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Alors que des intervenants du secteur de la santé s'inquiètent de la place occupée par le privé dans la prestation des soins au Nouveau-Brunswick, un centre de chirurgie privé situé à Moncton croit pouvoir contribuer à atténuer les listes d'attentes au sein du système public.
East Coast Surgical Centre, une clinique privée de Moncton qui se spécialise notamment dans les chirurgies plastiques, les chirurgies maxillo-faciales et des chirurgies pédiatriques dentaires, croit pouvoir contribuer à soulager le système de santé public de la province, qui est en surcapacité.
La directrice des opérations de la clinique, Annie Martel, est d'avis que les salles de chirurgie du centre, souvent vides, pourraient contribuer à faire baisser les listes d'attentes chirurgicales de la province.
La place occupée par des prestataires de soins privés suscite toutefois des inquiétudes chez les dirigeants des réseaux de la santé au Nouveau-Brunswick.

La Dre France Desrosiers craint la compétition que pourrait lui livrer le secteur privé. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Dans une entrevue récemment accordée au Téléjournal Acadie, la PDG du Réseau de santé Vitalité a dit être préoccupée par la présence du secteur privé dans le système de santé du Nouveau-Brunswick.
On est une petite province. Puis il y a pas suffisamment de place pour plein de compétition pour la ressource humaine, surtout pour le réseau francophone minoritaire, a expliqué France Desrosiers.
Du côté francophone c’est horrible [...] Dès qu'un service privé vient recruter une infirmière francophone ou que le réseau anglophone, qui a besoin d'infirmières bilingues, vient recruter une francophone, nous autres, ça frappe fort.
Trop petit pour faire concurrence au public
Annie Martel a travaillé pendant plus de 30 ans à l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton, où elle a notamment supervisé les assistants au sein du département d’anesthésie. Elle reconnaît que le système public ne peut se permettre de perdre du personnel en ce moment.

Annie Martel veut mettre ses blocs opératoires au service du système de santé publique.
Photo : Radio-Canada / Mathew Bellefleur
Elle réfute cependant l’argument selon lequel le transfert de certains actes chirurgicaux vers des centres privés pourrait mener à des pertes de personnel pour le secteur public.
En dehors des deux infirmières qui sont à temps plein dans son centre, le reste du personnel d'Annie Martel est constitué d'une infirmière à la retraite qui donne de temps à autre de son temps et d'infirmières qui ne viennent travailler que lorsqu’elles ont congé à l’hôpital.
On est à pleine capacité. [...] J'embauche peut-être des gens qui peuvent venir une journée pour remplacer une vacance, mais j'ai pas de poste, je vais pas aller chercher personne dans le public, explique-t-elle.
Selon elle, son centre est si petit qu'il ne peut donc pas faire concurrence au réseau public pour ses travailleurs santé.

La clinique East Coast Surgical Centre pratique, entre autres, de la chirurgie plastique, de la chirurgie maxillo-faciale, de la chirurgie pédiatrique dentaire et s’est même récemment lancée dans la chirurgie bariatrique.
Photo : Radio-Canada / Nouemsi Njiké
Mme Martel rappelle que la PDG d'Horizon, Margaret Melanson, a récemment affirmé au comité des comptes publics de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick que la chirurgie de certains patients peut parfois être remportée d'un an en raison du manque d'espace dans certains hôpitaux.
Ma vision est qu’on pourrait aider avec les listes d’attente dans plusieurs spécialités.
S’il était en mesure de tourner à plein régime grâce à des patients qui lui seraient envoyés par le public, East Coast Surgical Centre pourrait effectuer quatre à huit chirurgies par jour, précise Mme Martel.
Navigation à l’aveugle ?
Au-delà de la volonté affichée par la clinique East Coast Surgery Centre de rendre service au public, il y a la question de savoir s'il est souhaitable que le privé occupe une plus grande place en santé.
Stéphanie Collin est professeure agrégée à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton et spécialiste de la gestion des services de santé.

