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« Ce vote de la primaire c'est un moment de grande clarification. (…) À la fin, la République, c'est nous ! » (Jérôme Guedj, le 23 septembre 2026 sur LCI).
Ce mercredi 23 septembre 2026 sur LCI s'est déroulé en direct le premier (peut-être le seul ?) débat entre les cinq candidats de la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2027. Le risque était que ce fût un moment ennuyeux, sans saveur... et malgré la faible qualité politique (pour la plupart) des candidats, la fin du débat a été un grand moment de télévision car toutes les bouches se sont déliées. Un grand moment de télévision et un long moment, car le débat a duré presque trois heures et demi, de quoi assommer le téléspectateur et décourager l'électeur. On pourra réécouter ce débat à ce lien.
Ce débat, en lui-même, n'a pas vraiment changé les rapports de force mais les a, au contraire, confirmés clairement. Il reste aux candidats de s'écarter de ces cases dans lesquelles ils se sont mis. Ils ont encore deux semaines pour cela.
Revenons d'abord au contexte. Le 15 septembre 2026 a eu lieu la fin du dépôt de candidature, et le lendemain matin, le 16 septembre 2026, le bureau national du PS (dirigé par la numéro deux du PS, Johanna Rolland, à défaut du numéro un Olivier Faure qui est candidat), a validé l'ensemble des candidatures (il fallait avoir un certain nombre de parrainages internes)... sauf une, celle du député Philippe Brun, connu pour ses réflexions budgétaires, qui a été exclu provisoirement du PS et du groupe PS à l'Assemblée le jour même en raison d'une plainte (non judiciaire) la veille d'une ancienne collaboratrice pour violence physique.
À défaut de statuer sur le fond, l'organe dirigeant du PS a préféré exclure un candidat qui aurait pu être, pour la primaire, comme le sparadrap du capitaine Haddock. Philippe Brun a promptement protesté, a demandé à la justice de le réintégrer au sein du PS, mais elle a statué ce jeudi 23 septembre dans la matinée en validant la décision du PS.
Les cinq candidats, qui ont participé au débat sur LCI, animé par David Pujadas, sont donc : le premier secrétaire du PS, Olivier Faure (député), le député européen Raphaël Glucksmann, l'ancienne ministre Ségolène Royal, le député de l'Essonne Jérôme Guedj et le député du Val-d'Oise Emmanuel Maurel.
Je précise que je ne suis pas du tout proche des socialistes (je suis du centre droit) et que mes commentaires sont évidemment en rapport. Mais je suis aussi passionné par la vie politique et je n'imaginais pas que ce débat serait aussi intéressant, du moins la dernière demi-heure.
La primaire du PS a établi en fait l'opposition frontale entre Raphaël Glucksmann, chouchou des médias (et des sondages), opposé à toute alliance avec Jean-Luc Mélenchon, et Olivier Faure, le chef du PS, favorable à l'ambiguïté des relations avec les insoumis (prêt à se vendre aux mélenchonistes pour un plat de lentilles ou une circonscription). Dans ce duel réel, de fond et de personnalités, je considère que, malgré les sondages (qui ne disent rien sur l'électorat de la primaire qui est formé des militants fidèles et résiduels du PS), Olivier Faure a plus de chance de gagner que Raphaël Glucksmann (nous verrons si mon analyse est bonne). Glucksmann ne s'adresse que de manière désincarnée et cérébrale là où Faure s'adresse de manière politique avec des mythes de gauche (dont l'union de la gauche est le plus grand mythe, et la plus grande nostalgie).
La survenue inattendue de Ségolène Royal dans le jeu a pu étonner. C'est clair que 2006 ne repassera pas en 2026, même si elle a adopté le même slogan (l'ordre juste, elle manque d'imagination). On pourrait presque avoir un sentiment de pitié pour elle : que fait-elle dans cette galère ? Elle vient de fêter son 73e anniversaire (la veille), elle est donc plus âgée que François Mitterrand au moment de sa réélection, et le débat a montré son manque de combativité, mais aussi son populisme jusqu'à la stupidité. En revanche, elle a une utilité, pour Olivier Faure : dégommer Raphaël Glucksmann. Lors de son premier meeting le 22 septembre 2026 à Alfortville, elle a comparé le candidat favori à un stagiaire qui voudrait devenir le dirigeant de l'entreprise alors qu'il n'a rien géré nulle part. Ce à quoi le camarade Raphaël a répliqué pendant le débat qu'il n'a pas passé les vingts dernières années de sa vie à quémander des postes un peu partout.
