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Le patron du comité stratégique des centres E.Leclerc a finalement «plaidé coupable» d’avoir promis une baisse du prix des carburants «entre 27 et 30 centimes pour le consommateur».
D’un ton qui ne laissait pas de place au doute, Michel-Édouard Leclerc, le président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a assuré au micro de Franceinfo le 11 mars dernier que «dans les deux jours, le prix des carburants en général et du gasoil en particulier [allait] descendre entre 27 et 30 centimes du litre [...], dans les centres Leclerc, dans les systèmes U». Dans le contexte du conflit au Moyen-Orient et des inquiétudes grandissantes sur l’approvisionnement en pétrole, cette annonce avait été accueillie avec soulagement par les consommateurs. Ces derniers n’ont pas tardé à déchanter car, dans les faits, rien de tel n’a été observé.
«Je plaide coupable d’avoir présumé de nos capacités de continuer à vendre moins cher», a déclaré le président du comité stratégique des centres E. Leclerc, leader de la distribution alimentaire en France, dont les propos ont été rapportés par l’AFP ce jeudi 19 mars. Il regrette de ne «pas avoir anticipé une telle volatilité» des marchés du pétrole, mais rappelle n’avoir jamais annoncé «de campagne ou de promos» concernant des baisses de prix. «Je vois bien l’attente que j’ai pu susciter auprès des automobilistes. Je m’en veux de ne pas avoir anticipé une telle volatilité», a-t-il plaidé, soulignant toutefois la faible marge, «inférieure à 1%», prise sur le carburant par son enseigne, la «moins chère» à la pompe «dans 98% des cas».
Les données publiées par l’État indiquent en effet que les tarifs de manière générale ont continué d’augmenter après les promesses du dirigeant. Malgré une hausse moins fulgurante, le gazole a pris 6,5 centimes, en moyenne, à 2,0174 euros le litre, et - côté essence - les SP95-E10, SP95 et SP98 augmentaient respectivement de 7,3, 5,5 et 6,2 centimes par litre. «Une détente sur les prix de quelques centimes a été observée les jours suivants la déclaration de Michel-Édouard Leclerc, mais la hausse des prix a vite repris ensuite», affirme au Figaro un porte-parole de Système U, qui négocie le carburant avec E.Leclerc.
Pas de «baguette magique»
Michel-Édouard Leclerc n’a-t-il finalement pas réussi à «mettre la pression sur les raffineurs» pour faire baisser les prix, comme il l’avait affirmé? En réalité, en prédisant une baisse des prix, il semble que le président d’E.Leclerc se soit plutôt basé sur l’évolution du cours des produits pétroliers raffinés de la Bourse de Rotterdam, indice de référence pour les acheteurs européens. «Après les annonces de Donald Trump la semaine dernière, le cours a chuté, provoquant une baisse de quelque vingt centimes du prix d’achat de gazole, en partie répercutés sur le prix de vente», explique le porte-parole de Système U. Sollicité par le Figaro, E.Leclerc n’a pas encore réagi.
«Il aurait fallu une baguette magique pour diminuer les prix ainsi», avance Francis Pousse, président de la branche Distributeurs Carburants et Énergies Nouvelles chez Mobilians, «car la marge des revendeurs de carburants n’est que de quelques centimes - 4 à 8 centimes pour les adhérents de notre réseau par exemple. Nous n’avons que très peu de marge de manœuvre pour faire baisser les prix, si ce n’est attendre une nouvelle baisse des cours». Une telle remise était d’autant moins plausible qu’en l’espace de deux semaines, le prix du gazole avait augmenté de façon vertigineuse à... +31 centimes.
Depuis 1963, il est interdit de vendre le carburant à perte en France. Les entreprises qui souhaitent absorber une partie de la hausse tarifaire peuvent donc jouer sur leur marge, réduite, voire vendre à prix coûtant. De son côté, TotalEnergies a choisi de bloquer le prix du gazole à 2.090 euros le litre, et à 1,990 euros pour l’essence. Un effort intenable pour certaines stations-service. Francis Pousse mentionne qu’en Nouvelle-Aquitaine, une gérante de son réseau a préféré fermer sa station-service. Trop cher, le carburant aurait immobilisé trop d’argent, sans garantie de revente.


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