il a en outre les mêmes jambes arquées à l’air.
D’autres vidéos d’Active Club Canada présentent ses adeptes, tous masqués en train de faire des poses avec des boucliers ou exécuter des mouvements symétriques.

Trois membres de la Division Atomwaffen qui prennent la pause pour le photographe en novembre 2023 dans une forêt dont l’endroit n’a pas été spécifié.
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Les individus ne portent toutefois pas le masque de la Division Atomwaffen sous la forme d’un squelette facial.
Les adeptes y affichent plutôt un masque de théâtre sans expression peint à la verticale des couleurs du drapeau de l’empire allemand (rouge, blanc et noir).
L’un d’eux porte un chandail molletonné bleu avec un logo blanc représentant deux chevaux côte à côte.
Saisie de vêtements sans équivoque
Me Walsh affirme que des images d’Active Club Canada ont été affichées sur Terrorgram Collective, le site de clavardage auquel Kristoffer Nippak est abonné, selon la Couronne, sous le pseudonyme d’Otto.
Les affiches du groupe appellent au recrutement de nouveaux membres.
On peut y lire des titres comme : Joignez-vous à nos sections locales (NDLR : le groupe possède des branches régionales en Ontario) ou encore Changez le monde en commençant par vous changer vous-même.
Tous ces vêtements auxquels le procureur Walsh fait allusion (le short gris, le chandailThe North Face, le coton ouaté bleu…) et qui apparaissent dans ces vidéos sont les mêmes que ceux retrouvés au domicile de l’accusé après son arrestation au moment des perquisitions des policiers et que la Couronne a présentés à la cour lundi.

Un short de gymnastique avec l’un des logos de la Division Atomwaffen. Le vêtement a été retrouvé dans le placard de la chambre de Kristoffer Nippak après son arrestation le 6 décembre 2023.
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Pour aider la juge à bien comprendre qu’il s’agit toujours de l’accusé dans toutes ces vidéos, le procureur Walsh présente enfin à la cour une série d’égoportraits de l’accusé à visage découvert au cours des années.
On le voit au travail sur un chantier de construction, en voyage dans des paysages enneigés, torse nu devant un miroir de salle de bain ou en plein air accompagné d’une femme.
Le visage est le même, bien que la coupe de cheveux et la physionomie de la figure changent : l’homme porte un bouc au menton ou il a le visage fraîchement rasé ; il a les joues plus émaciées ; ses cheveux sont très courts ou un peu plus longs et peignés sur le côté ; ses yeux sont chaque fois bleus.
Le détective Tavares confirme qu’il s’agit bien de Kristoffer Nippak. Son contre-interrogatoire devait commencer jeudi.


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