Concrètement, Ségolène Royal s'est fait plus antimacroniste que nécessaire en brossant un tableau apocalyptique de la France que les vrais extrémistes n'oseraient même pas faire. Elle a la mémoire courte et ingrate, car elle a cherché depuis 2017 à devenir ministre du Président Emmanuel Macron qui a eu le bon sens de ne jamais la recruter. Alors, à la question : y a-t-il la possibilité d'une percée Royal ?, la réponse est non, elle me semble incapable d'embarquer le PS dans une nouvelle aventure présidentielle, déjà en octobre 2011, les militants lui avaient dit non. En revanche, elle a une capacité de destruction particulièrement efficace (contre Raphaël Glucksmann). J'ajoute aussi, au risque d'être politiquement incorrect et de me faire lyncher pour délit de sale gueule (et de sexisme), que le visage rafistolé de toute part ne plaide pas en sa faveur (c'est bien de la pitié que j'éprouve pour elle qui est pourtant la seule candidate en présence à avoir eu la capacité d'atteindre le second tour de l'élection présidentielle, c'était en 2007).
Puis, il y a les deux petits candidats. Emmanuel Maurel, dont le visage est tellement ressemblant à celui de François Hollande qu'il en a aussi l'humour sympathique, est un représentant de l'aile gauche, mais loin d'être populaire, il fait plutôt l'effet d'être un crâne d'œuf ennuyeux. Il avait tenté de ravir la direction de PS en avril 2018 contre Olivier Faure. Il a gagné sa circonscription uniquement grâce à l'alliance avec les insoumis (du reste comme Olivier Faure).
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Enfin, Jérôme Guedj. Il faisait partie de l'aile gauche, proche de Jean-Luc Mélenchon (et même le poulain de ce dernier dans l'Essonne), mais j'ai un petit faible pour lui, confirmé par ce débat sur LCI. Je me suis dit : avec qui je pourrais me sentir le plus proche politiquement ?
Pas Raphaël Glucksmann qui a repris les vieilles tartes à la crème économiques (selon lui, on peut réduire le déficit en supprimant les 200 milliards d'aide aux entreprises, alors que ce montant n'est qu'une manière de compenser la trop forte imposition et taxation des entreprises). Il a simplement repris un discours qu'il croit payant dans l'électorat socialiste, mais cela signifie qu'il s'éloigne définitivement du vote des raisonnables qui veulent préserver l'entreprise contre l'idéologie.
Pas Olivier Faure, bien entendu, complètement compromis avec Jean-Luc Mélenchon. Pas Emmanuel Maurel qui souhaite la rupture qu'évoquait hypocritement François Mitterrand avec le capitalisme lorsqu'il a conquis le PS au Congrès d'Épinay en 1971. Pas plus Ségolène Royal qui n'a plus rien à proposer, même plus son dynamisme d'antan.
En revanche, ce que dit Jérôme Guedj, sans que je sois totalement d'accord avec lui, me paraît réaliste : réaliste économiquement (ne pas augmenter les impôts), et fort dans ses valeurs républicaines. Et je pense que c'est là le sommet de ce débat, et Patrice Duhamel l'a également ressenti ainsi. Jérôme Guedj a été très clair sur l'alliance entre les socialistes et les insoumis : pas question, c'est une question de valeurs, et il préfère qu'il n'y ait plus de groupe parlementaire à s'allier avec l'extrême gauche. Je salue Jérôme Guedj pour son courage, même si je suis convaincu qu'il est minoritaire dans ce combat (le même que celui de Raphaël Glucksmann, sur ce point).