Stéphanie Collin déplore l'impact qu'ont les pressions politiques sur la mise en place de réformes de fond en santé.
Photo : Radio-Canada / Mathew Bellefleur
Bien que les gouvernements ont souvent été tentés au cours des deux dernières décennies de recourir au privé lorsqu’ils avaient l’impression que l’appareil public n’était pas outillé pour gérer des services cliniques, ce genre d'approche ne s'est jamais avérée être une panacée, dit Mme Collin.
La littérature sur le sujet montre que les partenariats avec le secteur privé, peut-être, agissent comme un diachylon, c'est-à-dire qu'ils permettent de réduire certaines pressions qui sont causées sur le système, mais ne sont pas en mesure de régler des problèmes plus systémiques, explique celle qui se spécialise dans la gestion des soins de santé.
Je pense à réduire les temps d'attente dans les urgences, améliorer l'accès à un professionnel de la santé.
Mme Collin regrette le fait que les gouvernements ayant décidé de donner une plus grande place au privé en santé depuis une vingtaine d'années aient négligé de mettre en place des instruments permettant de mesurer l'efficacité d'une telle approche.
Elle déplore également le fait que des pressions médiatiques et politiques poussent trop souvent les décideurs à mettre en place des solutions à la carte qui ne permettent pas de réforme transformationnelle.
Déjà dans les années 1990, on s'inquiétait des défis liés au vieillissement de la population et de facteurs de changement qui allaient influencer les modes de gestion et de prestation des services de santé au Nouveau-Brunswick, rappelle Stéphanie Collin.
Mais on a eu de la difficulté à planifier en conséquence de ces changements-là. Puis on se retrouve aujourd'hui avec des problèmes qui, peut-être, auraient été beaucoup moins lourds si on avait réussi à planifier comme système.
Les soins du privé, pas nécessairement mieux
Comme Mme Collin, le directeur général du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick, Stéphane Robichaud, indique que rien ne démontre que les choses vont mieux du fait de l’intervention du privé, qui est d'ailleurs déjà bien installé au sein du système de santé.
On a les services de santé Medavie, par exemple, qui gèrent l'extramural, les ambulances. Les gens, quand ils appellent le 811, c'est une compagnie privée qui gère les appels. Alors, il existe déjà des entités privées qui opèrent à l'intérieur du système, explique-t-il.
Et autant au niveau de nos services qui sont fournis privés que publics, il y a une marge d'amélioration qui s'impose.

Stéphane Robichaud pense qu'il faut d'abord apporter des améliorations au système public avant d'accorder une plus grande place au privé.
Photo : Nouemsi Njiké
Pour M. Robichaud, le système public est trop souvent victime du préjugé selon lequel le privé offrirait de meilleurs services. Or, il est d'avis qu'avant de songer à accorder une plus grande place au privé en santé, il faut d'abord apporter des améliorations aux soins offerts par le réseau public.
On a déjà des gains qu'on peut même avoir si on arrivait à avoir une meilleure intégration ou coordination à l'intérieur des services publics qu'on a déjà. On entend dire, pour certaines procédures, que le temps d'attente peut être moins long dans une partie de la province qu'une autre.
Priorité au secteur public
Invité à dire quelle place le privé devrait occuper au sein du système de santé, le ministre de la Santé, John Dornan, a indiqué que son ministère travaille afin d'offrir des soins de haute qualité aux Néo-Brunswickois.

Pour le ministre de la Santé, John Dornan, la province travaille en partenariat avec certains acteurs privés à fournir des soins de qualités aux Néo-Brunswickois.
Photo : Radio-Canada
Cela comprend une collaboration étroite avec nos régies régionales de la santé ainsi que des partenariats stratégiques avec certaines entités du secteur privé, a-t-il indiqué dans une déclaration écrite.
La province est engagée envers la Loi canadienne sur la santé, qui soutient un système de santé à payeur unique.
Le porte-parole des progressistes-conservateurs en matière de santé, Bill Hogan, affirme pour sa part soutenir la PDG de Vitalité, France Desrosiers.
Il ne peut pas y avoir de concurrence entre les services de santé privé et public au Nouveau-Brunswick [...] Tout service privé devrait plutôt être en partenariat avec l'un des réseaux de santé, a-t-il déclaré dans une déclaration envoyée par courriel.
Pour ce qui est d’Annie Martel, c’est fort de sa longue carrière au sein du secteur public qu’elle rappelle que ça fait des années que l’on fait allusion à la nécessité d’améliorer le système public et de le rendre plus performant.
Elle constate, dit-elle, que les choses ne vont pas mieux pour autant et que les listes d’attente ne font que s’allonger.


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