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Prisons de l’Ontario : la surpopulation fait bondir la violence, dénonce le SEFPO

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Au moment où la province appelle à une réforme fédérale de la mise en liberté sous caution et souligne la création en cours de plus de 1400 nouvelles places carcérales, les taux de violence dans les prisons de l’Ontario sont en hausse, selon une analyse des données communiquées à CBC par le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO).

Qu’il s’agisse de violence entre détenus ou de violence de prisonniers à l'encontre du personnel, le nombre d'agressions dans les prisons ontariennes a désormais dépassé les niveaux d'avant la COVID.

Photo du procureur général adjoint Michael Kerzner le 16 mars 2026, aux côtés du premier ministre Doug Ford.

Le solliciteur général de l'Ontario, Michael Kerzner, a annoncé lundi le projet de construction d'une nouvelle prison à Brockville.

Photo : Radio-Canada

Les dernières données de 2025 montrent que pour 100 détenus, environ 11 membres du personnel ont été agressés, un chiffre en hausse par rapport à 2024 et à 2019, où il était d'environ neuf employés.

Sur 100 détenus, 67 ont été agressés par un autre détenu, selon le rapport, ce qui représente une hausse par rapport aux statistiques de 2023 qui étaient de près de 59 et de 2019, qui était de 66.

Cette violence accrue s'explique surtout par la surpopulation carcérale en Ontario, explique Adam Cygler, membre du comité des relations de travail pour le secteur pénitentiaire en Ontario et représentant des agents pénitentiaires au sein du SEFPO.

Le nombre de détenus hébergés dans les établissements correctionnels provinciaux augmente de manière significative, dans un espace identique et avec le même effectif, selon lui.

La situation devient de plus en plus violente, principalement en raison de problèmes de capacité d’accueil et de manque de places.

Un état des lieux corroboré par un rapport de l’ombudsman de l’Ontario publié en juin dernier qui révèle que les établissements correctionnels étaient confrontés à des pénuries chroniques de personnel, certains fonctionnant à plus de 150 % de leur capacité.

Une crise croissante dans les prisons, selon l'ombusdman

Dans son rapport 2024-2025, l'ombudsman de l'Ontario, Paul Dubé, a mis en garde contre la crise croissante dans les prisons de l'Ontario.

Son rapport avait identifié cinq domaines préoccupants :

  • La surpopulation, notamment le fait que trois détenus soient placés dans des cellules prévues pour deux
  • Des confinements fréquents
  • Des soins de santé inadéquats
  • Des détenus autochtones n’ayant pas accès à un agent de liaison avec les détenus autochtones
  • Des détenus souffrant de troubles mentaux placés en isolement

Le rapport de M. Dubé mentionnait également que la plupart des personnes détenues dans les prisons de l’Ontario attendent leur procès, ce qui signifie qu’elles sont légalement présumées innocentes.

La violence carcérale : une poudrière, selon une avocate

La question de la violence derrière les barreaux constitue un problème à multiples facettes, indique Natasha Beitman, associée principale chez Templeman LLP et spécialiste en droit pénal.

Elle souligne que les conditions de détention se détériorent de manière générale et qu'un bon nombre de ses clients n’ont pas accès à des services tels que des douches, des appels téléphoniques, ou encore des médicaments, ce qui peut accroître leur stress.

La violence a augmenté de manière générale parce que les tensions et le stress ont augmenté de manière générale, a déclaré Me Beitman.

C’est une poudrière et je pense que les gens se font des illusions s’ils s’attendent à ce que les détenus ne réagissent pas avec une certaine violence lorsqu’ils sont placés dans ces conditions.

Ces conditions ont également un impact sur les agents pénitentiaires, qui peuvent demander des congés ou même démissionner en raison de l’environnement de travail auquel ils sont soumis, a déclaré Mme Beitman, ce qui aggrave le manque d'effectifs dans les prisons.

Le syndicat réclame l'embauche de personnel supplémentaire

Pour le représentant des agents pénitentiaires au sein du SEFPO, Adam Cygler, le recrutement immédiat de personnel supplémentaire contribuerait à atténuer les facteurs de stress dont lui font part ses membres.

Face à l'afflux de détenus, dit-il, cela permettrait d'améliorer l'accès des détenus à des services tels que les soins de santé, des repas adéquats et des programmes de soutien.

Un investissement constant est vraiment ce dont nous avons besoin pour disposer d'un système pénitentiaire fonctionnel en Ontario, dit-il.

Le porte-parole du ministère du Solliciteur général, Saddam Khussain, a répondu par communiqué que le gouvernement avait déployé plus de 3300 agents pénitentiaires dans ses prisons depuis 2020 et qu’il recrutait en permanence de nouveaux employés.

Il ajoute que la violence en milieu carcéral est inacceptable, et que si des membres du personnel sont agressés ou menacés, la police est immédiatement contactée. Il précise que les détenus qui se livrent à des comportements violents s’exposent à des sanctions pour mauvaise conduite.

Le ministère applique une tolérance zéro en matière d’agressions ou de menaces à l’encontre du personnel.

Un changement de mentalité nécessaire, selon Me Beitman

Pour l'avocate Natasha Beitman, la réforme du système pénitentiaire de l’Ontario nécessiterait un changement de mentalité au sein de la société, pour reconnaître que les détenus méritent un niveau minimal de droits humains, d’autant plus que les prisons ontariennes sont un fourre-tout pour tout le monde.

En ce moment, je défends tout le monde, des clients accusés de méfait… jusqu’à ceux accusés de coups et blessures graves, a-t-elle déclaré.

Personne ne prétend que ce sera un camp d’été et ce n’est pas le but : c’est la prison, souligne Mme Beitman. Mais en même temps, il y a un niveau élémentaire de droits humains que nous devons garantir aux détenus.

Lorsque nous assistons à l’érosion de ces droits, nous en voyons les conséquences et l’augmentation de la violence.

Avec les informations d'Alina Snisarenko de CBC

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