Ce qu'on pouvait surtout comprendre, c'est qu'aucun candidat à cette primaire ne croit un seul instant qu'il pourra être au second tour voire gagner l'élection présidentielle, même si Raphaël Glucksmann dit le contraire (en disant qu'il est le seul qui est candidat pour gagner). Tous, lui compris, n'imaginent que leur échec et leur positionnement après l'échec, en particulier lors des élections législatives. En ce sens, Raphaël Glucksmann n'a pas beaucoup de crédibilité alors qu'il est resté silencieux pendant la campagne des législatives de 2024 et n'a rien dit sur l'alliance avec les insoumis.
Dans leur communication, et leur argumentation, tous les candidats se définissent contre quelque chose et pas pour quelque chose, d'où leur machine à perdre : on ne gagne jamais une élection contre un danger, mais parce qu'on entraîne les électeurs vers un horizon, vers un but. Pour presque tous, l'idée est de s'opposer à Marine Le Pen. Ce n'est pas un projet politique. L'élection n'est pas une émission de téléréalité. Raphaël Glucksmann a même expliqué qu'il refusait une alliance avec Jean-Luc Mélenchon car cela empêcherait de gagner face au RN, tandis que Jérôme Guedj se plaçait sur le plan des valeurs (et pas de la tactique électorale), si bien que le député de l'Essonne se définissait aussi contre une menace, pas celle de l'extrême droite, mais celle de l'extrême gauche.
Un prix spécial pour Emmanuel Maurel qui pense clairement que Marine Le Pen sera élue et qui veut préparer les élections législatives en voulant un front républicain, bien sûr avec les insoumis. Mais il n'a donc rien compris du tout de la situation : si Marine Le Pen était élue, cela signifierait qu'il y aurait eu au moins 50% + 1 voix qui auraient voté pour elle. Il n'y aurait donc plus aucun front républicain contre elle, évidemment.
Enfin, je constate qu'ils se croient encore avec vingt ans de retard à l'époque où le PS était un grand parti gouvernemental. Ils pensent qu'il faut rassembler la gauche pour gagner une élection présidentielle. La question serait : avec ou sans les insoumis. Alors que s'ils voulaient vraiment gagner face au RN, ils auraient besoin d'intégrer aussi le Bloc central. C'est là où leurs discours (tous sauf Jérôme Guedj) sont perdants : le premier réflexe est de critiquer Emmanuel Macron (qui n'est pourtant pas candidat), ce qui, en ce qui me concerne, sera un critère dans le choix électoral. Si on écoute Olivier Faure, c'est très clair : Jean-Luc Mélenchon vaut mieux qu'Emmanuel Macron. C'est son droit de le penser, c'est mon droit de ne pas le suivre ! Dans tous les cas, la gauche ne fait que 30% en tout. Si l'objectif est de battre le RN, c'est clair que ce n'est pas avec la gauche qu'on y parviendra. Quant à Raphaël Glucksmann, accusé par ses adversaires de collusion avec le Bloc central avec un futur ralliement, il a dû montrer patte blanche en disant que le macronisme était vilain, ce qui, évidemment, est un discours pas très rassembleur pour le second tour.
Bref, la question de l'alliance avec les insoumis montre qu'il y a effectivement, pour reprendre une expression de Manuel Valls, deux gauches irréconciliables. Ségolène Royal, c'est le naufrage de la vieillesse, a pris un virage ultra-populiste et très à gauche (la gauche nostalgique, jusqu'à parler de ses relations avec François Mitterrand qui ne lui portait pas un grand intérêt), mais cela ne lui donnera pas beaucoup de voix, cela confortera simplement Olivier Faure. Ce dernier espère d'ailleurs le ralliement de Marine Tondelier et de Fabien Roussel quand il sera désigné. On est très loin de l'intérêt national. On est dans des calculs de combinaisons politiciennes. En 2022, le PS valait 1,8%. Pas étonnant.
Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Primaire 2026 du PS : un débat télévisé qui fera date.
Débat de la primaire du PS sur LCI le 23 septembre 2026 (vidéo intégrale).
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Interview de Bernard Cazeneuve sur Franceinfo le 10 septembre 2026 (vidéo).
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Discours de Gabriel Attal le 17 septembre 2026 à Reims (vidéo et texte intégral).
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