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Prise «entre Trump et Legault», une entreprise lutte pour garder la tête hors de l’eau

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Un malheur n’arrive jamais seul pour Cyrell AMP. D’abord frappée par les tarifs américains sur les produits de l’acier et de l’aluminium, l’entreprise manufacturière de Belœil, en Montérégie, risque maintenant de perdre le tiers de sa main-d’œuvre en raison des restrictions sur l’embauche de travailleurs temporaires.

« On est un peu pris entre Trump et Legault en ce moment », lâche au bout du fil Amélie Poirier-Borduas, directrice du marketing et du développement stratégique de Cyrell AMP.

L’entreprise craint de voir ses activités compromises par la perte prochaine de 24 travailleurs étrangers, dont les permis de travail temporaires arriveront à échéance lors des deux prochaines années.

La fin du Programme d’expérience québécoise (PEQ) et les limitations fédérales sur l’embauche de travailleurs temporaires rendent périlleux le renouvellement de leur permis.

En affaires depuis plus de 25 ans, l’entreprise se spécialise dans la fabrication de panneaux architecturaux destinés à habiller l’extérieur des bâtiments. On lui doit, par exemple, les revêtements extérieurs du théâtre de Quat’Sous, à Montréal, ou du centre aquatique de Brossard. Ses réalisations sont également visibles au centre-ville de Boston et de Toronto.

Ses travailleurs étrangers temporaires, qui représentent environ 30 % de la main-d’œuvre totale de la société, viennent de Tunisie, de Madagascar et du Cameroun. Tous francophones, ils occupent des postes de journaliers, soudeurs, plieurs ou opérateurs de machinerie.

« Des jobs de bras » dont la rémunération peut varier de 20 à 25 $ l’heure et qui attirent très peu de candidatures québécoises, selon Amélie Poirier-Borduas.

« On fait des efforts pour recruter localement, mais ce n’est pas possible actuellement. C’est 90 % des candidats à nos postes qui viennent de l’extérieur du pays. »

La fin du PEQ, officialisée en novembre dernier, est venue mettre fin aux espoirs de plusieurs travailleurs étrangers d’accéder rapidement à la résidence permanente.

En tant que travailleurs manuels, ils ont également peu de chance d’être sélectionnés par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui a remplacé le PEQ, estime Mme Poirier-Borduas.

« Le PSTQ a des critères très élevés en termes d’éducation, de qualifications et de types d’emploi. Ce sera difficile pour eux. »

Le gouvernement fédéral limite également à 15 % la proportion de travailleurs étrangers temporaires au sein d’une entreprise, ce qui forcera Cyrell AMP à faire des choix déchirants.

« C’est jouer avec la vie des PME québécoises et avec la vie de personnes qui veulent améliorer leur sort et avoir une vie meilleure. On a ouvert le Québec, on leur a promis quelque chose. C’est un contrat social qui est complètement brisé », déplore Amélie Poirier-Borduas.

Vers la décroissance ?

Cyrell AMP est à risque de perdre 12 travailleurs à la fin 2026, et une douzaine d’autres en 2027.

« Ça veut dire refuser des contrats et freiner nos désirs d’investissement », admet Mme Poirier-Borduas, qui anticipe une décroissance de l’entreprise fondée par son père, Gabriel Borduas.

« C’est paradoxal : le gouvernement n’arrête pas de pousser à acheter local, mais comment faire si le secteur manufacturier n’est plus capable de produire chez nous ? » s’interroge la dirigeante.

Ces bouleversements surviennent au moment où l’entreprise reprend du poil de la bête après une dernière année orageuse. Travaillant avec l’acier et l’aluminium, Cyrell AMP a vu ses produits frappés de droits de douane de 50 % à l’entrée aux États-Unis.

« Avant même l’entrée en vigueur des droits de douane, des clients américains ont arrêté de nous demander des soumissions parce qu’ils ne savaient pas sur quel pied danser », raconte Amélie Poirier-Borduas.

En fin de compte, les turbulences dans le marché américain, qui représente près de 30 % des activités de Cyrell AMP, ont provoqué des pertes estimées à 2 millions et entraîné plusieurs licenciements.

Une embellie se profile alors que la compagnie vient de décrocher le plus gros contrat de son existence sur le marché américain. Elle participera à la construction d’un centre de recherche de Nokia, au New Jersey.

Malgré tout, « l’incertitude demeure, tant du côté des États-Unis que de la main-d’œuvre. On essaie de rester agile, mais on ne sait pas trop sur quel pied danser », résume la directrice.


Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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